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La crise dans tous ses états
Lévêque Laure ; Visciola Simone ; Bastidon-Gilles
EFFIGI
18,00 €
Épuisé
EAN :9788855246002
Impossible, aujourd'hui, de faire l'économie de la crise : que l'on ouvre son journal ou que l'on pousse le bouton de sa télévision, l'on est abreuvé de discours alarmistes qui agitent le spectre de la crise dans tous ses états : climatique, écologique, politique et géopolitique, économique et financière, institutionnelle, sociale, migratoire, énergétique, nucléaire.... Protéiforme, la crise est aussi omniprésente, saturant l'espace médiatique, infiltrant des consciences qui, progressivement mithridatisées, gèrent leur angoisse entre fatalisme et combativité, paralysie et commotion. Car d'aucuns, comme Evelyne Grossman, parient sur la " créativité de la crise ", assignant à cette dernière un clair pouvoir heuristique auquel en appelait, dans les années 1980, l'émission " Vive la crise ! ", cultivant une ambiguïté dont, pas plus que de la crise, nous ne sommes aujourd'hui sortis si, comme Anita Staron en pose fermement le diagnostic, " le sujet est loin d'être épuisé et [...] appelle de nouveaux questionnements ". C'est à un certain nombre d'entre eux que les contributions ici réunies entendent modestement apporter des éléments de réponse.
Ce n'est pas le seul édifice social que la Révolution de 1789 a jeté à bas : la volonté refondatrice s'affiche jusque dans le calendrier, où la proclamation de l'An I installe la gestion de l'héritage mémoriel au coeur des enjeux symboliques qu'affronte alors la nation en construction, imposant d'emblée d'inventer de nouveaux rapports qui permettent d'ouvrir des perspectives d'avenir. Quand le sujet se mue en citoyen et que l'abolition des droits féodaux sape les bases sur lesquelles reposaient depuis des siècles l'édifice social et l'identité individuelle, définitivement refondée par l'égalité des droits, alors, avec l'effondrement des repères et l'aboutissement de la longue mise en cause des valeurs reçues, dans la tension extrême entre l'individu et la collectivité, penser la nation passe par une recomposition sans précédent de l'ensemble des référents, qui puise dans l'histoire les chaînes mémorielles capables de fournir des modèles propres à structurer une nouvelle identité collective - pour ne pas parler d'identité nationale , résolument fondatrice et valorisante, sans laquelle aucune reconstruction n'est pensable.
Les enjeux de mémoire, vécus ou non comme autant de devoirs de mémoire, sont, aujourd'hui plus que jamais, au coeur des stratégies d'élaboration des identités, individuelles et collectives. Pour autant, le jeu des réinvestissements et des réappropriations inscrit son efficacité dans la longue durée et intéresse les divers genres et supports médiatiques, des textes à vocation politique, littéraire, poétique à la bande dessinée et au cinéma. Ces liens de mémoire - tissés à partir d'un patrimoine culturel où s'opèrent des sélections, où fonctionnent des filtres qui modèlent et formalisent ce qui passe du passé - interrogent les modalités de construction des référents qui travaillent, de l'Antiquité à aujourd'hui, l'imaginaire social et les représentations qu'une société se fait d'elle-même.
Lévêque Laure ; Bonfils Philippe ; Kocoglu Yusuf ;
A lire l'actualité, l'espace euro-méditerranéen évoque aujourd'hui massivement une zone de conflits culturels, religieux ou économiques, plus ou moins ouverts, jusqu'à menacer le vivre ensemble de communautés que caractérisent pourtant, sur la longue durée, des pratiques d'échanges qui ont assuré, d'une rive à l'autre, une cohabitation renouvelée, sinon toujours pacifique. L'ouvrage essaie de mettre l'accent sur leurs points de convergence, sans angélisme, mais fort d'une perspective humaniste.
Paysages d'aujourd'hui paysages d'autrefois, c'est à démêler leurs imbrications mouvantes que ce livre veut entraîner le lecteur, au coeur de grands enjeux de société dont témoigne ce patrimoine culturel que sont les paysages européens. A travers le large panel sélectionné par les chercheurs, c'est la longue mémoire enfouie de l'histoire de l'Europe qui émerge dans les variations de la gamme profuse d'images et de représentations qui surgissent. Les quelque 30 cas présentés illustrent aussi la pluralité des approches nuises en oeuvre dans des démarches de recherche et d'analyse devenues désormais inséparables des politiques de protection et de sauvegarde du patrimoine environnemental et paysager comme des pratiques (de valorisation de ce bien culturel commun et non renouvelable.
L'actualité ne le démontre que trop : on n'en a jamais fini avec la crise. Une crise qui, démentant toute l'histoire de la notion, tendrait même à devenir permanente. Plus complexe aussi, et la récente pandémie de Covid-19 qui tourmente la planète aura beaucoup fait pour mettre en évidence l'interdépendance de ses facteurs déclencheurs quand, en un gigantesque effet domino, on a vu s'enchaîner crise sanitaire, crise économique et sociale, crise politique et démocratique... seule la crise écologique trouvant fugacement son compte au coup de frein mis aux échanges planétaires. Jouant comme un véritable révélateur, l'événement commande un regard critique que les 19 spécialistes qui ont contribué à ce volume se sont efforcés de porter dans les champs des sciences naturelles et de la médecine, de la philosophie, de l'histoire et de la sociologie, des sciences de l'éducation, de la littérature et des médias pour penser à nouveaux frais les questions qu'Edgar Morin soulevait voici un demi-siècle en forgeant le néologisme de " crisologie ". Crisologie que nous reprenons ici à notre compte en l'actualisant.
Issu de trois années de recherche au sein du Laboratoire BABEL de l'Université de Toulon, Corps, Genre, Santé rassemble dix contributions qui tissent un dialogue pluridisciplinaire autour des représentations des maladies, des troubles mentaux et de la construction des tabous, des normes genrées et de multiples formes de stigmatisation. A travers la littérature et le cinéma d'aires culturelles variées (France, Espagne, Portugal, Suède), les articles de la première partie, " Corps & Genre ", s'attachent à l'étude de sexualités non normatives, à la remise en question d'interdits corporels et dévoilent les mécanismes d'appropriation des comportements sexués. La thérapeutique, quant à elle, est à l'honneur de la seconde partie, " Corps & Santé ", où la grosse vérole, le cancer du sein et la dépression se retrouvent au coeur de récits de poètes et de romanciers qui cherchent à " panser ce qui peut être pansé ", pour reprendre une belle formule d'Emmanuel Carrère. L'investissement rhétorique autour de la maladie est aussi source de relégations et de violences innommables comme le montrent une étude historique sur l'Allemagne nazie et une analyse discursive du lexème " schizophrénie " dans un journal brésilien. Pluriels et rhizomatiques, les articles de ce volume témoignent des vertus d'une approche dialogique : l'aptitude à relier afin de faire émerger de nouveaux regards.
Sans reprendre ici la démarche structurale du Lévi-Strauss de Mythe et signification, les contributions réunies dans ce volume entendent néanmoins explorer son fonctionnement symbolique et contribuer à penser à nouveaux frais la fonction et l'usage du mythe en contexte littéraire. Ouverte à un corpus très large tant au niveau des aires temporelles que géographiques et culturelles considérées, la réflexion questionne les présupposés les plus accrédités sur les rapports du mythe à l'universel. S'inscrivant en faux contre une vision ethnocentriste qui réduit bien souvent la mythologie à ses seules expressions gréco-latines classiques, sans exclusive, ce collectif s'intéresse à des formes à la fois actualisées et excentrées du mythe dont il suit le travail et les rebonds incessants, interdisant de réduire l'imaginaire mythique à un fonds d'images et de procédés académiques figés. Revitalisant les considérations d'un Baudelaire qui voyait dans " la mythologie [...] un dictionnaire d'hiéroglyphes vivants ", soit la clé du grand code des arcanes de l'humain et de son histoire, ce volume retrouve après lui dans la voix du mythe " des concentrations de vie nationale, comme des réservoirs profonds où dorment le sang et les larmes des peuples ". Une voix primordiale qui sourd des profondeurs, voix non plus du passé mais des recommencements.
Topos s'il en est, la femme orientale enfièvre l'imagination et échauffe les esprits, occidentaux singulièrement, pour qui elle est un objet de fantasme toujours renouvelé. En témoignent toute une littérature orientaliste et colonialiste qui s'attache à percer son mystère et toute une iconographie qui, de Delacroix à Fromentin ou à Matisse, en fixe l'imagerie formulaire sur fond de harem et de bains maures où paressent de sensuelles odalisques et ondulent lascivement des almées. Femmes-objets, tout entières vouées au plaisir masculin, ces femmes d'Orient sont d'autant plus attirantes qu'elles sont inaccessibles, recluses en leur sérail ou dissimulées sous un voile qui, en ne laissant voir que des yeux de braise, attise le désir plus qu'il ne l'interdit. C'est toute cette typologie, largement cristallisée en poncifs et durcie en fantasmatique, qui se trouve ici reprise et dépliée comme est aussi revisité l'autre versant de l'Orientale dont, avec Shéhérazade, les Mille et Une nuits montrent qu'elle est loin de n'avoir qu'un visage mais qu'elle peut aussi être cette femme puissante qui déjoue les scénarios préétablis, faisant passer son pouvoir de séduction du corps à la tête.