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Nouvelle revue d'ethnopsychiatrie N° 15 : Frayeur
Moro Marie Rose
PENSEE SAUVAGE
22,87 €
Épuisé
EAN :3260050065429
Dans les sociétés traditionnelles, la frayeur est une des notions les plus communément rencontrées pour penser la maladie. En Afrique noire, les crises d'agitation sont parfois expliquées comme résultant d'une rencontre terrifiante avec un génie de la brousse. Chez les Quechua du Pérou, ce sont au contraire les états dépressifs qui sont expliqués par une frayeur (susto) ayant provoqué l'envol de l'âme du sujet. On retrouve cette étiologie au Mexique, au Maghreb, en Malaisie... La frayeur est aussi une thérapeutique traditionnelle : les guérisseurs la déclenchent délibérément pour obtenir une métamorphose du sujet. Contrairement aux premiers écrits de Freud, actuellement la psychopathologie occidentale se protège de la frayeur — du moins dans les théories qui rendent compte des prises en charge. Il s'agit là d'une notion injustement négligée. Ce numéro a donc pour objectifs de montrer l'importance de la frayeur pour comprendre nombre de pathologies de nos patients issus de cultures non-occidentales et pour les soigner. Mais aussi, de mettre en évidence la nécessité d'analyser minutieusement ce concept pour nos propres théories et nos techniques thérapeutiques. Nous publions ici, dans son intégralité, le texte de Gilles de La Tourette écrit en 1885. C'est un texte princeps remarquable. Il décrit la maladie des tics et surtout, analyse avec une méthodologie ethnopsychiatrique avant la lettre, les liens entre le jumping américain, le latah malais et le myriachit sibérien (trois maladies de la frayeur).
Résumé : L'adolescence est sans doute le plus bel âge de la vie quand on l'a dépassé. Fascination et incompréhension caractérisent notre regard sur cette période associée à l'ennui, à la révolte, à l'émergence du pubertaire et du sexuel, aux transgressions, aux questionnements identitaires et à l'utopie. Sous l'égide de la Maison de Solenn, des spécialistes reconnus de l'adolescence partagent leurs savoirs cliniques et leurs expériences. Ce premier volume vise à mieux comprendre les adolescents aujourd'hui, dans la période troublée qu'ils traversent et dans le contexte d'une société qui consacre le mouvement perpétuel et l'inachèvement. Les auteurs reviennent sur les passions de l'adolescence qui se déclinent en addictions (au virtuel, aux drogues, à la nourriture), en prises de risque, en retrait (dépression, phobies, etc.) Enveloppe qu'on malmène, prive ou gave, qu'on excite ou anesthésie, le corps exprime ces passions destructrices et doit être entendu. Les différents textes réunis témoignent de la nécessité d'inventer, d'innover, d'imaginer des manières de soigner adaptées aux adolescents, à leur temporalité et à leur subjectivité. C'est le pari de cet ouvrage qui nous invite à accompagner les adolescents dans cette phase de transition et de construction. Sous la direction de Marie Rose Moro, professeur de psychiatrie de l'enfant et de l'adolescent (Université Sorbonne Paris Cité), directrice de la Maison de Solenn, Maison des adolescents de Cochin (APHP, Paris). Avec la collaboration de : T. Baubet - J.-P. Benoit - A. Benoit de Coignac - C. Blanchet-Collet - C. Chabert - V. Delvenne - F. Enjolras - N. Girardon - B. Golse - G. Guzman - S. Hefez - H. Lefèvre - M. Mansouri - F. Marty - A. Reyre - O. Taïeb - S. Tisseron.
Quiconque a approché les thérapies traditionnelles, s'est nécessairement rendu compte de la place centrale qu'y occupaient les objets tant dans l'établissement du diagnostic et le déroulement du processus thérapeutique que dans la résolution du transfert. Il s'agit tantôt de "faire parler" certains objets pour découvrir l'énigme du mal, tantôt de découvrir, puis d'annuler les objets maléfiques ou enfin de fabriquer des amulettes ou des talismans destinés à protéger la victime. Si les anthropologues se sont souvent attachés à décrire avec minutie la nature, l'industrie et l'utilisation des objets "enchantés", les psychologues en revanche n'y ont vu qu'une expression "symbolique" et naïve de désirs d'amour et de haine confusément perçus. Ce numéro prend naissance du triple constat suivant : 1) les thérapies traditionnelles semblent considérer que les objets constituent des opérateurs thérapeutiques spécifiques et efficaces ; 2) l'observation des processus montre que, sitôt qu'il apparait, l'objet contraint thérapeute et patient à modifier leur registre de fonctionnement ; 3) dans les conceptualisations occidentales, il n'existe aucune place pour traiter l'objet en dehors de l'univers du langage. Nous nous proposons donc d'explorer, et toujours de manière pluridisciplinaire, la fonction de l'objet dans les thérapies traditionnelles, sa possible utilisation dans les thérapies occidentales et enfin d'initier la nécessaire théorie générale de l'objet.
La psychologie transculturelle a transformé la prise en charge des migrants et de leurs enfants. Fondée sur l'anthropologie et la clinique, elle a été enrichie au fil des ans par les apports de la psychanalyse, de la thérapie familiale et de groupe. Elle permet de comprendre les besoins des enfants migrants ou enfants de migrants et favorise les passerelles entre le monde d'origine et le monde d'accueil. Ce livre est un véritable guide. Pas à pas, il précise les règles d'organisation de la thérapie transculturelle : constitution du groupe de thérapeutes, traduction et interprètes, mixité et diversité, lieux, durée... Il détaille le déroulement de la thérapie, séance après séance, de la création des conditions de rencontre à l'imagination de nouveaux possibles, une nouvelle place, un nouveau destin pour l'enfant ou l'adolescent dans sa famille. Un outil de travail clair, accessible, pédagogique : indispensable pour tout ceux qui évoluent dans un contexte transculturel.
Résumé : Plus la société est en crise, plus la contrainte qui pèse sur les adolescents est grande : on ne pourrait plus se permettre de rêver, d'essayer, de croire en ses capacités, d'inventer d'autres mondes possibles. Et si c'était le contraire, à savoir que plus le monde est difficile, plus il faut miser sur cette période de transition adolescente où la créativité est telle qu'effectivement, tout est possible, tout peut se transformer... Tout peut advenir ? Sous l'égide de la Maison de Solenn (Paris), des spécialistes de l'adolescence partagent leurs savoirs cliniques et leurs expériences. Ils analysent les malaises de nos sociétés et en montrent les effets sur les adolescents et sur nos manières de les éduquer, de les soigner, de les aimer. L'adolescence en quête d'idéal reste une réalité d'aujourd'hui qu'il faut entendre comme telle. Il nous faut faire le pari de la créativité. C'est le parti pris contemporain et fraternel de cet ouvrage collectif.
Il existe en Occident des "niches thérapeutiques" abritant des guérisseurs usant de pratiques comparables à celles qu'on peut observer dans les pays en voie de développement. Il arrive parfois à ces guérisseurs d'assurer la prise en charge psychologique de la population de tout un quartier ou d'un village entier. Ce phénomène est aussi fréquent dans les grandes métropoles occidentales que dans les milieux ruraux. Ce dossier met en regard leur efficacité et celle de la psychopathologie institutionnelle. Les guérisseurs, médiateurs auprès des dieux, démons, esprits, ancêtres, médiateurs entre le monde profane et l'univers ésotérique, opérateurs incarnés de théories étiologiques complexes, sont-ils comparables aux soignants (psychiatres, psychanalystes, psychologues, infirmiers) dans leur utilisation des techniques psychothérapiques, dans leur maniement du transfert ?
La démarche clinique, analyse approfondie de situations particulières, devient une méthode d'investigation privilégiée dans tous les domaines de la recherche. Telles un travelling, les méthodes d'observation sont obligées de se modifier pour saisir l'objet en mouvance. Là-bas, les cliniciens de toutes cultures formés dans nos universités se trouvent nécessairement amenés à aménager leurs techniques pour répondre aux transformations des hommes surpris dans les modifications de leur environnement. Là-bas encore, les anthropologues de toutes cultures, s'intéressant de plus en plus aux systèmes dynamiques de représentation de la maladie, s'engagent volens nolens dans des relations de type clinique. Ici enfin, les cliniciens de toutes cultures rencontrant un grand chef soninké du Mali provisoirement éboueur à la ville de Paris, se trouvent expulsés de lests certitudes et subrepticement amenés à réfléchir sur le métissage des techniques.
Le tabou attribue à une personne, un objet ou un mot un caractère à la fois interdit et sacré. Mais lorsqu'il est fonctionnel, le tabou inscrit dans l'univers du sujet qui s'y soumet une discrimination logique qui prend sa source dans des sensations physiques. Un juif pieux vomira à l'idée qu'il a pu ingérer de la viande de porc, une femme baoulé enceinte avortera en mangeant du fruit proscrit, un homme bété développera un véritable syndrome d'influence pour avoir eu des jeux sexuels avec sa cousine parallèle. Mais après cette expérience, ils se penseront davantage juif pieux, baoulé ou bété. Cliniquement, l'imposition du tabou est donc une opération complexe qui transforme des catégories culturelles en représentations psychiques par l'intermédiaire de sensations corporelles. On comprend donc aisément que les thérapies traditionnelles, dans des situations de grands désordres psychologiques utilisent de telles prescriptions. Ainsi, les shamans apaches guérissent-ils les maladies des tics, dont nous savons qu'elles sont notoirement réfractaires à toute psychothérapie, par la mise en place de systèmes individuels de tabous alors que les cheiks musulmans du Maghreb ont plutôt tendance à faire appel aux tabous religieux. De même, un patient gravement perturbé, mélancolique ou schizophrène, pourra-t-il créer un univers à la logique singulière par une organisation obsessionnelle du monde structurée autour de tabous privés. Quoi qu'il en soit, on attend toujours du tabou qu'il réinstaure de tordre là où régnait le désordre du fait de la maladie, de l'acculturation ou de la déstructuration du groupe social. Nous invitons les cliniciens et les chercheurs à approfondir la notion de tabou injustement négligée, à explorer le fonctionnement de thérapies organisées selon la logique du tabou et à s'interroger sur la place qu'il occupe, parfois à notre insu, dans nos psychothérapies.
On peut admettre qu'un être humain soit défini par trois coordonnées : sa biologie, son psychisme et sa culture. Si les métis constituent une catégorie sociologique relativement bien définie et même, dans certaines sociétés, bénéficient d'un statut spécifique, en revanche aucune étude ne nous renseigne sur la façon dont se combinent deux univers culturels hétérogènes à l'intérieur d'un même sujet. Les patrimoines génétiques s'entremêlent, les identifications psychiques s'entrecroisent ; en va-t-il de même des systèmes culturels ? Jusqu'à quel point peuvent-ils se "métisser" tout en gardant leur cohérence interne et leur efficience ? A l'heure des déplacements massifs de populations et des émigrations généralisées, il s'agit d'une question première tant sur le plan théorique que sur celui des implications concrètes. La culture d'un sujet est partie constituante de son être-même ; du fait de sa cohérence, elle ordonne son univers du vrai et structure son fonctionnement cognitif. Y a-t-il un risque psychologique à mélanger ses références culturelles ? Pour soi-même ? Pour ses descendants ou les descendants de ses descendants ? Ou au contraire peut-on faire l'hypothèse d'une créativité délibérément choisie dans tout métissage culturel ? Au delà du métissage peut-on même aller jusqu'à penser que toute technique thérapeutique serait par essence syncrétique ?