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Les puissances de la défaillance
Olcèse Rodolphe
KIME
23,00 €
Épuisé
EAN :9782380721621
La notion de défaillance est essentielle à l'existence humaine, qui ne pourrait s'apparaître à elle-même si l'excès de son épreuve du réel ne la confrontait à des situations critiques. Ces moments critiques lui confèrent en effet un relief nouveau et exacerbent les mouvements de fond qui la traversent, selon un paradigme qui permet également de comprendre l'écriture poétique ou les formes plastiques. Il s'agit ainsi de penser la défaillance comme une dimension constitutive de l'existence, qui ne peut plus être comprise selon les logiques du projet, de la réussite et du résultat qui saturent nos environnements d'existence. Un corpus restreint de philosophes - Soren Kierkegaard, Simone Weil, Emmanuel Levinas, Louis Lavelle, Henri Maldiney et Jean-Louis Chrétien - et une poignée d'artistes - Josef Sudek, Jean Bazaine, Jean-Luc Godard - conduisent à faire le constat qu'une faille traverse toute expérience sensible et permettent d'établir que notre être au monde doit être compris à l'aune d'un déséquilibre impossible à résorber. Ces analyses ouvrent sur une philosophie du témoignage, qui implique ce déséquilibre comme sa condition de possibilité. Elles viennent également nourrir l'horizon d'une vie en commun susceptible d'accueillir toutes les singularités humaines et de les articuler à une exigence de justice qui irrigue la pensée utopique.
Résumé : En 1958, Fernand Deligny, éducateur singulier dont les tentatives de cures libres refusaient les méthodes psychiatriques ordinaires, prend en charge Yves, considéré par l'institution hospitalière comme "inéducable et irrécupérable" . Yves devient, en 1962, le personnage central du film que Deligny tourne dans les Cévennes, "Le moindre geste". L'oeuvre de ce cinéaste atypique frappe à la fois par son caractère multiforme et cependant par sa profonde cohérence, comme le révèle son examen au prisme de la notion de précarité. Cette notion constitue un motif qui se complexifie au fil des expériences pédagogiques, littéraires, filmiques - et le principe d'une poétique qui opère sur des objets eux-mêmes très différenciés : textes, films et cartes. Le présent livre cherche, dans un dialogue continu avec les textes et les images de Fernand Deligny, à établir les principes de ce que pourrait être une écologie du "moindre geste" . Après avoir travaillé dans l'action culturelle cinématographique pendant 20 ans, actuellement Rodolphe Olcèse enseigne la philosophie de l'art et la théorie du cinéma à l'université Jean Monnet de Saint-Etienne et co-dirige le département de recherche "La parole de l'art" au Collège des Bernardins, à Paris. Ses recherches portent sur la philosophie contemporaine et le cinéma dit expérimental. En 2021 il a publié "Le Surgissement des archives".
Le remploi d'archives est une puissance filmique de tout premier ordre, non seulement par Le territoire d'inventivité et de renouvellement formels que ce geste de création ne cesse de creuser, mais aussi parce qu'il engage une possibilité essentielle du medium. Le présent texte s'efforce de montrer la singularité et l'acuité de cette pratique telle qu'elle est développée dans trois films contemporains : X+ (2010) de Maryléne Negro, The Uprising (2012) de Peter Snowdon et Pays Barbare (2013) de Yervant Gianikian et Angela Ricci Lucchi. Ces films sont appréhendés dans leur capacité à mettre en évidence une matérialité (fragments, rythmes) et des modalités de mise en oeuvre (traduction, dialogisme, répétition) propres au médium cinématographique. Pensée à l'aune de son surgissement, l'archive se présente dans ses dimensions indissociablement poétiques et politiques, ouvrant dans L'ordre de l'expression filmique des espaces utopiques qui confrontent le présent à son propre devenir.
Elisée Reclus pense notre présence à la terre au prisme des interdépendances qui la traversent et la soutiennent : les pierres fixent les paysages et déterminent notre milieu d'existence ; les végétaux aident à dire quelque chose de ce qu'il en est de vivre, ici et maintenant, au contact de ce milieu et des eaux qui l'irriguent ; les animaux enfin, par leur itinérance, montrent les déplacements qu'il faut opérer pour être en situation de vivre de ce milieu, mais aussi pour en découvrir des dimensions inédites et le transformer. Dans leur diversité, les multiples formes du vivant dirigent notre attention vers une exigence de libération qu'elles nous aident à accomplir, en nous faisant participer directement de la beauté d'un monde dont nous avons la charge.
La rencontre entre l'un des plus grands poètes del'avant-garde cinématographique américaine et le philosophe de langue françaisequi a marqué décisivement le destin de la philosophie contemporaine secristallise d'abord autour d'une certitude inébranlable, une conviction qui estexistentielle avant d'être l'objet d'une thèse philosophique ou d'un motifcinématographique. Cette certitude, c'est que la vie est bonne, que toute vie, qui se reçoit comme un don gratuit et inexplicable, vaut d'être célébrée, quandbien même elle s'éveillerait à elle-même parmi les ruines de l'histoire. Rodolphe Olcèse est maître de conférences en Philosophie del'art et Théorie du cinéma à l'université Jean Monnet de Saint-Etienne. Il estégalement co-directeur du département de recherche "âLa parole de l'artâ" auCollège des Bernardins, à Paris. Il a publié Le Surgissement des archives (2021)et La Vie précaire. Textes et images de Fernand Deligny (2023). Il a codirigéles volumes collectifs L'Art tout contre la machine (2021) et L'Art et lesformes de la nature (2023).
Faye Emmanuel ; Lassègue Jean ; Rastier François ;
Bien au-delà de la seule philosophie, le débat à Davos en 1929 entre Cassirer et Heidegger a marqué l'histoire des idées. Il a même donné naissance à des récits passablement légendaires qui négligeaient le contexte historique précis. Un nouveau regard s'impose, à la lumière des oeuvres publiées depuis lors. Les vingt-cinq tomes de l'édition allemande de référence de Cassirer ne sont disponibles que depuis 2007. S'y s'ajoutent les dix-sept tomes du Nachlass depuis 2017. Des 102 volumes de la Gesamtausgabe de Heidegger, édition de référence mais sans garantie scientifique, moins d'une dizaine reste programmée, mais d'ores et déjà la publication des cinq premiers volumes des Cahiers noirs a permis d'engager une relecture critique de l'ensemble. C'est donc à présent seulement que l'on peut véritablement évaluer les projets contrastés des deux auteurs. Leurs enjeux intéressent notamment le statut de la rationalité et des sciences, en particulier celles de la culture, aussi bien que le statut de la technique parmi les formes symboliques. Et tout autant, l'opposition entre la démocratie et la théologie politique ; entre la légitimité du cosmopolitisme et l'ontologie identitaire ; enfin, entre la possibilité même d'une éthique ou son rejet de principe. Tous ces thèmes contradictoires exigent aujourd'hui une révision critique, non seulement rétrospective, mais aussi ancrée dans le présent. Car au-delà même de la philosophie, des courants de pensée et des forces politiques en Europe et dans le monde poursuivent ces deux voies qui s'opposent aujourd'hui.
Et si la commémoration du bicentenaire de la naissance de Flaubert exigeait un effort de prospective ? En effet, de quel texte majeur l'oeuvre de Flaubert, fondamentalement matricielle, sera-t-elle finalement l'oeuvre source ? La critique s'est beaucoup intéressée aux lectures du romancier et aux textes qui ont pu l'inspirer ; elle a longuement analysé les principes de sa poétique et la manière patiente dont elle s'est élaborée. Mais quid des influences multiples sur ses contemporains ? Elle a beaucoup moins observé comment les héritiers autoproclamés se sont emparés de l'esthétique flaubertienne pour construire leurs propres oeuvres et comment ces dernières font honneur ou pas à l'héritage reçu. C'est cet oubli que prétend réparer Flaubert ou l'oeuvre muse. L'étude offre en effet une exploration panoramique des oeuvres de littérature française qui, dans le mystérieux processus labyrinthique de la création artistique, en plus d'être prismatique, devenue multidimensionnelle, ont contribué jusqu'à ce jour à faire vivre une réelle flaubertolâtrie.
Violence, domination, inégalité, tyrannie et insurrections : la réflexion de Spinoza sur le droit et la politique ne se limite pas au pacte social, ni à la liberté de philosopher. Il ne s'agit pas seulement de dresser la liste des droits respectifs du souverain et des sujets, dans le sillage des théories du droit naturel. Déjà Althusser avait rapproché Spinoza de Marx et Alexandre Matheron avait montré le rôle essentiel des passions dans la Cité et ses transformations. Toute une génération de chercheurs s'est interrogée ensuite sur les notions par lesquelles se pense ce devenir : foule, peuple, nation, mais aussi multitude. C'est ce dernier terme surtout qui concentre le mieux une pensée de l'initiative historique des citoyens et de leur puissance collective. Il restait à en tirer les conséquences sur les rapports entre individu et multitude, sur les relations de la pensée spinoziste avec Machiavel, Grotius et Hobbes, sur l'attitude de Spinoza envers révolution et conservation, résistance, assimilation et intégration, citoyenneté, désobéissance et révolte. Autant de thèmes qui sont développés ici, à travers la lecture renouvelée de L'Ethique, du Traité théologico-politique, et du Traité politique. Le volume s'achève par un entretien avec Toni Negri, qui fut le premier, dans son livre L'Anomalie sauvage, à mettre en lumière l'importance et le rôle de ce concept. Il y fait le bilan de son propre itinéraire et des discussions qu'il a suscitées.
Le libéralisme n'est pas seulement une orientation de la pensée économique qui domine actuellement le paysage politique et intellectuel des pays anglo-saxons et d'Europe occidentale. C'est aussi, à l'origine, une revendication de liberté pour la personne, d'émancipation par rapport à un cadre moral hérité de temps anciens. Ces deux dimensions se croisent notamment dans l'oeuvre de John Stuart Mill dont LI Hongtu, professeur d'histoire à l'université Fudan (Shanghai) étudie l'oeuvre majeure, le traité De la liberté (1859). Correspondant d'Auguste Comte et disciple de Jeremy Bentham, John Stuart Mill est entré en dialogue avec les grands courants philosophiques de son temps, de l'utilitarisme au positivisme. Fervent défenseur de la liberté de l'individu confronté à la multiplicité des contraintes sociales, il a défié les préjugés de son temps en partageant la vie d'Harriet Taylor, militante du droit des femmes. La même logique l'a poussé à s'engager pour la liberté des lois du marché. Mais il était aussi employé de la Compagnie des Indes orientales, et même si on ne relève pas chez lui de traces de racisme, il s'accommodait très bien du colonialisme et du fait que des continents entiers, de l'Inde à la Chine, soient exclus des bienfaits du libéralisme dont il se faisait l'apôtre. Il était urgent que l'émergence du libéralisme soit aussi abordée dans la perspective d'une historiographie extra-européenne.