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Le loser, l'Amérique et le cinéma
Pédrono Yves
KIME
22,00 €
Épuisé
EAN :9782380720068
L'idéologie américaine repose sur un principe : chacun peut réussir dans ce pays s'il s'en donne la peine. Cette assertion a inspiré un concept : le rêve américain. Cependant, comme dans tout autre pays, seule une minorité connaît le succès. Si l'essentiel du cinéma américain fait l'apologie des Etats-Unis, il existe un faible pourcentage de cinéastes qui ont choisi, dès la naissance du parlant au moins, d'offrir une image beaucoup plus sombre de leur pays. Ainsi est né un personnage paradoxalement très américain, le loser, celui qui, pour avoir cru au rêve, paye le plus souvent sa conviction au prix de sa déchéance et même de sa vie. En réalité, le loser est le produit de trois données : l'histoire, qui repose sur un quasi-génocide et sur l'esclavage ; le calvinisme, qui fait de l'élection divine le moteur de toute existence ; le capitalisme qui privilégie absolument la réussite économique au détriment de la loi sociale. Avec plus ou moins de constance, tous les genres cinématographiques ont montré des personnages de losers, mettant ainsi en évidence une véritable sociologie des laissés-pour-compte. Ce faisant, le cinéma américain, montrant les tares d'une société productrice d'individus trahis par l'illusion à laquelle elle incite à croire, démontre à la fois que l'Amérique n'est pas l'Eden dans lequel les Pèlerins ont pensé pénétrer, et qu'elle est condamnée, comme le loser, à l'échec, parce qu'elle contient dans ses fondements les tares qui auront raison d'elle.
La qualité du comique de Jacques Tati n'est plus à démontrer, tant elle est aujourd'hui reconnue. Moins souligné, il convient de mettre en évidence un aspect très remarquable de l'oeuvre de ce prodigieux cinéaste : sa valeur de témoignage. En cinq films, illustrant de façon éloquente un sens de l'observation reconnu dès l'enfance, Tati a rendu compte de l'évolution prodigieuse qui a caractérisé la France entre 1945 et 1975, désignée par Jean Fourastié selon l'expression "Les Trente Glorieuses". Sans manifester le moindre didactisme, en inscrivant tout simplement ses scénarios dans la réalité la plus authentique, de la petite place de Sainte Sévère au salon automobile d'Amsterdam, en sociologue et historien de son temps, qualificatifs qui l'eurent fait bondir, Tati s'est révélé être le meilleur observateur d'une période unique dans l'évolution de notre pays. A l'heure où le cinéma manque souvent de sens du réel, reconsidérer l'oeuvre de Tati sous cet angle, accroît, s'il en était besoin, la reconnaissance d'un génie admiré par les plus grands.
Magnifique héritier des grands coureurs de mer vikings, Guillaume d'Hauteville part avec ses fidèles conquérir Byzance. Il a vingt ans, quatre frères et sept compagnons sur quatre bateaux armés. Guillaume est si fort qu'on l'appelle Bras de Fer. Trente ans plus tard, déjà roi de Sicile, il parviendra à se couronner empereur dans la Porphyra. L'adolescent éclatant est devenu homme de pouvoir sans perdre son âme. Le conquérant comblé n'a pas trahi le chevalier sans terre, il l'a enrichi, multiplié. Guillaume savait se battre, il apprend à aimer : quatre femmes, quatre rencontres tumultueuses au coeur de quatre univers différents. Il les perdra, elles le perdront. L'Italienne lui donnera un fils chéri que le Destin lui reprendra. Dans les déclives de la Méditerranée du XIe siècle, confluent du monde d'alors, alcôve de l'Orient et de l'Occident, Bras de fer est, sur fond d'aventure des peuples, émaillée de conquêtes et de coups de foudre, parcourue de parfums et de désirs, l'histoire d'un homme absolu qui vit tous ses rêves à la fois, à en mourir. François Pédron, 38 ans, journaliste, historien, auteur d'une biographie d'Ambroise Paré qu'il adapte avec Igor Barrère pour la TV.
Louise Labé est une énigme qui n'a jamais cessé de séduire. Le premier " best-seller " de notre histoire de la poésie est une femme inconnue. Pourtant, sa force d'amour a troublé aussi bien Faguet _ " les plus beaux vers passionnés du monde " _ que Rilke _ " son don d'elle-même peut être infini ; c'est là son bonheur : elle ne craint pas de montrer la montée nocturne du désir " _ ou qu'A. M. Schmidt _ " sans analogue dans l'histoire des lettres européennes ". Dotée d'un sixième sens, l'amour, la Belle Cordière a vécu une vie double : bourgeoise lyonnaise et courtisane " italienne ". Si elle a dilapidé ses charmes et " versé l'amour au calice de la nuit ", elle n'a donné son coeur qu'à un seul homme. Louise Labé, la femme d'amour, n'est pas un roman facile sur une femme facile, c'est la biographie attentive d'une femme passionnée, écrite au nom " du droit de l'historien qui se pose des problèmes au lieu d'épuiser des inventaires " (Lucien Fabvre). C'est une interrogation sur le destin ordinaire d'une femme exceptionnelle que consume le désir.
Le philosophe Charles Appuhn s'est adonné à l'ingrate lecture de la "Bible du peuple allemand" , selon l'auréole de la propagande officielle de 1933 car Mein Kampf offre une vue sans égal non pas seulement sur Hitler, mais sur l'idéologie et les projets politiques de l'hitlérisme. La "destruction des Juifs d'Europe" (selon le titre que Raul Hilberg donna à la somme qu'il consacra à cette destruction) n'est pas seule à y être programmée mais de façon fanatiquement répétée, celle de l' "ennemi de toujours" , la France. Quant à l'Est et aux peuples Slaves, le sort que Hitler annonce constituer également une nécessité vitale pour l'Allemagne, revient à les anéantir aussi afin que la population allemande puisse s'approprier leurs territoires (Drang nach Osten). Il s'agit bien, là ou jamais, de ce que Alexandre Koyré a appelé dans ses Réflexions sur le mensonge une "conspiration en plein jour" . La traduction et la présentation des extraits les plus "significatifs" , selon les termes de Charles Appuhn permettent de disposer en France dès 1933 de cent soixante-dix pages lumineuses en lieu et place des quelque huit cents pages de l'allemand verbeux de Hitler. Aussi bien, il faut y insister, cet Hitler par lui-même est en France la première divulgation autorisée. Elle ne sera interdite qu'en 1943. Sans entrer dans le labyrinthe des avatars éditoriaux, l'originalité courageuse de l'éditeur Jacques Haumont apparaît d'autant mieux qu'en 1933 on disposait certes de nombreux articles en français consacrés au parti national-socialiste, à la montée du nazisme et à la politique allemande, en général tout en ignorant ce manifeste nazi qu'est Mein Kampf. Rappelons que le premier volume, dans lequel Hitler se livre à son autobiographie, fut publié à Munich en 1925, suivi en 1926 du second qui, cette fois, expose les idées et le programme hitlériens. Or, Hitler, en accord avec Eher Verlag, son éditeur, en interdit toute traduction française.
La figure du voyageur-philosophe est volontiers associée aux récits de l'âge classique, qu'elle emprunte la forme de la fiction ou celle du témoignage autobiographique. Descartes fonde sa philosophie de la méthode sur l'expérience de l'errance et de l'exil ; jusqu'au XVIIIe siècle, le Voyage philosophique accompagne les grandes découvertes et l'ambition encyclopédique de recenser tous les territoires, les modes de gouvernement et les aires linguistiques. Les liens entre voyage et philosophie semblent ensuite se distendre, au fur et à mesure que s'autonomise la littérature et que se développent la promenade romantique et le voyage d'agrément. Mais peut-on réellement parler d'une fin, ou du moins d'une éclipse du voyage philosophique, et ce phénomène coïncide-t-il avec la fracture historique qui fait éclater le système des Belles-lettres où littérature, histoire et philosophie étaient encore unies ? Le présent ouvrage se propose d'interroger le devenir du voyage philosophique à partir du XIXe siècle et les formes de sa résurgence, à la fois du côté de la littérature et de la philosophie, dans un esprit de dialogue entre les disciplines. De Friedrich Nietzsche, qui élabore sa philosophie de l'esprit libre à partir de ses voyages, à Bruce Bégout, qui revisite la figure du philosophe-voyageur sous la forme du nomade motorisé, la pensée philosophique ne cesse d'être stimulée par l'errance ou d'orienter celle-ci. Y a-t-il lieu de distinguer une écriture philosophique et une écriture littéraire du voyage, et quelle est la place de l'expérience et du vécu, de la description ou de la conceptualisation, selon l'identité ou le champ de compétences que revendique le voyageur ? Voyager en philosophe renvoie aux multiples façons de décentrer l'écriture et la pensée, y compris pour proposer ce que Pierre Macherey appelle une "philosophie littéraire" : que fait la littérature de voyage à la philosophie, et inversement, que fait la philosophie à la littérature de voyage ?
Violence, domination, inégalité, tyrannie et insurrections : la réflexion de Spinoza sur le droit et la politique ne se limite pas au pacte social, ni à la liberté de philosopher. Il ne s'agit pas seulement de dresser la liste des droits respectifs du souverain et des sujets, dans le sillage des théories du droit naturel. Déjà Althusser avait rapproché Spinoza de Marx et Alexandre Matheron avait montré le rôle essentiel des passions dans la Cité et ses transformations. Toute une génération de chercheurs s'est interrogée ensuite sur les notions par lesquelles se pense ce devenir : foule, peuple, nation, mais aussi multitude. C'est ce dernier terme surtout qui concentre le mieux une pensée de l'initiative historique des citoyens et de leur puissance collective. Il restait à en tirer les conséquences sur les rapports entre individu et multitude, sur les relations de la pensée spinoziste avec Machiavel, Grotius et Hobbes, sur l'attitude de Spinoza envers révolution et conservation, résistance, assimilation et intégration, citoyenneté, désobéissance et révolte. Autant de thèmes qui sont développés ici, à travers la lecture renouvelée de L'Ethique, du Traité théologico-politique, et du Traité politique. Le volume s'achève par un entretien avec Toni Negri, qui fut le premier, dans son livre L'Anomalie sauvage, à mettre en lumière l'importance et le rôle de ce concept. Il y fait le bilan de son propre itinéraire et des discussions qu'il a suscitées.