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Nouvelle revue d'ethnopsychiatrie N° 14 : Tabous
Moro Marie Rose
PENSEE SAUVAGE
19,82 €
Épuisé
EAN :3260050065412
Le tabou attribue à une personne, un objet ou un mot un caractère à la fois interdit et sacré. Mais lorsqu'il est fonctionnel, le tabou inscrit dans l'univers du sujet qui s'y soumet une discrimination logique qui prend sa source dans des sensations physiques. Un juif pieux vomira à l'idée qu'il a pu ingérer de la viande de porc, une femme baoulé enceinte avortera en mangeant du fruit proscrit, un homme bété développera un véritable syndrome d'influence pour avoir eu des jeux sexuels avec sa cousine parallèle. Mais après cette expérience, ils se penseront davantage juif pieux, baoulé ou bété. Cliniquement, l'imposition du tabou est donc une opération complexe qui transforme des catégories culturelles en représentations psychiques par l'intermédiaire de sensations corporelles. On comprend donc aisément que les thérapies traditionnelles, dans des situations de grands désordres psychologiques utilisent de telles prescriptions. Ainsi, les shamans apaches guérissent-ils les maladies des tics, dont nous savons qu'elles sont notoirement réfractaires à toute psychothérapie, par la mise en place de systèmes individuels de tabous alors que les cheiks musulmans du Maghreb ont plutôt tendance à faire appel aux tabous religieux. De même, un patient gravement perturbé, mélancolique ou schizophrène, pourra-t-il créer un univers à la logique singulière par une organisation obsessionnelle du monde structurée autour de tabous privés. Quoi qu'il en soit, on attend toujours du tabou qu'il réinstaure de tordre là où régnait le désordre du fait de la maladie, de l'acculturation ou de la déstructuration du groupe social. Nous invitons les cliniciens et les chercheurs à approfondir la notion de tabou injustement négligée, à explorer le fonctionnement de thérapies organisées selon la logique du tabou et à s'interroger sur la place qu'il occupe, parfois à notre insu, dans nos psychothérapies.
Je voudrais vous parler d'eux, de ces migrants et de leurs enfants, vous rapporter leur poésie, leurs rêves, mais aussi leurs difficultés, leurs raideurs et leurs tentatives pour se transformer et s'adapter. Je voudrais vous parler d'eux parce qu'ils sont sources de vie et de connaissances pour nous tous. Demain plus encore qu'aujourd'hui, tous les enfants, tous nos enfants auront à grandir et à se construire dans un monde qui bouge. Tous seront confrontés à la diversité des langues et à la pluralité des cultures. Tous seront des enfants nomades et des enfants métis." M. R. M.
Quelles sont les conséquences de l'idéologie sur le fonctionnement psychique des individus, sur l'apparition de psychopathologies spécifiques, sur la pratique quotidienne de la psychiatrie dans les pays sous influence (conséquences psychiatriques individuelles et transgénérationnelles des tortures, des guerres, des génocides, des systèmes politiques totalitaires) ? L'idéologie résulte de la construction délibérée d'un système intellectuel cohérent qui prétend se substituer à l'une, plusieurs ou toutes les fonctions de la culture. "Elle présente deux caractères qui, d'habitude, se présentent séparément, et qui sont, ici, intimement réunis : c'est une croyance ; c'est une théorie rationnellement argumentée et prétendûment prouvée" (A. Besançon : Les origines intellectuelles du léninisme). Dans les sciences humaines, les concepts sont souvent dévoyés de leur fonction première qui est d'être une catégorie utile à penser une réalité circonscrite. Erigés en catégories universelles, ils ont tendance à devenir des normes destinées à gérer les rapports humains. De nombreux domaines se sont prêtés à la construction d'idéologies successives et contradictoires. Il est bien temps que l'ethnopsychiatrie se penche sur ces phénomènes sociaux modernes et sur leurs conséquences psychiques à la lumière de tout ce qu'elle a pu apprendre au contact des patients originaires de sociétés traditionnelles et de leurs cultures.
Le sexe est inscrit dans le patrimoine génétique dès la fondation de l'individu ; pourtant l'expérience montre que l'identité sexuelle n'est pas immédiatement accessible, ni pour le sujet ni pour le groupe culturel. L'examen de la livraison de ce numéro montre les difficultés théoriques mais aussi émotionnelles qui surgissent dès lors qu'on tente d'explorer les marquages sexuelles de l'autre. A première analyse, les nôtres nous paraissent évidents et nécessaires, ceux des autres anecdotiques et barbares. Il apparaît d'ailleurs que sur des problèmes aussi importants que l'excision, par exemple, il soit bien difficile d'avoir un raisonnement scientifique : considérée comme un rite effectué dans une société traditionnelle, on accepte plus ou moins aisément de réfléchir à partir des descriptions anthropologiques, mais dès que cette pratique est pratiquée sur notre sol même, alors il n'y a plus guère de place pour la réflexion encore moins pour une approche scientifique. On serait tenté d'affirmer, à la lecture des textes et des faits récents, que sur ce sujet, il n'y a, actuellement, que des points de vue. Nous en sommes au balbutiement de la réflexion. La Nouvelle Revue d'Ethnopsychiatrie réunit des anthropologues, des psychopathologistes et des étholo-gistes autour de ces interrogations : pourquoi l'identité sexuelle doit-elle surgir de la confusion ? Quelles sont les logiques de la construction de l'identité sexuelle dans les sociétés traditionnelles ? Comment se constitue l'identité sexuelle dans des sociétés dénuées de tout rituel d'initiation défini comme tel, comme en Occident ?
La psychologie transculturelle a transformé la prise en charge des migrants et de leurs enfants. Fondée sur l'anthropologie et la clinique, elle a été enrichie au fil des ans par les apports de la psychanalyse, de la thérapie familiale et de groupe. Elle permet de comprendre les besoins des enfants migrants ou enfants de migrants et favorise les passerelles entre le monde d'origine et le monde d'accueil. Ce livre est un véritable guide. Pas à pas, il précise les règles d'organisation de la thérapie transculturelle : constitution du groupe de thérapeutes, traduction et interprètes, mixité et diversité, lieux, durée... Il détaille le déroulement de la thérapie, séance après séance, de la création des conditions de rencontre à l'imagination de nouveaux possibles, une nouvelle place, un nouveau destin pour l'enfant ou l'adolescent dans sa famille. Un outil de travail clair, accessible, pédagogique : indispensable pour tout ceux qui évoluent dans un contexte transculturel.
Il existe en Occident des "niches thérapeutiques" abritant des guérisseurs usant de pratiques comparables à celles qu'on peut observer dans les pays en voie de développement. Il arrive parfois à ces guérisseurs d'assurer la prise en charge psychologique de la population de tout un quartier ou d'un village entier. Ce phénomène est aussi fréquent dans les grandes métropoles occidentales que dans les milieux ruraux. Ce dossier met en regard leur efficacité et celle de la psychopathologie institutionnelle. Les guérisseurs, médiateurs auprès des dieux, démons, esprits, ancêtres, médiateurs entre le monde profane et l'univers ésotérique, opérateurs incarnés de théories étiologiques complexes, sont-ils comparables aux soignants (psychiatres, psychanalystes, psychologues, infirmiers) dans leur utilisation des techniques psychothérapiques, dans leur maniement du transfert ?
Soumises à des brassages intensifs de population, à des vagues migratoires de plus en plus rapprochées, les sociétés modernes deviennent inévitablement poly-culturelles. Le psycho-pathologiste est confronté de ce fait à des patients dont il ne comprend ni la langue maternelle, ni la logique des symptômes, ni la philosophie de la vie. Dans ce numéro consacré à la clinique, la Nouvelle Revue d'Ethnopsychiatrie propose un panorama des tâches s accomplir pour permettre la pratique d'une psychopathologie interculturelle : comprendre en faisant appel au corpus des connaissances anthropologiques, proposer un cadre technique susceptible d'accueillir la plainte de patients de culture non occidentale, éviter une réduction occidentalo-centrique ou un bricolage pseudo-magique et exercer une véritable activité psychothérapique avec ces patients, tenter de conceptualiser tant le champ technique que les théories nécessaires à cette pratique, proposer des grandes lignes de recherche dans un domaine presque totalement en friche.
Les mouvements de populations sont de tous les lieux et de tous les temps. Cependant, depuis la dernière guerre, la situation géopolitique a considérablement amplifié les phénomènes d'extermination, de déplacement ou d'acculturation violente de peuples entiers. L'exil est évidemment une perte et l'on ne sait pas ce que l'on a perdu : certes des personnes, des objets, des lieux, des odeurs, des couleurs mais surtout la grammaire pour nommer cette perte. Comme une langue, cette grammaire a besoin de s'étayer quotidiennement sur l'environnement. Privée de son support réel, le système s'étiole peu à peu, s'appauvrit, se rétracte, se rigidifie conduisant le sujet quelquefois trente ans après le départ à des pathologies spécifiques : névroses traumatiques, psychoses puerpérales, bouffées délirantes, etc. Pris dans une tentative permanente de déni de la modification de l'environnement culturel, les migrants qui réussissent à éviter la pathologie construisent des personnalités souvent riches mais clivées. Quelquefois, pour certains, les breaks psychotiques ne surviennent qu'à la génération suivante. L'exploitation de cette clinique spécifique nous conduit à envisager de manière nouvelle la fine homéostasie réglant les rapports de l'espace interne (psychique) et de l'espace externe (culturel). Ce numéro, issu de la clinique, invite à un questionnement nouveau de la métapsychologie psychanalytique.
La démarche clinique, analyse approfondie de situations particulières, devient une méthode d'investigation privilégiée dans tous les domaines de la recherche. Telles un travelling, les méthodes d'observation sont obligées de se modifier pour saisir l'objet en mouvance. Là-bas, les cliniciens de toutes cultures formés dans nos universités se trouvent nécessairement amenés à aménager leurs techniques pour répondre aux transformations des hommes surpris dans les modifications de leur environnement. Là-bas encore, les anthropologues de toutes cultures, s'intéressant de plus en plus aux systèmes dynamiques de représentation de la maladie, s'engagent volens nolens dans des relations de type clinique. Ici enfin, les cliniciens de toutes cultures rencontrant un grand chef soninké du Mali provisoirement éboueur à la ville de Paris, se trouvent expulsés de lests certitudes et subrepticement amenés à réfléchir sur le métissage des techniques.