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Un parcours critique (1957-2000)
Schérer René
KIME
23,90 €
Épuisé
EAN :9782841742127
L'intérêt des textes regroupés, et formant un ensemble progressif - mais progressif au sens des séries de Charles Fourier qui déploient un éventail de combinaisons autour d'un pivot, et non à l'instar du Progrès moderne unilatéralement conçu comme une avancée de la domination de la technique sur la Nature - est de se relier toujours à la crise, de la côtoyer, de la longer avant de savoir en quel point, sinon la trancher, du moins la couper. Une transversalité, j'aimerais à le croire, au sens que Félix Guattari, en 1969, donnait à ce mot : couper transversalement en se moquant des ordres de préséance, des hiérarchies, les sociales comme celles du savoir. On rencontrera ainsi la crise de l'humanisme, la crise du sujet, la crise de la morale et celle de la communication, avant de couper dans le vif des passions avec Fourier, précisément. Nietzsche plusieurs fois relu, qui a nommé la crise de notre modernité et se confond avec elle ; un ton hérétique retrouvant un sens incontournable de la réalité, après avoir choisi la " ligne de fuite " de l'utopie ; ou plutôt, ou mieux, par la ligne de fuite de l'utopie. Certes, cela ne forme que des jalons, un repérage, en marge d'études plus complètes et circonstanciées. Le mérite de ces jalons, plus retrouvés que recherchés, est d'établir, je crois, une certaine logique, sinon une continuité entre des publications qui ont paru répondre, souvent, au pur ordre de la dispersion. Il arrive ainsi que sur une route, se retournant, on découvre une perspective et que l'on aime faire le point.
Publié pour la première fois en 1993, conçu lors de la guerre du Golfe ", en 1991, cet essai est loin d'avoir perdu de son actualité. Il paraît, au contraire, singulièrement opportun à l'heure d'une mondialisation qui, au lieu de les dissiper, ravive les peurs et les conflits, de rappeler au monde que notre planète ne sera habitable qu'au prix d'une hospitalité universelle. L'hospitalité, placée dans l'Antiquité sous un patronage divin, s'ouvre à l'imaginaire aussi bien qu'à la réflexion juridique. Et le philosophe Kant a vu en elle le principe même d'un droit international. Pourtant, les jugements hâtifs des politiques ont tendance à la reléguer, comme une survivance archaïque, dans les coulisses de l'histoire. En la produisant en avant-scène, en l'exposant sous ses différentes formes, René Schérer rappelle que l'hospitalité excède le Droit qu'elle fonde, qu'elle assure le fonctionnement de tout rapport à autrui et à soi. Elle préside au processus d'une subjectivation tant individuelle que collective, tant esthétique qu'érotique; substituant, à la crainte de l'étranger, la joie de l'accueillir. Elle est, avant tout et finalement, une manière heureuse d'exister. L'hospitalité s'adresse à nous comme la folie de notre époque; c'est-à-dire à la semblance de celle dont Erasme, à l'orée des Temps modernes, faisait l'éloge, comme sa vraie Raison."
Punir est un mot enfantin, un fantasme d'enfance. C'est, à la hase, le fouet, la fessée, avec son élément de crainte et de jouissance. L'intérêt de l'étude de Hesnard est d'avoir décelé les bases de cet enracinement, de sa profonde intériorisation dont il faut se dégager. Mais je n'ai pas l'intention de faire une étude psychanalytique (ni n'en ai la possibilité) qu'il faudrait d'ailleurs compléter avec d'autres compulsions, comme, en particulier, "la volonté de savoir", compulsion cognitive et scopique, avec Foucault. C'est pourquoi j'ai toujours laissé la punition de côté, lorsque j'ai traité un peu de l'éducation, cherchant les "agencements" positifs de désir, constructifs d'une société ou d'un "ordre sociétaire" harmonique, non antagonique ni conflictuel. On ne sort pas de l'offense à autrui, du dol, ou de "la faute" par la répression, mais par le jeu des attractions. Et l'idée est toujours d'inventer des attractions appropriées ; c'est par l'organisation, la composition de l'attractif et non du répulsif ou répressif que l'on établit l'équilibre collectif. Seule idée claire que je puisse avoir et soutenir sur ce point. Le reste est circonstanciel."
Ce livre s'articule autour de trois formes d'outrage qu'ont subies au cours des siècles les populations d'Afrique subsaharienne : la traite négrière vers l'Amérique ; la négation des droits humains qu'ont été l'institutionnalisation de cette traite par les Codes Noirs européens et sa légitimation par certains philosophes des Lumières ; la déportation au Nord du Sahara des ancêtres des communautés noires actuellement présentes en Afrique du Nord. Ces trois faits historiques amènent l'auteur à étudier successivement les silences entretenus par ces philosophes sur l'esclavage outre-Atlantique et ses effets sur les descendants d'esclaves, la contre-culture planétaire créée par la diaspora noire, le rite de possession et la transe emblématiques de la spiritualité des communautés afro-marocaines (les Gnawa). Ce rite afro-marocain, qui a éveillé l'intérêt de musiciens tels Led Zeppelin et Randy Weston, recèle un savoir thérapeutique prenant en charge le traitement de troubles psychiques. Se référant à Pierre Janet et à Freud, l'auteur analyse les phénomènes dissociatifs liés au médiumnisme rituel pratiqué par les Gnawa et son branchement sur la transe. L'évocation de ce savoir surgi des pratiques spirituelles de la population afro-marocaine souligne l'importance culturelle et socio-politique de celle-ci. Au-delà des discours " africanistes " visant à la marginalisation et à l'oubli des Afriques, l'auteur s'efforce de mettre en évidence la possibilité et la nécessité, aujourd'hui, d'une véritable afrologie prenant la peine de fixer la vision du monde et le savoir, écrits et oraux, concernant les pensers et des arts de ces Afriques.
Résumé : L'idéal de la pédagogie moderne, cette inquisition qui veut forcer les derniers retranchements du " mystère " de l'enfance en la psychologisant, ce n'est, au fond, ni l'adaptation ni la formation de tous sur le même modèle, encore moins la répression ouverte : c'est que rien de l'enfant n'échappe à son tuteur. L'?il omniprésent, le panoptique. Alors seulement, de cette surveillance panoptique peuvent bien découler l'uniformité et l'interdiction, mais aussi le plus grand libéralisme. Car, tant qu'elle subsiste, rien n'est fondamentalement changé. Etre sous le regard, le savoir et ne pouvoir échapper, n'est-ce pas la plus subtile des prisons ? Il n'y a pas de " sexualité de l'enfant ", écrit Schérer Il n'y a pas d'enfant car l'enfant procède de l'homme, il est une création systématique de l'homme. Il ne s'agit pas seulement de retirer ses chaînes à l'enfant, mais il s'agit essentiellement de déconstruire un système où l'enfant est l'illusoire supplément de l'adulte, et de tisser sur les terrains et les corps déblayés une multitude de relations transversales, non pédagogiques. James, Gombrowicz, Rilke nous en disent plus, le livre de Schérer le prouve assez, que toutes les études sur l'enfance. Et là où " Emile perverti " nous touche le plus, c'est dans son lyrisme exacerbé... son mode d'écriture lui-même est passionnel. Guy Hocquenghem
Qui était vraiment Gustave Flaubert ? On le savait en proie à de grandes contradictions, mais qui aurait pu dire que cette critique permanente de la Bêtise, cette souffrance de l'écrivain à la tâche, cette obsession du style étaient le résultat de névroses, d'un rapport des forces psychiques entre revendications pulsionnelles et inhibitions ? Et si la "grande synthèse" poétique à laquelle il aspirait tant n'était que le regret ou le constat de l'absence d'un Moi unifié ? Patrick Mathieu, en étudiant la Correspondance et les oeuvres de Flaubert, nous fait découvrir un auteur en constant décalage avec lui-même, jouant double-jeu dans le théâtre de la vie, et dont la souffrance affichée, revendiquée, n'est pas qu'artistique : elle puise ses origines au fond de son être, dès son plus jeune âge, dans un dégoût permanent de la vie qu'il tentera difficilement de masquer avec sa "marotte" , la littérature. C'est que Flaubert porte en lui le faix de secrets, selon lui "indisables" , de nature sexuelle, et il a choisi de les révéler de façon cryptée par le biais de la médiation littéraire : pour ce faire, il portera publiquement une autre croix, celle de la Littérature, maîtresse exigeante, fondant ainsi malgré lui le nouveau mythe de l'écrivain dévoué au labeur du style et vivant en martyr la Passion de l'Art.
Le libéralisme n'est pas seulement une orientation de la pensée économique qui domine actuellement le paysage politique et intellectuel des pays anglo-saxons et d'Europe occidentale. C'est aussi, à l'origine, une revendication de liberté pour la personne, d'émancipation par rapport à un cadre moral hérité de temps anciens. Ces deux dimensions se croisent notamment dans l'oeuvre de John Stuart Mill dont LI Hongtu, professeur d'histoire à l'université Fudan (Shanghai) étudie l'oeuvre majeure, le traité De la liberté (1859). Correspondant d'Auguste Comte et disciple de Jeremy Bentham, John Stuart Mill est entré en dialogue avec les grands courants philosophiques de son temps, de l'utilitarisme au positivisme. Fervent défenseur de la liberté de l'individu confronté à la multiplicité des contraintes sociales, il a défié les préjugés de son temps en partageant la vie d'Harriet Taylor, militante du droit des femmes. La même logique l'a poussé à s'engager pour la liberté des lois du marché. Mais il était aussi employé de la Compagnie des Indes orientales, et même si on ne relève pas chez lui de traces de racisme, il s'accommodait très bien du colonialisme et du fait que des continents entiers, de l'Inde à la Chine, soient exclus des bienfaits du libéralisme dont il se faisait l'apôtre. Il était urgent que l'émergence du libéralisme soit aussi abordée dans la perspective d'une historiographie extra-européenne.
L'idéologie américaine repose sur un principe : chacun peut réussir dans ce pays s'il s'en donne la peine. Cette assertion a inspiré un concept : le rêve américain. Cependant, comme dans tout autre pays, seule une minorité connaît le succès. Si l'essentiel du cinéma américain fait l'apologie des Etats-Unis, il existe un faible pourcentage de cinéastes qui ont choisi, dès la naissance du parlant au moins, d'offrir une image beaucoup plus sombre de leur pays. Ainsi est né un personnage paradoxalement très américain, le loser, celui qui, pour avoir cru au rêve, paye le plus souvent sa conviction au prix de sa déchéance et même de sa vie. En réalité, le loser est le produit de trois données : l'histoire, qui repose sur un quasi-génocide et sur l'esclavage ; le calvinisme, qui fait de l'élection divine le moteur de toute existence ; le capitalisme qui privilégie absolument la réussite économique au détriment de la loi sociale. Avec plus ou moins de constance, tous les genres cinématographiques ont montré des personnages de losers, mettant ainsi en évidence une véritable sociologie des laissés-pour-compte. Ce faisant, le cinéma américain, montrant les tares d'une société productrice d'individus trahis par l'illusion à laquelle elle incite à croire, démontre à la fois que l'Amérique n'est pas l'Eden dans lequel les Pèlerins ont pensé pénétrer, et qu'elle est condamnée, comme le loser, à l'échec, parce qu'elle contient dans ses fondements les tares qui auront raison d'elle.
La figure du voyageur-philosophe est volontiers associée aux récits de l'âge classique, qu'elle emprunte la forme de la fiction ou celle du témoignage autobiographique. Descartes fonde sa philosophie de la méthode sur l'expérience de l'errance et de l'exil ; jusqu'au XVIIIe siècle, le Voyage philosophique accompagne les grandes découvertes et l'ambition encyclopédique de recenser tous les territoires, les modes de gouvernement et les aires linguistiques. Les liens entre voyage et philosophie semblent ensuite se distendre, au fur et à mesure que s'autonomise la littérature et que se développent la promenade romantique et le voyage d'agrément. Mais peut-on réellement parler d'une fin, ou du moins d'une éclipse du voyage philosophique, et ce phénomène coïncide-t-il avec la fracture historique qui fait éclater le système des Belles-lettres où littérature, histoire et philosophie étaient encore unies ? Le présent ouvrage se propose d'interroger le devenir du voyage philosophique à partir du XIXe siècle et les formes de sa résurgence, à la fois du côté de la littérature et de la philosophie, dans un esprit de dialogue entre les disciplines. De Friedrich Nietzsche, qui élabore sa philosophie de l'esprit libre à partir de ses voyages, à Bruce Bégout, qui revisite la figure du philosophe-voyageur sous la forme du nomade motorisé, la pensée philosophique ne cesse d'être stimulée par l'errance ou d'orienter celle-ci. Y a-t-il lieu de distinguer une écriture philosophique et une écriture littéraire du voyage, et quelle est la place de l'expérience et du vécu, de la description ou de la conceptualisation, selon l'identité ou le champ de compétences que revendique le voyageur ? Voyager en philosophe renvoie aux multiples façons de décentrer l'écriture et la pensée, y compris pour proposer ce que Pierre Macherey appelle une "philosophie littéraire" : que fait la littérature de voyage à la philosophie, et inversement, que fait la philosophie à la littérature de voyage ?