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Je t'écris de... Correspondances (2010-2012)
Moro Marie Rose ; Mestre Claire ; Okoundji Gabriel
PENSEE SAUVAGE
23,00 €
Épuisé
EAN :9782859192853
Elles écrivent, elles s'écrivent. Marie Rose Moro et Claire Mestre, psychiatres et chercheures, décident un jour, sur le quai d'une gare, après un colloque de la revue L'autre sur le métissage, de prolonger leurs échanges par une correspondance. La première, chef de service à Cochin et à Bobigny, au centre et à la périphérie de Paris, connue dans le monde pour ses théories transculturelles, sillonne la planète, là où on l'invite pour l'écouter, là où un projet de Médecins sans Frontière verra le jour. La seconde est aussi une pionnière de la clinique transculturelle, faisant du centre de soin pluridisciplinaire de Bordeaux, un lieu dynamique et innovant. Elles se connaissent depuis longtemps et entretiennent des relations de compagnonnage et de complicité intellectuelle. Trois thèmes émergent : soigner, voyager, penser. Soigner, car telle est leur vocation, des adultes et des enfants, d'ici et d'ailleurs, qui trouvent dans leurs consultations des mots et l'écoute nécessaire pour se raconter, et témoigner de leur souffrance. Voyager est leur destin de chercheures, une façon d'être au monde, de se dépayser, et de déplacer les centres. Le voyage y est certes un moyen de rencontre, mais aussi un but et une esthétique. Penser la réalité, la partager avec l'autre et le lecteur, et accompagner la lecture, tous azimuts, de l'actualité médiatique, de la littérature, la philosophie et l'anthropologie... L'écriture s'insère ainsi dans leur quotidien pour étendre la pensée et la partager, s'indigner et s'émouvoir, se rappeler, témoigner et transmettre. Cette correspondance est ainsi adossée aux préoccupations de leur temps, elle est un regard sur le monde à partir de leur écoute des autres. "Agis dans ton lieu, pense avec le monde" : cette parole d'Edouard Glissant résumerait l'intention des auteures de cette rencontre épistolaire qui devient un laboratoire de leur pensée théorique, une élaboration de leurs consultations psychothérapeutiques, et une praxis. C'est aussi un acte d'amitié et de tendresse au monde.
La démarche clinique, analyse approfondie de situations particulières, devient une méthode d'investigation privilégiée dans tous les domaines de la recherche. Telles un travelling, les méthodes d'observation sont obligées de se modifier pour saisir l'objet en mouvance. Là-bas, les cliniciens de toutes cultures formés dans nos universités se trouvent nécessairement amenés à aménager leurs techniques pour répondre aux transformations des hommes surpris dans les modifications de leur environnement. Là-bas encore, les anthropologues de toutes cultures, s'intéressant de plus en plus aux systèmes dynamiques de représentation de la maladie, s'engagent volens nolens dans des relations de type clinique. Ici enfin, les cliniciens de toutes cultures rencontrant un grand chef soninké du Mali provisoirement éboueur à la ville de Paris, se trouvent expulsés de lests certitudes et subrepticement amenés à réfléchir sur le métissage des techniques.
Le tabou attribue à une personne, un objet ou un mot un caractère à la fois interdit et sacré. Mais lorsqu'il est fonctionnel, le tabou inscrit dans l'univers du sujet qui s'y soumet une discrimination logique qui prend sa source dans des sensations physiques. Un juif pieux vomira à l'idée qu'il a pu ingérer de la viande de porc, une femme baoulé enceinte avortera en mangeant du fruit proscrit, un homme bété développera un véritable syndrome d'influence pour avoir eu des jeux sexuels avec sa cousine parallèle. Mais après cette expérience, ils se penseront davantage juif pieux, baoulé ou bété. Cliniquement, l'imposition du tabou est donc une opération complexe qui transforme des catégories culturelles en représentations psychiques par l'intermédiaire de sensations corporelles. On comprend donc aisément que les thérapies traditionnelles, dans des situations de grands désordres psychologiques utilisent de telles prescriptions. Ainsi, les shamans apaches guérissent-ils les maladies des tics, dont nous savons qu'elles sont notoirement réfractaires à toute psychothérapie, par la mise en place de systèmes individuels de tabous alors que les cheiks musulmans du Maghreb ont plutôt tendance à faire appel aux tabous religieux. De même, un patient gravement perturbé, mélancolique ou schizophrène, pourra-t-il créer un univers à la logique singulière par une organisation obsessionnelle du monde structurée autour de tabous privés. Quoi qu'il en soit, on attend toujours du tabou qu'il réinstaure de tordre là où régnait le désordre du fait de la maladie, de l'acculturation ou de la déstructuration du groupe social. Nous invitons les cliniciens et les chercheurs à approfondir la notion de tabou injustement négligée, à explorer le fonctionnement de thérapies organisées selon la logique du tabou et à s'interroger sur la place qu'il occupe, parfois à notre insu, dans nos psychothérapies.
Résumé : Plus la société est en crise, plus la contrainte qui pèse sur les adolescents est grande : on ne pourrait plus se permettre de rêver, d'essayer, de croire en ses capacités, d'inventer d'autres mondes possibles. Et si c'était le contraire, à savoir que plus le monde est difficile, plus il faut miser sur cette période de transition adolescente où la créativité est telle qu'effectivement, tout est possible, tout peut se transformer... Tout peut advenir ? Sous l'égide de la Maison de Solenn (Paris), des spécialistes de l'adolescence partagent leurs savoirs cliniques et leurs expériences. Ils analysent les malaises de nos sociétés et en montrent les effets sur les adolescents et sur nos manières de les éduquer, de les soigner, de les aimer. L'adolescence en quête d'idéal reste une réalité d'aujourd'hui qu'il faut entendre comme telle. Il nous faut faire le pari de la créativité. C'est le parti pris contemporain et fraternel de cet ouvrage collectif.
Résumé : L'adolescence est sans doute le plus bel âge de la vie quand on l'a dépassé. Fascination et incompréhension caractérisent notre regard sur cette période associée à l'ennui, à la révolte, à l'émergence du pubertaire et du sexuel, aux transgressions, aux questionnements identitaires et à l'utopie. Sous l'égide de la Maison de Solenn, des spécialistes reconnus de l'adolescence partagent leurs savoirs cliniques et leurs expériences. Ce premier volume vise à mieux comprendre les adolescents aujourd'hui, dans la période troublée qu'ils traversent et dans le contexte d'une société qui consacre le mouvement perpétuel et l'inachèvement. Les auteurs reviennent sur les passions de l'adolescence qui se déclinent en addictions (au virtuel, aux drogues, à la nourriture), en prises de risque, en retrait (dépression, phobies, etc.) Enveloppe qu'on malmène, prive ou gave, qu'on excite ou anesthésie, le corps exprime ces passions destructrices et doit être entendu. Les différents textes réunis témoignent de la nécessité d'inventer, d'innover, d'imaginer des manières de soigner adaptées aux adolescents, à leur temporalité et à leur subjectivité. C'est le pari de cet ouvrage qui nous invite à accompagner les adolescents dans cette phase de transition et de construction. Sous la direction de Marie Rose Moro, professeur de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent (Université Sorbonne Paris Cité), directrice de la Maison de Solenn, Maison des adolescents de Cochin (APHP, Paris). Avec la collaboration de : T. Baubet - J.-P. Benoit - A. Benoit de Coignac - C. Blanchet-Collet - C. Chabert - V. Delvenne - F. Enjolras - N. Girardon - B. Golse - G. Guzman - S. Hefez - H. Lefèvre - M. Mansouri - F. Marty - A. Reyre - O. Taïeb - S. Tisseron.
Dans les sociétés traditionnelles, la frayeur est une des notions les plus communément rencontrées pour penser la maladie. En Afrique noire, les crises d'agitation sont parfois expliquées comme résultant d'une rencontre terrifiante avec un génie de la brousse. Chez les Quechua du Pérou, ce sont au contraire les états dépressifs qui sont expliqués par une frayeur (susto) ayant provoqué l'envol de l'âme du sujet. On retrouve cette étiologie au Mexique, au Maghreb, en Malaisie... La frayeur est aussi une thérapeutique traditionnelle : les guérisseurs la déclenchent délibérément pour obtenir une métamorphose du sujet. Contrairement aux premiers écrits de Freud, actuellement la psychopathologie occidentale se protège de la frayeur — du moins dans les théories qui rendent compte des prises en charge. Il s'agit là d'une notion injustement négligée. Ce numéro a donc pour objectifs de montrer l'importance de la frayeur pour comprendre nombre de pathologies de nos patients issus de cultures non-occidentales et pour les soigner. Mais aussi, de mettre en évidence la nécessité d'analyser minutieusement ce concept pour nos propres théories et nos techniques thérapeutiques. Nous publions ici, dans son intégralité, le texte de Gilles de La Tourette écrit en 1885. C'est un texte princeps remarquable. Il décrit la maladie des tics et surtout, analyse avec une méthodologie ethnopsychiatrique avant la lettre, les liens entre le jumping américain, le latah malais et le myriachit sibérien (trois maladies de la frayeur).
Le tabou attribue à une personne, un objet ou un mot un caractère à la fois interdit et sacré. Mais lorsqu'il est fonctionnel, le tabou inscrit dans l'univers du sujet qui s'y soumet une discrimination logique qui prend sa source dans des sensations physiques. Un juif pieux vomira à l'idée qu'il a pu ingérer de la viande de porc, une femme baoulé enceinte avortera en mangeant du fruit proscrit, un homme bété développera un véritable syndrome d'influence pour avoir eu des jeux sexuels avec sa cousine parallèle. Mais après cette expérience, ils se penseront davantage juif pieux, baoulé ou bété. Cliniquement, l'imposition du tabou est donc une opération complexe qui transforme des catégories culturelles en représentations psychiques par l'intermédiaire de sensations corporelles. On comprend donc aisément que les thérapies traditionnelles, dans des situations de grands désordres psychologiques utilisent de telles prescriptions. Ainsi, les shamans apaches guérissent-ils les maladies des tics, dont nous savons qu'elles sont notoirement réfractaires à toute psychothérapie, par la mise en place de systèmes individuels de tabous alors que les cheiks musulmans du Maghreb ont plutôt tendance à faire appel aux tabous religieux. De même, un patient gravement perturbé, mélancolique ou schizophrène, pourra-t-il créer un univers à la logique singulière par une organisation obsessionnelle du monde structurée autour de tabous privés. Quoi qu'il en soit, on attend toujours du tabou qu'il réinstaure de tordre là où régnait le désordre du fait de la maladie, de l'acculturation ou de la déstructuration du groupe social. Nous invitons les cliniciens et les chercheurs à approfondir la notion de tabou injustement négligée, à explorer le fonctionnement de thérapies organisées selon la logique du tabou et à s'interroger sur la place qu'il occupe, parfois à notre insu, dans nos psychothérapies.
Il existe en Occident des "niches thérapeutiques" abritant des guérisseurs usant de pratiques comparables à celles qu'on peut observer dans les pays en voie de développement. Il arrive parfois à ces guérisseurs d'assurer la prise en charge psychologique de la population de tout un quartier ou d'un village entier. Ce phénomène est aussi fréquent dans les grandes métropoles occidentales que dans les milieux ruraux. Ce dossier met en regard leur efficacité et celle de la psychopathologie institutionnelle. Les guérisseurs, médiateurs auprès des dieux, démons, esprits, ancêtres, médiateurs entre le monde profane et l'univers ésotérique, opérateurs incarnés de théories étiologiques complexes, sont-ils comparables aux soignants (psychiatres, psychanalystes, psychologues, infirmiers) dans leur utilisation des techniques psychothérapiques, dans leur maniement du transfert ?
Les mouvements de populations sont de tous les lieux et de tous les temps. Cependant, depuis la dernière guerre, la situation géopolitique a considérablement amplifié les phénomènes d'extermination, de déplacement ou d'acculturation violente de peuples entiers. L'exil est évidemment une perte et l'on ne sait pas ce que l'on a perdu : certes des personnes, des objets, des lieux, des odeurs, des couleurs mais surtout la grammaire pour nommer cette perte. Comme une langue, cette grammaire a besoin de s'étayer quotidiennement sur l'environnement. Privée de son support réel, le système s'étiole peu à peu, s'appauvrit, se rétracte, se rigidifie conduisant le sujet quelquefois trente ans après le départ à des pathologies spécifiques : névroses traumatiques, psychoses puerpérales, bouffées délirantes, etc. Pris dans une tentative permanente de déni de la modification de l'environnement culturel, les migrants qui réussissent à éviter la pathologie construisent des personnalités souvent riches mais clivées. Quelquefois, pour certains, les breaks psychotiques ne surviennent qu'à la génération suivante. L'exploitation de cette clinique spécifique nous conduit à envisager de manière nouvelle la fine homéostasie réglant les rapports de l'espace interne (psychique) et de l'espace externe (culturel). Ce numéro, issu de la clinique, invite à un questionnement nouveau de la métapsychologie psychanalytique.