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Maupassant, une littérature de la provocation
Poyet Thierry
KIME
20,80 €
Épuisé
EAN :9782841745739
A la mode au XIXe siècle, devenu argument publicitaire au siècle suivant, l'anticonformisme apparaît à Maupassant comme le gage de la modernité et de sa réussite littéraire. Il est synonyme d'individualisation dans la création artistique et de singularité de l'oeuvre en un temps où l'autonomisation de la littérature a réduit à néant les prétentions didactiques du texte et le rôle de maître à penser de l'écrivain. Avec ses contes et ses nouvelles, avec ses chroniques aussi, Maupassant se fait le chantre d'une écriture de la polémique. Corrosif et dérangeant, il s'attaque à tous les sujets qui posent problème dans une société aux fortes règles morales. Des questions de la sexualité et de la femme à celles de la politique et de la littérature, en passant par la remise en cause des grandes valeurs fondatrices telles la famille et la religion, Maupassant bouleverse toutes les opinions reçues. Pessimiste jusqu'au nihilisme, amorale plus qu'immorale, son oeuvre dénonce sans rien proposer. Pourtant, le succès de Maupassant aujourd'hui s'explique bien par une telle posture où scénographie auctoriale et conceptions esthétiques s'accordent avec des choix d'écriture pour faire émerger une oeuvre intemporelle et universelle: une littérature de la provocation.
Auteur de quelques-uns des plus grands romans du XIXe siècle, inventeur de la modernité en littérature, admiré par Zola, Proust, Gide, Sarraute et tous les écrivains actuels, Flaubert n'en finit plus d'attirer les regards. Alors qu'on croit tout connaître de sa vie, de ses oeuvres et de leurs conditions d'écriture, se révèlent au contraire un individu complexe, un écrivain aux facettes multiples et un homme de lettres adulé, décoré et invité dans les plus beaux salons. La présente biographie ne recèle aucune découverte surprenante, sinon celle d'une parole libre proférée par l'écrivain non seulement dans ses livres, publiés ou pas, ses documents de travail mais aussi dans une correspondance que son gigantisme (des milliers de lettres) empêche souvent de lire in extenso. Il s'agit donc de donner à entendre sa voix, magistrale, à lire sa pensée, souvent révoltée, sa conception du monde, toujours singulière, et de se placer au plus près de l'homme et de l'écrivain, dans leur réalité. Une réalité sans fard et sans masque pour mieux renouer avec le Flaubert que ses amis ont connu, un être entier qui n'a jamais renoncé à ses idéaux. Nous avons voulu une biographie entre réalisme et romantisme, à l'intersection même des deux cultures qui ont construit l'homme et fondé l'oeuvre. Une seule ambition, donc : rendre la parole à Flaubert pour le restituer en "force qui va".
Résumé : Les images et les réputations s'entrecroisent et il reste de Flaubert cent vingt ans après sa mort un écrivain à l'existence bourgeoise qui détesterait les bourgeois, un homme dont l'?uvre et surtout la correspondance ne cessent de dire les contradictions, résultats d'une quête d'identité et d'un malaise provoqués par la société. Au fond, Flaubert a peut-être été fasciné par cela même qu'il redoutait : le suicide par exemple et toutes sortes de pratiques, de mode de vie originaux, différents mais surtout, en politique notamment, dans le rapport à la société plus généralement, un certain goût, plus ou moins implicite, pour le nihilisme. Flaubert nihiliste ? L'Education sentimentale ne cesse de dire son goût pour un romantisme du désespoir et du lamento, une sorte de complaisance pour toutes les influences pessimistes, une attirance, si peu souvent teintée de répulsion, pour toutes les formes de l'échec : politique, amoureux, humain. Parce que L'Education sentimentale clame la misanthropie de Flaubert, son rejet de l'espoir et de l'illusion, cette conviction bien enracinée selon laquelle plus rien ne vaut. Pas même de crier sur tous les toits que la mort est préférable à la vie parce que Flaubert ne le croit pas ! Un Flaubert revenu de tout, voilà ce que cherche à démontrer Le nihilisme de Flaubert, alors même que l'écrivain à ce moment-là nous apparaît plus engagé que jamais dans une dénonciation générale de l'existence, par-delà la sienne et celle de ses personnages qui ne sont jamais que la représentation réaliste de sa génération.
Résumé : A-t-on déjà tout écrit à propos des relations entre Flaubert et Maupassant ? On pourrait le croire puisque la critique a souvent noté les liens humains entre les deux écrivains. Néanmoins, on a trop peu relevé le dialogue permanent qui les a uni par le biais de leurs échanges épistolaires et de leurs ?uvres. Or, les conseils et les encouragements de l'aîné, la collaboration, plus tard, du cadet au service du maître de Croisset, les hommages réciproques ou encore l'admiration de l'un pour l'autre ont enraciné dans le terreau de la proximité intellectuelle - jusqu'à l'identique ? - une relation de qualité qui semble ne pas avoir eu d'équivalent. Par la confrontation des écrits de Flaubert et de Maupassant, se dessinent les contours mieux tracés de la délicate réponse à la question de l'héritage littéraire. Les deux écrivains, en effet, illustrent assez bien les problèmes de l'influence en littérature, du legs d'un patrimoine et des conditions de ce legs : comment transmettre un art poétique, des conceptions à la fois esthétiques et philosophiques, une vision de la chose littéraire ? Quel rôle pour le maître et comment devient-on un disciple ? Comment s'affranchir aussi, une fois tirés les meilleurs enseignements ? Voilà autant de sujets abordés par cette étude qui, sans prétendre à une systématisation, cherche à théoriser sur cette notion d'amitié littéraire grâce à l'observation empirique de ces deux monstres sacrés.
Madame Bovary constitue l'une des oeuvres les plus marquantes de la littérature française, elle a bouleversé le genre romanesque au dix-neuvième siècle. Comment la lire cent cinquante ans après sa publication si ce n'est en donnant la parole à son auteur, Flaubert, qui nous a laissé un corpus de lettres sans équivalent ? Il nous y révèle à la fois comment l'inspiration vient à l'écrivain, quel travail l'écriture représente pour lui, les conséquences d'une publication et surtout tout un ensemble de remarques théoriques et de concepts sur l'art d'écrire indépassés, et peut-être indépassables... Recenser toutes les lettres de Flaubert qui évoquent Madame Bovary, du moins tous les extraits qui s'y rapportent, c'est proposer au lecteur d'aujourd'hui un regard particulièrement lucide qui témoigne à la fois d'une expérience singulière et des pratiques d'écriture qui transcendent l'oeuvre en question. La rencontre de Flaubert épistolier dans les années de rédaction de Madame Bovary (1851/1857) constitue une aventure largement comparable à la lecture du roman. En permettant d'accéder aux arcanes de l'écriture, elle transforme les lecteurs en autant de spécialistes de la création littéraire.Maître de conférences en littérature française, Thierry POYET est membre du Centre de Recherches sur les Littératures Modernes et Contemporaines (CRLMC), équipe Révolutions et Romantisme de l'Université Blaise-Pascal, à Clermont-Ferrand. Il a publié de nombreux articles et ouvrages consacrés à Flaubert, et à sa correspondance notamment. Il enseigne à l'IUFM d'Auvergne.
Dans le sillage de Flaubert sont nées, dans tous les domaines artistiques, des adaptations et des créations multiples, reflétant la réception contrastée de son oeuvre de par le monde : le cinéma, le théâtre, la musique, l'opéra, la bande dessinée, nous offrent aujourd'hui une très large palette d'intertextes attestant la vitalité d'une oeuvre constamment lue, relue, réécrite, traduite, retraduite, bref, constamment (ré)interprétée, en vertu d'intentions parfois contrastées, méritant une étude attentive, en vertu peut-être aussi de l'inquiétude fondamentale qui traverse l'oeuvre de Flaubert et dont ces postérités sont, chacune à leur manière, les échos entêtants. L'étude de ces "dérivés" flaubertiens révèle aussi bien les procédés d'actualisation de la filiation ainsi revendiquée, que les singulières métamorphoses induites par les lectures de Flaubert en d'autres langues et au sein d'autres cultures. Ce volume rassemble les travaux de chercheurs internationaux, qui, à l'étranger et en France, nous offrent un vaste panorama de ces créations.
A l'occasion du centenaire Proust, la maladie personnelle de Marcel Proust est venue occuper la scène biographique sans toujours apercevoir toute la dimension idiosyncrasique de l'oeuvre. Car l'asthme dont souffre Marcel Proust comme une maladie chronique est redoublé ici par celui du Narrateur : son corps souffre autant de la maladie d'amour que de la maladie physique, à moins que la première n'ait déclenché la seconde. Pour cela le thème de la maladie est essentiel car il vient manifester le temps dans le corps ; il met aussi en péril la permanence du moi au point d'apercevoir qu'il n'était constitué que du temps passé, incorporé. Notre étude nous conduira ainsi d'une critique de la médecine comme science du corps objet à l'avènement du thème de la guérison. L'écriture de A la recherche du temps perdu comme métamorphose de toute maladie, facilite cette conversion du vécu intime de l'amour en vécu phénoménologique dégageant l'essence de l'amour. Forme d'exorcisme, l'écriture permet à tout un chacun de se reconnaître. Le narrateur nous ressemble puisque son récit nous touche en atteignant la condition commune, celle de la souffrance.
Qui était vraiment Gustave Flaubert ? On le savait en proie à de grandes contradictions, mais qui aurait pu dire que cette critique permanente de la Bêtise, cette souffrance de l'écrivain à la tâche, cette obsession du style étaient le résultat de névroses, d'un rapport des forces psychiques entre revendications pulsionnelles et inhibitions ? Et si la "grande synthèse" poétique à laquelle il aspirait tant n'était que le regret ou le constat de l'absence d'un Moi unifié ? Patrick Mathieu, en étudiant la Correspondance et les oeuvres de Flaubert, nous fait découvrir un auteur en constant décalage avec lui-même, jouant double-jeu dans le théâtre de la vie, et dont la souffrance affichée, revendiquée, n'est pas qu'artistique : elle puise ses origines au fond de son être, dès son plus jeune âge, dans un dégoût permanent de la vie qu'il tentera difficilement de masquer avec sa "marotte" , la littérature. C'est que Flaubert porte en lui le faix de secrets, selon lui "indisables" , de nature sexuelle, et il a choisi de les révéler de façon cryptée par le biais de la médiation littéraire : pour ce faire, il portera publiquement une autre croix, celle de la Littérature, maîtresse exigeante, fondant ainsi malgré lui le nouveau mythe de l'écrivain dévoué au labeur du style et vivant en martyr la Passion de l'Art.
Le libéralisme n'est pas seulement une orientation de la pensée économique qui domine actuellement le paysage politique et intellectuel des pays anglo-saxons et d'Europe occidentale. C'est aussi, à l'origine, une revendication de liberté pour la personne, d'émancipation par rapport à un cadre moral hérité de temps anciens. Ces deux dimensions se croisent notamment dans l'oeuvre de John Stuart Mill dont LI Hongtu, professeur d'histoire à l'université Fudan (Shanghai) étudie l'oeuvre majeure, le traité De la liberté (1859). Correspondant d'Auguste Comte et disciple de Jeremy Bentham, John Stuart Mill est entré en dialogue avec les grands courants philosophiques de son temps, de l'utilitarisme au positivisme. Fervent défenseur de la liberté de l'individu confronté à la multiplicité des contraintes sociales, il a défié les préjugés de son temps en partageant la vie d'Harriet Taylor, militante du droit des femmes. La même logique l'a poussé à s'engager pour la liberté des lois du marché. Mais il était aussi employé de la Compagnie des Indes orientales, et même si on ne relève pas chez lui de traces de racisme, il s'accommodait très bien du colonialisme et du fait que des continents entiers, de l'Inde à la Chine, soient exclus des bienfaits du libéralisme dont il se faisait l'apôtre. Il était urgent que l'émergence du libéralisme soit aussi abordée dans la perspective d'une historiographie extra-européenne.