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Bulletin d'histoire et d'épistémologie des sciences de la vie Volume 29 N° 1/2022 : Maladies, médeci
Cherici Céline
KIME
16,00 €
Épuisé
EAN :9782380720723
L'équipe rédactionnelle a décidé de consacrer le numéro 29-1 à un certain nombre de présentations données lors du Congrès de la Société d'Histoire d'Epistémologie et des Sciences de la Vie qui s'est tenu en partenariat avec la Société Française d'Histoire des Sciences et des Techniques, en visioconférence, compte tenu du contexte pandémique, en avril 2021. Ces difficultés n'ont pas empêché de passionnants débats d'avoir lieu autour de thématiques épistémologiques et historiques liées aux concepts de "Maladies, médecine, société en histoire des sciences" . Ainsi, Olivier Perru nous parlera des rapports entre "Descartes et Gassendi : la maladie est-elle naturelle ? " ; puis Yacouba Kone abordera la "Maladie et notion du changement de fonction des microzymas chez Antoine Béchamp (1816-1908)" et nous permettra d'approfondir les travaux d'un auteur parfois méconnu. Sylvie Hello nous amènera à réfléchir aux liens entre l'aliénisme et la justice dans l'oeuvre de "Etienne-Jean Georget (1795-1828), un aliéniste face aux magistrats" ; tandis que Yann Craus approfondira l'articulation entre l'autisme conçu par Asperger et l'élargissement de ce trouble en spectre dans un article intitulé "Du syndrome d'Asperger au spectre autistique : médecine, société, histoire d'une maladie de la sociabilité" ; Pierrot Seban nous proposera de nous pencher sur certains aspects de la médecine thaumaturgique dans "Soigner par magie. Repenser le rôle du sens dans le soi" . Pour clore ce dossier consacré aux liens entre médecine et société, Céline Cherici nous emmènera suivre "Le cheminement de l'électricité au coeur du système nerveux, 1746-1803 : entre explorations et thérapeutiques" . Enfin dans un article dit de varia, Elodie Rubio-Lopez finira ce volume sur une réflexion liée aux liens entre cerveau et apprentissages dans "Du cerveau à la salle de classe : un voyage tant scientifique qu'éthique" .
Le second numéro du Bulletin de la SHESVIE reprendra le thème de l'anthropogénèse qui a animé le XXVe Congrès de la société et qui s'est déroulé à Bordeaux les 14-15 mars 2019. La question des origines de l'homme est une vraie interrogation depuis le XVIIIe siècle, en Occident. Jusque vers 1750, la question se pose en termes théologiques et dans une lecture des textes bibliques influencée par le nominalisme et le cartésianisme. Buffon est un des premiers à envisager une origine de l'homme intégrée dans le règne animal et à détacher les explications scientifiques des explications théologiques. A partir des années 1860, le concept de préhistoire s'élabore en tant que science et un questionnement anthropologique se met en place autour des types morphologiques humains passés ou présents. De la biologie darwinienne de l'évolution, bientôt enrichie et transformée par la génétique des populations à la paléoanthropologie, retraçant le parcours complexe et buissonnant de la phylogénie humaine ; de l'archéologie, interrogeant et datant les différents restes fossiles de cette histoire à la primatologie, donnant à voir la proximité chaque jour plus étonnante entre l'homme et les grands singes ; toutes ces disciplines, au-delà de leur évidente disparité, convergent pourtant autour d'un même objet. Elles interrogent toutes à leur manière, depuis les méthodes qui sont chaque fois les leurs, l'humain et sa longue histoire constitutive. Peut-on néanmoins rapprocher ces "anthropogenèses" distinctes et les penser ensemble, comme autant de points de vue différents sur une même histoire ? Une interrogation transdisciplinaire, une réflexion commune sur notre humanité et sa préhistoire sont-elles aujourd'hui possibles ? Ce congrès se propose d'apporter des éléments de réponse à ces questions.
Le libéralisme n'est pas seulement une orientation de la pensée économique qui domine actuellement le paysage politique et intellectuel des pays anglo-saxons et d'Europe occidentale. C'est aussi, à l'origine, une revendication de liberté pour la personne, d'émancipation par rapport à un cadre moral hérité de temps anciens. Ces deux dimensions se croisent notamment dans l'oeuvre de John Stuart Mill dont LI Hongtu, professeur d'histoire à l'université Fudan (Shanghai) étudie l'oeuvre majeure, le traité De la liberté (1859). Correspondant d'Auguste Comte et disciple de Jeremy Bentham, John Stuart Mill est entré en dialogue avec les grands courants philosophiques de son temps, de l'utilitarisme au positivisme. Fervent défenseur de la liberté de l'individu confronté à la multiplicité des contraintes sociales, il a défié les préjugés de son temps en partageant la vie d'Harriet Taylor, militante du droit des femmes. La même logique l'a poussé à s'engager pour la liberté des lois du marché. Mais il était aussi employé de la Compagnie des Indes orientales, et même si on ne relève pas chez lui de traces de racisme, il s'accommodait très bien du colonialisme et du fait que des continents entiers, de l'Inde à la Chine, soient exclus des bienfaits du libéralisme dont il se faisait l'apôtre. Il était urgent que l'émergence du libéralisme soit aussi abordée dans la perspective d'une historiographie extra-européenne.
Qui était vraiment Gustave Flaubert ? On le savait en proie à de grandes contradictions, mais qui aurait pu dire que cette critique permanente de la Bêtise, cette souffrance de l'écrivain à la tâche, cette obsession du style étaient le résultat de névroses, d'un rapport des forces psychiques entre revendications pulsionnelles et inhibitions ? Et si la "grande synthèse" poétique à laquelle il aspirait tant n'était que le regret ou le constat de l'absence d'un Moi unifié ? Patrick Mathieu, en étudiant la Correspondance et les oeuvres de Flaubert, nous fait découvrir un auteur en constant décalage avec lui-même, jouant double-jeu dans le théâtre de la vie, et dont la souffrance affichée, revendiquée, n'est pas qu'artistique : elle puise ses origines au fond de son être, dès son plus jeune âge, dans un dégoût permanent de la vie qu'il tentera difficilement de masquer avec sa "marotte" , la littérature. C'est que Flaubert porte en lui le faix de secrets, selon lui "indisables" , de nature sexuelle, et il a choisi de les révéler de façon cryptée par le biais de la médiation littéraire : pour ce faire, il portera publiquement une autre croix, celle de la Littérature, maîtresse exigeante, fondant ainsi malgré lui le nouveau mythe de l'écrivain dévoué au labeur du style et vivant en martyr la Passion de l'Art.
La figure du voyageur-philosophe est volontiers associée aux récits de l'âge classique, qu'elle emprunte la forme de la fiction ou celle du témoignage autobiographique. Descartes fonde sa philosophie de la méthode sur l'expérience de l'errance et de l'exil ; jusqu'au XVIIIe siècle, le Voyage philosophique accompagne les grandes découvertes et l'ambition encyclopédique de recenser tous les territoires, les modes de gouvernement et les aires linguistiques. Les liens entre voyage et philosophie semblent ensuite se distendre, au fur et à mesure que s'autonomise la littérature et que se développent la promenade romantique et le voyage d'agrément. Mais peut-on réellement parler d'une fin, ou du moins d'une éclipse du voyage philosophique, et ce phénomène coïncide-t-il avec la fracture historique qui fait éclater le système des Belles-lettres où littérature, histoire et philosophie étaient encore unies ? Le présent ouvrage se propose d'interroger le devenir du voyage philosophique à partir du XIXe siècle et les formes de sa résurgence, à la fois du côté de la littérature et de la philosophie, dans un esprit de dialogue entre les disciplines. De Friedrich Nietzsche, qui élabore sa philosophie de l'esprit libre à partir de ses voyages, à Bruce Bégout, qui revisite la figure du philosophe-voyageur sous la forme du nomade motorisé, la pensée philosophique ne cesse d'être stimulée par l'errance ou d'orienter celle-ci. Y a-t-il lieu de distinguer une écriture philosophique et une écriture littéraire du voyage, et quelle est la place de l'expérience et du vécu, de la description ou de la conceptualisation, selon l'identité ou le champ de compétences que revendique le voyageur ? Voyager en philosophe renvoie aux multiples façons de décentrer l'écriture et la pensée, y compris pour proposer ce que Pierre Macherey appelle une "philosophie littéraire" : que fait la littérature de voyage à la philosophie, et inversement, que fait la philosophie à la littérature de voyage ?
A l'occasion du centenaire Proust, la maladie personnelle de Marcel Proust est venue occuper la scène biographique sans toujours apercevoir toute la dimension idiosyncrasique de l'oeuvre. Car l'asthme dont souffre Marcel Proust comme une maladie chronique est redoublé ici par celui du Narrateur : son corps souffre autant de la maladie d'amour que de la maladie physique, à moins que la première n'ait déclenché la seconde. Pour cela le thème de la maladie est essentiel car il vient manifester le temps dans le corps ; il met aussi en péril la permanence du moi au point d'apercevoir qu'il n'était constitué que du temps passé, incorporé. Notre étude nous conduira ainsi d'une critique de la médecine comme science du corps objet à l'avènement du thème de la guérison. L'écriture de A la recherche du temps perdu comme métamorphose de toute maladie, facilite cette conversion du vécu intime de l'amour en vécu phénoménologique dégageant l'essence de l'amour. Forme d'exorcisme, l'écriture permet à tout un chacun de se reconnaître. Le narrateur nous ressemble puisque son récit nous touche en atteignant la condition commune, celle de la souffrance.