Notre site web sera en maintenance ce mardi 3 février après-midi. Les commandes enregistrées ne subirons pas de retard de traitement.
Le nihilisme de Flaubert. L'Education sentimentale comme champ d'application
Poyet Thierry
KIME
27,90 €
Épuisé
EAN :9782841742448
Les images et les réputations s'entrecroisent et il reste de Flaubert cent vingt ans après sa mort un écrivain à l'existence bourgeoise qui détesterait les bourgeois, un homme dont l'?uvre et surtout la correspondance ne cessent de dire les contradictions, résultats d'une quête d'identité et d'un malaise provoqués par la société. Au fond, Flaubert a peut-être été fasciné par cela même qu'il redoutait : le suicide par exemple et toutes sortes de pratiques, de mode de vie originaux, différents mais surtout, en politique notamment, dans le rapport à la société plus généralement, un certain goût, plus ou moins implicite, pour le nihilisme. Flaubert nihiliste ? L'Education sentimentale ne cesse de dire son goût pour un romantisme du désespoir et du lamento, une sorte de complaisance pour toutes les influences pessimistes, une attirance, si peu souvent teintée de répulsion, pour toutes les formes de l'échec : politique, amoureux, humain. Parce que L'Education sentimentale clame la misanthropie de Flaubert, son rejet de l'espoir et de l'illusion, cette conviction bien enracinée selon laquelle plus rien ne vaut. Pas même de crier sur tous les toits que la mort est préférable à la vie parce que Flaubert ne le croit pas ! Un Flaubert revenu de tout, voilà ce que cherche à démontrer Le nihilisme de Flaubert, alors même que l'écrivain à ce moment-là nous apparaît plus engagé que jamais dans une dénonciation générale de l'existence, par-delà la sienne et celle de ses personnages qui ne sont jamais que la représentation réaliste de sa génération.
Madame Bovary constitue l'une des oeuvres les plus marquantes de la littérature française, elle a bouleversé le genre romanesque au dix-neuvième siècle. Comment la lire cent cinquante ans après sa publication si ce n'est en donnant la parole à son auteur, Flaubert, qui nous a laissé un corpus de lettres sans équivalent ? Il nous y révèle à la fois comment l'inspiration vient à l'écrivain, quel travail l'écriture représente pour lui, les conséquences d'une publication et surtout tout un ensemble de remarques théoriques et de concepts sur l'art d'écrire indépassés, et peut-être indépassables... Recenser toutes les lettres de Flaubert qui évoquent Madame Bovary, du moins tous les extraits qui s'y rapportent, c'est proposer au lecteur d'aujourd'hui un regard particulièrement lucide qui témoigne à la fois d'une expérience singulière et des pratiques d'écriture qui transcendent l'oeuvre en question. La rencontre de Flaubert épistolier dans les années de rédaction de Madame Bovary (1851/1857) constitue une aventure largement comparable à la lecture du roman. En permettant d'accéder aux arcanes de l'écriture, elle transforme les lecteurs en autant de spécialistes de la création littéraire.Maître de conférences en littérature française, Thierry POYET est membre du Centre de Recherches sur les Littératures Modernes et Contemporaines (CRLMC), équipe Révolutions et Romantisme de l'Université Blaise-Pascal, à Clermont-Ferrand. Il a publié de nombreux articles et ouvrages consacrés à Flaubert, et à sa correspondance notamment. Il enseigne à l'IUFM d'Auvergne.
Agrégé ès lettres, Thierry POYET est maître de conférences en littérature française du XIXe siècle. Membre du Centre de recherches sur les littératures et la socio-poétique (CELIS, ex CRLMC, EA 1002) rattaché à l'Université Blaise-Pascal de Clermont-Ferrand, il vient de publier en 2007 Madame Bovary, le roman des lettres, aux éditions L'Harmattan.
Résumé : A-t-on déjà tout écrit à propos des relations entre Flaubert et Maupassant ? On pourrait le croire puisque la critique a souvent noté les liens humains entre les deux écrivains. Néanmoins, on a trop peu relevé le dialogue permanent qui les a uni par le biais de leurs échanges épistolaires et de leurs ?uvres. Or, les conseils et les encouragements de l'aîné, la collaboration, plus tard, du cadet au service du maître de Croisset, les hommages réciproques ou encore l'admiration de l'un pour l'autre ont enraciné dans le terreau de la proximité intellectuelle - jusqu'à l'identique ? - une relation de qualité qui semble ne pas avoir eu d'équivalent. Par la confrontation des écrits de Flaubert et de Maupassant, se dessinent les contours mieux tracés de la délicate réponse à la question de l'héritage littéraire. Les deux écrivains, en effet, illustrent assez bien les problèmes de l'influence en littérature, du legs d'un patrimoine et des conditions de ce legs : comment transmettre un art poétique, des conceptions à la fois esthétiques et philosophiques, une vision de la chose littéraire ? Quel rôle pour le maître et comment devient-on un disciple ? Comment s'affranchir aussi, une fois tirés les meilleurs enseignements ? Voilà autant de sujets abordés par cette étude qui, sans prétendre à une systématisation, cherche à théoriser sur cette notion d'amitié littéraire grâce à l'observation empirique de ces deux monstres sacrés.
A la mode au XIXe siècle, devenu argument publicitaire au siècle suivant, l'anticonformisme apparaît à Maupassant comme le gage de la modernité et de sa réussite littéraire. Il est synonyme d'individualisation dans la création artistique et de singularité de l'oeuvre en un temps où l'autonomisation de la littérature a réduit à néant les prétentions didactiques du texte et le rôle de maître à penser de l'écrivain. Avec ses contes et ses nouvelles, avec ses chroniques aussi, Maupassant se fait le chantre d'une écriture de la polémique. Corrosif et dérangeant, il s'attaque à tous les sujets qui posent problème dans une société aux fortes règles morales. Des questions de la sexualité et de la femme à celles de la politique et de la littérature, en passant par la remise en cause des grandes valeurs fondatrices telles la famille et la religion, Maupassant bouleverse toutes les opinions reçues. Pessimiste jusqu'au nihilisme, amorale plus qu'immorale, son oeuvre dénonce sans rien proposer. Pourtant, le succès de Maupassant aujourd'hui s'explique bien par une telle posture où scénographie auctoriale et conceptions esthétiques s'accordent avec des choix d'écriture pour faire émerger une oeuvre intemporelle et universelle: une littérature de la provocation.
Qui était vraiment Gustave Flaubert ? On le savait en proie à de grandes contradictions, mais qui aurait pu dire que cette critique permanente de la Bêtise, cette souffrance de l'écrivain à la tâche, cette obsession du style étaient le résultat de névroses, d'un rapport des forces psychiques entre revendications pulsionnelles et inhibitions ? Et si la "grande synthèse" poétique à laquelle il aspirait tant n'était que le regret ou le constat de l'absence d'un Moi unifié ? Patrick Mathieu, en étudiant la Correspondance et les oeuvres de Flaubert, nous fait découvrir un auteur en constant décalage avec lui-même, jouant double-jeu dans le théâtre de la vie, et dont la souffrance affichée, revendiquée, n'est pas qu'artistique : elle puise ses origines au fond de son être, dès son plus jeune âge, dans un dégoût permanent de la vie qu'il tentera difficilement de masquer avec sa "marotte" , la littérature. C'est que Flaubert porte en lui le faix de secrets, selon lui "indisables" , de nature sexuelle, et il a choisi de les révéler de façon cryptée par le biais de la médiation littéraire : pour ce faire, il portera publiquement une autre croix, celle de la Littérature, maîtresse exigeante, fondant ainsi malgré lui le nouveau mythe de l'écrivain dévoué au labeur du style et vivant en martyr la Passion de l'Art.
Le philosophe Charles Appuhn s'est adonné à l'ingrate lecture de la "Bible du peuple allemand" , selon l'auréole de la propagande officielle de 1933 car Mein Kampf offre une vue sans égal non pas seulement sur Hitler, mais sur l'idéologie et les projets politiques de l'hitlérisme. La "destruction des Juifs d'Europe" (selon le titre que Raul Hilberg donna à la somme qu'il consacra à cette destruction) n'est pas seule à y être programmée mais de façon fanatiquement répétée, celle de l' "ennemi de toujours" , la France. Quant à l'Est et aux peuples Slaves, le sort que Hitler annonce constituer également une nécessité vitale pour l'Allemagne, revient à les anéantir aussi afin que la population allemande puisse s'approprier leurs territoires (Drang nach Osten). Il s'agit bien, là ou jamais, de ce que Alexandre Koyré a appelé dans ses Réflexions sur le mensonge une "conspiration en plein jour" . La traduction et la présentation des extraits les plus "significatifs" , selon les termes de Charles Appuhn permettent de disposer en France dès 1933 de cent soixante-dix pages lumineuses en lieu et place des quelque huit cents pages de l'allemand verbeux de Hitler. Aussi bien, il faut y insister, cet Hitler par lui-même est en France la première divulgation autorisée. Elle ne sera interdite qu'en 1943. Sans entrer dans le labyrinthe des avatars éditoriaux, l'originalité courageuse de l'éditeur Jacques Haumont apparaît d'autant mieux qu'en 1933 on disposait certes de nombreux articles en français consacrés au parti national-socialiste, à la montée du nazisme et à la politique allemande, en général tout en ignorant ce manifeste nazi qu'est Mein Kampf. Rappelons que le premier volume, dans lequel Hitler se livre à son autobiographie, fut publié à Munich en 1925, suivi en 1926 du second qui, cette fois, expose les idées et le programme hitlériens. Or, Hitler, en accord avec Eher Verlag, son éditeur, en interdit toute traduction française.
Et si la commémoration du bicentenaire de la naissance de Flaubert exigeait un effort de prospective ? En effet, de quel texte majeur l'oeuvre de Flaubert, fondamentalement matricielle, sera-t-elle finalement l'oeuvre source ? La critique s'est beaucoup intéressée aux lectures du romancier et aux textes qui ont pu l'inspirer ; elle a longuement analysé les principes de sa poétique et la manière patiente dont elle s'est élaborée. Mais quid des influences multiples sur ses contemporains ? Elle a beaucoup moins observé comment les héritiers autoproclamés se sont emparés de l'esthétique flaubertienne pour construire leurs propres oeuvres et comment ces dernières font honneur ou pas à l'héritage reçu. C'est cet oubli que prétend réparer Flaubert ou l'oeuvre muse. L'étude offre en effet une exploration panoramique des oeuvres de littérature française qui, dans le mystérieux processus labyrinthique de la création artistique, en plus d'être prismatique, devenue multidimensionnelle, ont contribué jusqu'à ce jour à faire vivre une réelle flaubertolâtrie.
Le libéralisme n'est pas seulement une orientation de la pensée économique qui domine actuellement le paysage politique et intellectuel des pays anglo-saxons et d'Europe occidentale. C'est aussi, à l'origine, une revendication de liberté pour la personne, d'émancipation par rapport à un cadre moral hérité de temps anciens. Ces deux dimensions se croisent notamment dans l'oeuvre de John Stuart Mill dont LI Hongtu, professeur d'histoire à l'université Fudan (Shanghai) étudie l'oeuvre majeure, le traité De la liberté (1859). Correspondant d'Auguste Comte et disciple de Jeremy Bentham, John Stuart Mill est entré en dialogue avec les grands courants philosophiques de son temps, de l'utilitarisme au positivisme. Fervent défenseur de la liberté de l'individu confronté à la multiplicité des contraintes sociales, il a défié les préjugés de son temps en partageant la vie d'Harriet Taylor, militante du droit des femmes. La même logique l'a poussé à s'engager pour la liberté des lois du marché. Mais il était aussi employé de la Compagnie des Indes orientales, et même si on ne relève pas chez lui de traces de racisme, il s'accommodait très bien du colonialisme et du fait que des continents entiers, de l'Inde à la Chine, soient exclus des bienfaits du libéralisme dont il se faisait l'apôtre. Il était urgent que l'émergence du libéralisme soit aussi abordée dans la perspective d'une historiographie extra-européenne.