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La partie ombragée
Laget Thierry ; Favier Philippe
FATA MORGANA
15,00 €
Épuisé
EAN :9782377921355
Quels sont les termes qui désignent l'ombre en japonais, arabe ou tibétain ? Et que dissimulent ces expressions dans leur propre obscurité ? Tentative de réponse, ces pages descendent vers la partie ombragée du langage, profondeurs où quelques secrets de l'esprit attendent d'être révélés. Cette ombre - ce qu'elle symbolise pour les peuples, l'étymologie des mots usés pour la nommer - offre à l'auteur une terre fertile sur laquelle assoir sa philosophie. Considérer l'ombre uniquement comme une "manifestation lumineuse, physique, climatique ou astrale" serait une erreur : présente partout, c'est en son sein que se dessinent le sens, notre monde et tous les autres. Chasser dans la nature, les arts, les mythes et les souvenirs, un vocabulaire pour mieux la dire et l'interprèter, voilà ce qui se joue ici.
Résumé : " Hélène et mon enfant gisaient depuis cinq ans au cimetière de Tours ; je rentrais d'un nouvel hiver passé avec mes Bons Sauvages et conservais, pliée en quatre dans mon portefeuille, une page arrachée à un livre dont j'ignorais le titre et l'auteur. Ce jour-là, une femme vint à moi. Elle dit qu'elle connaissait mon passé, mon avenir, que, si je le souhaitais, elle m'en délivrerait. Je l'écoutais : depuis la mort d'Hélène, je n'avais pas songé que je puisse avoir un avenir. Elle ajouta, comme dans ces contes où le diable, déguisé en bourgeois, attend les manants à la porte des villes, que je devrais, pour cela, lui offrir une âme. Une âme - en avais-je une encore à moi ? A présent, je m'acquitte ; j'ai signé le pacte. "
Quelques photos, de beaux portraits, vingt lettres, une maison livrée aux ronces et aux pillards, voilà, avant qu'elles ne s'effacent, les dernières traces d'Alaïde Banti. Comme, avec de la terre, on modèle un visage, autour de ces signes - autour de rien -, empruntant les couleurs des peintres qui l'aimèrent en cette Italie ardente de 1860, on voit que souvent l'ombre éblouit mieux qu'un soleil. C'était la leçon de son temps. Elle signait parfois "Ala" - l'aile -, ce battement, cette caresse que l'on sent toujours près de soi quand l'oiseau a regagné le ciel et que, dans son envol, une plume tombe à nos pieds. Elle n'est rien, qu'un modèle, et pour ceux qui la connurent - son père, son fiancé - ne fut pas plus. Je n'ai pas davantage choisi de la peindre. C'est elle qui s'assied devant moi et dit : "Fais mon portrait". Mais avec quelle ingénuité elle s'impose au regard - c'est à croire que partout autour d'elle l'air résonne de grands miroirs. Thierry Laget.
D'Iris à Hilda la menteuse, en passant par Florence (qui est une ville, mais féminine), Thierry Laget a déjà constitué une singulière galerie de dames, auxquelles vient s'ajouter ici une Hortense fascinante d'impersonnalité. Elle en devient exemplaire - la déléguée, au congrès des grandes héroïnes romanesques, de celles qui n'ont rien à dire et à qui rien n'arrive, parce qu'elles pensent peu, n'éprouvent pas grand-chose et, au fond, ne s'intéressent à rien -, si pleinement inconsistante qu'on ne l'oubliera jamais.
La région n'avait pas de nom sur les cartes. Le curé y préconisait la paresse, tandis qu'on s'échinait à séparer le charbon de la roche. L'amour y était fort comme de la dynamite. Pierre Fontaneyre a passé sa vie à la recherche d'Iris, rencontrée sur une barque, dans Paris inondé, et retrouvée plus tard à Saint-Genêt. Pierre, aujourd'hui centenaire, voit défiler tout le Saint-Genêt d'autrefois, avec sa statue miraculeuse, le baptême de la cloche, ses maisons qui s'effondraient la nuit, ses feux de Bengale, les automates de Virgile, les écrevisses, la glycine, le sulfate de cuivre, le perroquet qui inventait des paroles de chanson, le Dauphin d'Auvergne et le roi Salomon, les lettres égarées par la Poste aux Armées, les interrogatoires de la Milice, les grosses bétonnières du barrage. Et Iris. Iris. Seuls ceux qui l'ont connue peuvent comprendre.
Trois voyages : l'Andalousie, la Grèce et, tout récemment, l'Egypte, donnent naissance à trois proses qui sont, comme toujours avec Jaccottet, à la fois de poétiques notations d'instants privilégiés et de graves réflexions sur l'univers méditerranéen. Vignette de Pierre Tal Coat.
Ces pages (...) étaient nées, avant l'année 50, dans l'exaltation d'un premier voyage vers une ville fabuleuse : fabuleuse par l'antiquité, par l'histoire, et par l'admirable lumière, soleil ou lune, posée sur les pierres raf ? nées ou violentes d'architectures civiles, religieuses ou militaires, constituant l'un des ensembles les plus remarquables qu'il y ait à voir dans cette région de la planète. Eh bien, soit : que ces quelques pages subissent l'épreuve d'une petite édition amicale. Je les dédie au souvenir d'un temps où cette région du monde n'était pas encore ce terrible noeud insécable, où la rosée matinale savait tomber avec bonté sur les hommes et les choses de l'Orient, où le Paradis perdu ne l'était pas complètement pour un garçon de dix-huit ans qui rêvait les yeux ouverts. " Adamantins, ces premiers textes de Salah Stétié sont devenus ceux de l'espace et du temps perdus, dont ils mesurent l'empan avec vertige. Dernières traces d'une ville martyre.
Capitale de la douleur, capitale de la merveille et de la grâce. Grâce non religieuse, mais cependant divine ? : d'un seul coup, je comprenais brutalement que le divin habitait parmi nous, que les mots autant que les monts du Liban, qui coiffaient ma rencontre adolescente avec Bounoure d'un peu d'éternité de neige, que les mots et les monts nous étaient une demeure, que le sacre était notre quotidien. La brûlure de cette gi ? e ne m'a pas quitté depuis lors et, de temps en temps, il m'arrive de toucher distraitement ma joue ? : Bounoure est mort, je vais bientôt mourir, mais sa ? èvre, la contagion de sa ? èvre est toujours là et je sais que jusqu'en ma dernière minute j'aurai vécu, dans le sillage de Bounoure, audacieusement, modestement, selon le grand exemple qu'il m'a laissé, au seuil du feu. " Dissimulée sous le transparent pseudonyme de Soliman, la voix de Salah Stétié - voix majeure de la poésie contemporaine - révèle toute la puissance émotionnelle d'un souvenir ? : celui des rencontres avec Gabriel Bounoure, grand critique de l'entre-deux guerres, qui agira à la manière d'un astre, à la fois lumière et voie.
L'art de Daniel de Montmollin - Frère (et fondateur) de la communauté de Taizé et aujourd'hui reconnu comme l'un des grands maîtres de la céramique - dépasse de loin la simple fabrique des objets. Son travail n'est pas celui de la recherche mais plutôt celui d'une perpétuelle interrogation, toujours à la croisée de la terre et du feu. La beauté qu'il nous offre est celle d'une découverte, "dispensatrice d'une joie qui traverse toute son oeuvre écrite". Ces quatre textes inédits cuisent les paradoxes de la poterie ? : sur le tour, "l'argile paraît immobile comme en un vivant repos. C'est là ce repos qui s'étend à l'être même du potier. "