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Nouvelle revue d'ethnopsychiatrie N° 11 : Le temps interrompu. Pathologie du deuil et de l'exil
Nathan Tobie
PENSEE SAUVAGE
15,24 €
Épuisé
EAN :3260050065382
Les mouvements de populations sont de tous les lieux et de tous les temps. Cependant, depuis la dernière guerre, la situation géopolitique a considérablement amplifié les phénomènes d'extermination, de déplacement ou d'acculturation violente de peuples entiers. L'exil est évidemment une perte et l'on ne sait pas ce que l'on a perdu : certes des personnes, des objets, des lieux, des odeurs, des couleurs mais surtout la grammaire pour nommer cette perte. Comme une langue, cette grammaire a besoin de s'étayer quotidiennement sur l'environnement. Privée de son support réel, le système s'étiole peu à peu, s'appauvrit, se rétracte, se rigidifie conduisant le sujet quelquefois trente ans après le départ à des pathologies spécifiques : névroses traumatiques, psychoses puerpérales, bouffées délirantes, etc. Pris dans une tentative permanente de déni de la modification de l'environnement culturel, les migrants qui réussissent à éviter la pathologie construisent des personnalités souvent riches mais clivées. Quelquefois, pour certains, les breaks psychotiques ne surviennent qu'à la génération suivante. L'exploitation de cette clinique spécifique nous conduit à envisager de manière nouvelle la fine homéostasie réglant les rapports de l'espace interne (psychique) et de l'espace externe (culturel). Ce numéro, issu de la clinique, invite à un questionnement nouveau de la métapsychologie psychanalytique.
Avant de songer aux considérations générales sur la psychopathologie des migrants il est urgent de réunir et de classer toutes les données disponibles sur les théories traditionnelles des désordres psychologiques dans les sociétés non-occidentales, les modalités d'entrée dans la maladie, de mobilisation du groupe social et les parcours thérapeutiques des patients, les techniques traditionnelles de soins. Il est aussi indispensable de proposer des systèmes de liaisons entre les théories et les techniques traditionnelles et occidentales, cela dans le but de rendre les représentations traditionnelles compréhensibles aux cliniciens occidentaux. C'est pourquoi la Nouvelle Revue d'Ethnopsychiatrie publie systématiquement un numéro par an comportant ces objectifs : 1) rassembler les données anthropologiques sur les représentations de la maladie et sur les logiques thérapeutiques, cela pour chacune des ethnies dont sont issus les patients migrants pris en charge par les thérapeutes occidentaux. 2) Répertorier les modalités techniques originales construites par les cliniciens occidentaux pour répondre aux problèmes propres aux migrants. 3) Publier des récits de cas et des analyses de psychothérapie entreprises par des équipes de terrain auprès de familles migrantes en difficulté psychologique. Avec ce manuel, il s'agit pour la Nouvelle Revue d'Ethnopsychiatrie de constituer un corpus pragmatique destiné à aider les équipes de terrain dans les difficultés quotidiennes de prise en charge des populations migrantes et de tendre à l'élaboration d'un véritable manuel d'ethnopsychiatrie.
Qu'y a-t-il de commun entre le rituel de puberté chez les Bété du Cameroun et la prostitution homosexuelle des jeunes garçons dans les faubourgs parisiens ? Peut-on comparer le fonctionnement de l'initiation dans les rituels "thérapeutiques" du Candomblé de Bahia et la modification de la personnalité de jeunes gens engagés dans les sectes charismatiques en Occident ? Dans toutes ces situations, l'on observe une modification radicale de l'identité : une métamorphose. Ces transformations mettent-elles en tenure des processus fondamentaux de nature psychique ou même biologique ? Question insolite ! Pourtant les fourmis Raptiformica réussissent à maquiller leur odeur chimique pour mener à bien, incognito, leur entreprise de colonisation des Serviformica. La Nouvelle revue d'ethnopsychiatrie propose ici une idée originale née au confluent de disciplines diverses : toute entreprise de modification de la mémoire, psychique et biologique, se construit sur une utilisation systématique d'expériences traumatiques.
Tobie Nathan est le représentant le plus connu de l'ethnopsychiatrie en France. Il a notamment publié L'influence qui guérit, Psychanalyse païenne et Psychothérapies, qui ont été de très grands succès.
Les migrants ont aussi un village, une famille, une pensée et dans la tête un guérisseur... Avant de songer aux considérations générales sur la psychopathologie des migrants, il est urgent de réunir et de classer les données disponibles : sur les théories traditionnelles des désordres psychologiques dans les sociétés non-occidentales, sur les modalités d'entrée dans la maladie, de mobilisation du groupe social et sur les parcours thérapeutiques des patients, sur les techniques traditionnelles de soins. Il est aussi indispensable de proposer des systèmes de liaisons entre les théories et les techniques traditionnelles et occidentales, cela dans le but de rendre les représentations traditionnelles pensables aux cliniciens occidentaux. C'est pourquoi la Nouvelle Revue d'Ethnopsychiatrie publiera systématiquement un numéro par an comportant les objectifs suivants : 1) rassembler les données anthropologiques sur les représentations de la maladie et sur les logiques thérapeutiques, cela pour chacune des ethnies dont sont issus les patients migrants pris en charge par des thérapeutes occidentaux. 2) Répertorier les modalités techniques originales construites par les cliniciens occidentaux pour répondre aux problématiques spécifiques aux migrants. 3) Publier des récits de cas et des analyses de psychothérapies spécifiques entreprises par des équipes de terrain auprès de familles migrantes en difficulté psychologique. Finalement, il s'agira de constituer un corpus pragmatique destiné à aider les équipes de terrain dans les difficultés quotidiennes de prise en charge des familles migrantes et de tendre à la construction d'un véritable manuel d'ethnopsychiatrie.
La démarche clinique, analyse approfondie de situations particulières, devient une méthode d'investigation privilégiée dans tous les domaines de la recherche. Telles un travelling, les méthodes d'observation sont obligées de se modifier pour saisir l'objet en mouvance. Là-bas, les cliniciens de toutes cultures formés dans nos universités se trouvent nécessairement amenés à aménager leurs techniques pour répondre aux transformations des hommes surpris dans les modifications de leur environnement. Là-bas encore, les anthropologues de toutes cultures, s'intéressant de plus en plus aux systèmes dynamiques de représentation de la maladie, s'engagent volens nolens dans des relations de type clinique. Ici enfin, les cliniciens de toutes cultures rencontrant un grand chef soninké du Mali provisoirement éboueur à la ville de Paris, se trouvent expulsés de lests certitudes et subrepticement amenés à réfléchir sur le métissage des techniques.
Soumises à des brassages intensifs de population, à des vagues migratoires de plus en plus rapprochées, les sociétés modernes deviennent inévitablement poly-culturelles. Le psycho-pathologiste est confronté de ce fait à des patients dont il ne comprend ni la langue maternelle, ni la logique des symptômes, ni la philosophie de la vie. Dans ce numéro consacré à la clinique, la Nouvelle Revue d'Ethnopsychiatrie propose un panorama des tâches s accomplir pour permettre la pratique d'une psychopathologie interculturelle : comprendre en faisant appel au corpus des connaissances anthropologiques, proposer un cadre technique susceptible d'accueillir la plainte de patients de culture non occidentale, éviter une réduction occidentalo-centrique ou un bricolage pseudo-magique et exercer une véritable activité psychothérapique avec ces patients, tenter de conceptualiser tant le champ technique que les théories nécessaires à cette pratique, proposer des grandes lignes de recherche dans un domaine presque totalement en friche.
Dans les sociétés traditionnelles, la frayeur est une des notions les plus communément rencontrées pour penser la maladie. En Afrique noire, les crises d'agitation sont parfois expliquées comme résultant d'une rencontre terrifiante avec un génie de la brousse. Chez les Quechua du Pérou, ce sont au contraire les états dépressifs qui sont expliqués par une frayeur (susto) ayant provoqué l'envol de l'âme du sujet. On retrouve cette étiologie au Mexique, au Maghreb, en Malaisie... La frayeur est aussi une thérapeutique traditionnelle : les guérisseurs la déclenchent délibérément pour obtenir une métamorphose du sujet. Contrairement aux premiers écrits de Freud, actuellement la psychopathologie occidentale se protège de la frayeur — du moins dans les théories qui rendent compte des prises en charge. Il s'agit là d'une notion injustement négligée. Ce numéro a donc pour objectifs de montrer l'importance de la frayeur pour comprendre nombre de pathologies de nos patients issus de cultures non-occidentales et pour les soigner. Mais aussi, de mettre en évidence la nécessité d'analyser minutieusement ce concept pour nos propres théories et nos techniques thérapeutiques. Nous publions ici, dans son intégralité, le texte de Gilles de La Tourette écrit en 1885. C'est un texte princeps remarquable. Il décrit la maladie des tics et surtout, analyse avec une méthodologie ethnopsychiatrique avant la lettre, les liens entre le jumping américain, le latah malais et le myriachit sibérien (trois maladies de la frayeur).