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Le songe est une vie : Robert Musil, l'écriture et le féminin
Lescourret Marie-Anne
KIME
24,99 €
Épuisé
EAN :9782380721027
Robert Musil est connu comme l'auteur d'un des grands romans du vingtième siècle, L'homme sans qualités, sur plusieurs milliers de pages. Il apparaît cependant que les commentateurs préfèrent gommer l'aspect "romanesque" , sentimental de son oeuvre. Comme s'il était indécent d'accorder de l'intérêt aux débats amoureux du héros, quasi feuilletonnesques, de femme en femme, et qu'il convienne de s'en tenir à la teneur morale, politique, épistémologique de l'ouvrage, et que pour le reste, l'on doive s'en tenir à la quatrième de couverture fameuse de Maurice Blanchot qui célèbre "la plus grande passion incestueuse de l'histoire de la littérature". Est-il vraiment possible d'ignorer cette galerie de portraits féminins, qui jalonnent, scandent, animent tout le récit ? D'ignorer également l'interrogation sur la femme qui nourrit la majeure partie des oeuvres brèves de Musil, moins lues et pourtant révélatrices. Comme le sont les lectures inattendues de Musil, les "mystiques" Maeterlinck et Emerson, l'étrange ethnologue, Bachofen, mais aussi Klages et même "l'enfant de volupté" , d'Annunzio. Il s'agissait donc de rendre compte de cette présence continue de la femme, du féminin dans l'oeuvre de Musil, en montrant le rôle qu'il leur attribue, certes dans les relations amoureuses dont le héros principal, très autobiographique, se dit "altéré" , mais aussi dans le rapport au réel, qu'il s'agisse de la confrontation scientifique ou sociale avec le monde, où elle apparaît comme la grande conciliatrice identifiée par Simone de Beauvoir, issue du rêve masculin, qu'il s'agisse aussi de l'expérience de l'écriture dont l'ironie musilienne, façonnée par la culture viennoise, atteste qu'elle est une mise à distance. Quand le songe est une vie, quel est le rôle de la femme, des femmes, dans la diversité de leurs caractères, et sont-elles prêtes à admettre la condition que l'époque, Vienne et l'homme en général leur assignent ?
La sociologie, c'est moi": ainsi s'exprime Bourdieu dans les années 70. Il vient pourtant après Durkheim, Aron, pour ne citer que les Français. Mais c'est pour lui qu'est créée, en 1981, la chaire de sociologie du Collège de France: en une trentaine d'ouvrages, il est devenu l'intellectuel français le plus influent dans le monde, sans successeur depuis sa mort en 2002, à l'âge de 72 ans. Fils de postier, normalien, agrégé de philosophie, c'est un "sociologue né". II pratiquera toujours une sociologie de terrain, fût-elle relayée par les statistiques, dont il sera l'importateur en sciences sociales. C'est au milieu des années 60 que se lève l'étoile "bourdivine" - le mot est une trouvaille d'Aron, qui lui confie le Centre de sociologie européenne à son retour d'Algérie. Bourdieu enseigne alors à l'université de Lille. Il la quitte assez vite pour rejoindre l'EHESS en devenir, qui, sous la houlette de Braudel, s'honore d'accueillir les cursus atypiques. Après la guerre d'Algérie et la décolonisation, c'est 68, le marxisme, l'anti-marxisme, le développement des médias, la starisation des intellectuels... Bourdieu retrouve Foucault pour dénoncer Jaruzelski, soutient, avec Deleuze et Baudrillard, la candidature de Coluche aux présidentielles de 81, pourfend l'économie libérale, la presse, la droite, la gauche... Il ne se contente pas de démonter les mécanismes qui font que l'ordre social se pérennise, notamment parce que les dominés contribuent à leur domination, il entreprend aussi de "transformer le monde". L'ouvrage qu'il dirige en 1993, La Misère du monde, lui vaut une véritable reconnaissance populaire. Omniprésent, des cabinets ministériels aux manifestations de rue, directeur de collection dans de prestigieuses maisons d'édition, il possède tous les attributs du pouvoir qu'il dénonce... Certains ne voient en lui qu'un jeune homme pauvre assoiffé de revanche sociale, souhaitant supplanter Sartre dans le rôle de maître à penser. Lui prétend apporter les analyses nécessaires à la compréhension des problèmes, et utiliser sa notoriété à leur solution. Biographie de l'auteur Marie-Anne Lescourret est docteur (HDR) en philosophie et professeur associé d'esthétique à l'Institut d'histoire de l'art de l'université de Strasbourg. Auteur de plusieurs biographies intellectuelles, elle a plus spécialement signé un Emmanuel Levinas (Flammarion, 1993) régulièrement réédité.
Biographie de l'auteur Philosophe (HDR) de formation, Marie-Anne Lescourret a enseigné l'esthétique aux plasticiens, musicologues et historiens d’art pendant 17 ans à l'Université de Strasbourg. Biographe, entre autres, de Rubens, (Lattès 1990, rééd.,) d' Emmanuel Levinas (Flammarion 1994, rééd.), de Goethe (Flammarion 1999), auteur d'une Introduction à l'esthétique (Flammarion-Champs, 2002) et de nombreux articles scientifiques, traducteur entre autres de Wittgenstein (Gallimard), elle a été Professeur invité des universités de Campinas (Brésil) et Fudan-Sanghaï (Chine). Ses travaux (traduits en 14 langues) portent sur la compréhension des langages artistiques, l'inscription des ½uvres dans leurs contextes historiques et culturels, la pensée allemande et la pensée juive.
Le nom de Goethe évoque une ombre majestueuse, mais un peu désuète, du genre de ces personnages impressionnants devant lesquels on s'incline sans jamais oser solliciter leur intervention. Le poète s'est forgé, en effet, cette statue de "pontife des lettres" en une oeuvre de cent cinquante volumes; il trône en bronze dans nombre de capitales d'Europe septentrionale; il cautionne des écrits en tous genres: sciences, lettres, journaux. Banalisation d'un personnage dont la réputation finit par occulter la réalité. Or, la vie de Goethe, inquiète, tourmentée, correspond à deux questions qui le taraudent jusqu'à ce qu'il leur ait apporté une réponse - le Faust - et qui déterminent l'ensemble de son action, multiple, dans le monde. Si la première question - que suis-je? - le conduit assez vite à la conviction qu'il est poète, le seconde - "qu'est-ce qu'être poète?" - comblera toute son existence, parce qu'il entend la poésie comme la confrontation avec le monde dont il s'agit de percer le mystère. D'où ses multiples études et son effort pour être à la fois ministre, savant, botaniste, minéralogiste, acousticien, anatomiste, peintre, directeur de théâtre et de revues, amateur de lettres étrangères, de femmes et de bon vin. Si bien que l'illustre habitant de Weimar, drapé dans son manteau de prophète et phare de l'Europe intellectuelle et politique de son temps, s'amusera à se définir comme un combattant certes, mais aussi comme "l'homme le plus gai et le moins accompli d'Europe".
Plus que discret durant sa longue vie, Emmanuel Levinas est de fait une figure centrale de la pensée contemporaine: introducteur de la phénoménologie en France, il articule les traditions philosophiques juive et grecque, les traditions religieuses judaïque et chrétienne; enfin, il incarne la continuité de la pensée éthique. Il est né en 1906 dans la Lituanie encore russe où survivait un judaïsme réfractaire aux sirènes du hassidisme et qui donna naissance à l'une des cultures les plus vivaces de l'Europe de l'Est. Il en part pour la France, le pays des Lumières. Il étudie à Strasbourg qui attire alors les jeunes gloires de l'intelligentsia française et y rencontre Maurice Blonchot avec lequel il lie sa plus longue amitié. De l'autre côté du Rhin, à Fribourg, il ira écouter l'enseignement de Husserl puis de Heidegger. Engagé volontaire en 1939, il fait quatre ans de captivité cependant que sa famille lituanienne est décimée. À son retour, il est nommé directeur de l'École normale israélite orientale et participe aux débuts du Colloque des intellectuels juifs de langue française. Avec Jean Wahl et Gabriel Marcel, il est du Collège philosophique et des vendredis de la rue de Tournon. En 1961, sa thèse d'État, Totalité et Infini, marque son entrée dans l'université. Il connaît Nanterre en 1968, puis la Sorbonne. Ric?ur, Garoudy, Jankélévitch, Sartre sont ses partenaires, mais, avec la présentation ambiguë que Jacques Derrida fit de sa pensée, ce sont en premier lieu les chrétiens, jusqu'à Jean-Paul II, qui assureront sa reconnaissance internationale. Cheminement peu banal... C'est d'Israël que ce juif profond recevra l'accueil le plus mitigé; c'est par l'Académie des sciences morales et politiques que ce penseur de l'autre se verra refusé... Mais sa gloire est ailleurs, c'est "l'honneur sans drapeau" du peuple des livres.
A l'occasion du centenaire Proust, la maladie personnelle de Marcel Proust est venue occuper la scène biographique sans toujours apercevoir toute la dimension idiosyncrasique de l'oeuvre. Car l'asthme dont souffre Marcel Proust comme une maladie chronique est redoublé ici par celui du Narrateur : son corps souffre autant de la maladie d'amour que de la maladie physique, à moins que la première n'ait déclenché la seconde. Pour cela le thème de la maladie est essentiel car il vient manifester le temps dans le corps ; il met aussi en péril la permanence du moi au point d'apercevoir qu'il n'était constitué que du temps passé, incorporé. Notre étude nous conduira ainsi d'une critique de la médecine comme science du corps objet à l'avènement du thème de la guérison. L'écriture de A la recherche du temps perdu comme métamorphose de toute maladie, facilite cette conversion du vécu intime de l'amour en vécu phénoménologique dégageant l'essence de l'amour. Forme d'exorcisme, l'écriture permet à tout un chacun de se reconnaître. Le narrateur nous ressemble puisque son récit nous touche en atteignant la condition commune, celle de la souffrance.
Qui était vraiment Gustave Flaubert ? On le savait en proie à de grandes contradictions, mais qui aurait pu dire que cette critique permanente de la Bêtise, cette souffrance de l'écrivain à la tâche, cette obsession du style étaient le résultat de névroses, d'un rapport des forces psychiques entre revendications pulsionnelles et inhibitions ? Et si la "grande synthèse" poétique à laquelle il aspirait tant n'était que le regret ou le constat de l'absence d'un Moi unifié ? Patrick Mathieu, en étudiant la Correspondance et les oeuvres de Flaubert, nous fait découvrir un auteur en constant décalage avec lui-même, jouant double-jeu dans le théâtre de la vie, et dont la souffrance affichée, revendiquée, n'est pas qu'artistique : elle puise ses origines au fond de son être, dès son plus jeune âge, dans un dégoût permanent de la vie qu'il tentera difficilement de masquer avec sa "marotte" , la littérature. C'est que Flaubert porte en lui le faix de secrets, selon lui "indisables" , de nature sexuelle, et il a choisi de les révéler de façon cryptée par le biais de la médiation littéraire : pour ce faire, il portera publiquement une autre croix, celle de la Littérature, maîtresse exigeante, fondant ainsi malgré lui le nouveau mythe de l'écrivain dévoué au labeur du style et vivant en martyr la Passion de l'Art.
Et si la commémoration du bicentenaire de la naissance de Flaubert exigeait un effort de prospective ? En effet, de quel texte majeur l'oeuvre de Flaubert, fondamentalement matricielle, sera-t-elle finalement l'oeuvre source ? La critique s'est beaucoup intéressée aux lectures du romancier et aux textes qui ont pu l'inspirer ; elle a longuement analysé les principes de sa poétique et la manière patiente dont elle s'est élaborée. Mais quid des influences multiples sur ses contemporains ? Elle a beaucoup moins observé comment les héritiers autoproclamés se sont emparés de l'esthétique flaubertienne pour construire leurs propres oeuvres et comment ces dernières font honneur ou pas à l'héritage reçu. C'est cet oubli que prétend réparer Flaubert ou l'oeuvre muse. L'étude offre en effet une exploration panoramique des oeuvres de littérature française qui, dans le mystérieux processus labyrinthique de la création artistique, en plus d'être prismatique, devenue multidimensionnelle, ont contribué jusqu'à ce jour à faire vivre une réelle flaubertolâtrie.