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VERSUS. Hegel et la philosophie à l'épreuve de la poésie
Hirt André
KIME
21,30 €
Épuisé
EAN :9782841741656
Partant d'une analyse du discours esthétique de Hegel, cet ouvrage s'efforce de souligner le grand embarras du philosophe de Berlin devant le statut de la poésie, cet art du logos qui ne cesse de contester la systématisation de la pensée et la logique dialectique. La poésie est Versus en ce qu'elle relance pensée et philosophie en s'opposant à toute identité entre le rationnel et le réel. Ainsi trouverait-on dans la poésie, comme négativité irréductible à toute synthèse, le principe de la ressource d'une reformulation de la dialectique qui ne s'inclinerait plus devant l'ordre des faits et des choses. Les remarques d'Adorno sur Hegel comme sur Hölderlin et Celan fournissent l'occasion d'étudier la tension entre la tentation totalisatrice de la philosophie et la poésie, entre le sens et la vérité, entre le discours rationnel de la communication et l'hermétisme de la parole poétique. En dérangeant la logique dominatrice et synthétique du Même qui constitue la prose du monde (prorsus), Versus engage à un rapport avec l'altérité. Celle-ci se lit aussi bien, comme synthèse non-conceptuelle ou dialectique supérieure, dans la poésie et dans la musique d'une part (les ombres conjointes de Hölderlin et de Beethoven sont alors ici partout sensibles), que dans la problématique de l'éthique telle qu'elle a été produite par Emmanuel Levinas contre Hegel d'autre part (d'où l'idée d'une parole à la mesure de l'éthique qui serait la poésie, soit celle d'une poéthique).
Il n'existe pas d'humanité sans musique. Celle-ci vient à chacun en le précédant, en lui ouvrant son mode d'existence et en lui donnant forme et rythme. Nos affects, nos désirs et nos pensées sont musicaux. L'existence est musicale. La musique constitue donc notre condition, si bien qu'elle est plus antérieure et plus intérieure à nous que nous-mêmes. Toutefois, comme nous, elle est sans origine assignable et sans commencement. Ceci n'est donc pas un livre de musicologie. Pour le lire, nulle expertise n'est requise, seulement l'expérience d'exister. Nous sommes par ailleurs nécessairement pris dans l'Histoire faite de catastrophes mais aussi de marques d'espérance. Que dit alors très concrètement la musique de nous, de nos existences actuelles et du présent ? Et comment dans ces conditions recevons et entendons-nous notre être-musical ?
Le monde va finir. La formule est en effet de Baudelaire. Le poète des Temps Modernes se fait philosophe dans ce qui relève à la fois d'un constat, d'une conclusion et d'une prophétie. En ce sens, une telle pensée, rigoureusement datée, nous date aussi dans notre présent. Que nous annonce au juste Baudelaire? A l'évidence la décrépitude de notre Histoire, mais aussi ce à quoi notre présent manque, c'est-à-dire l'inverse de l'Histoire qui est la poésie, cet autre temps pour l'existence. Soumise à la méditation, la formule de Baudelaire fait apparaître en vérité toutes les raisons de la poésie et les thématiques nécessaires des Fleurs du Mal. Un poème comme A une passante délivre en un éclair les perspectives d'une apocalypse, d'une utopie et d'une temporalité dans lesquelles se dessinent l'origine de l'oeuvre d'art, la possibilité de la pensée et du langage. La lecture sous toutes ses faces de la formule et du texte de Baudelaire rencontre les méditations de Kant sur l'idée de fin, de Jacques Derrida sur la date, de Günther Anders sur la fin du monde, de Walter Benjamin sur le messianisme, de Hannah Arendt sur la culture, le langage et la traduction. Poète et philosophe, Baudelaire nous apparaît comme l'un des plus grands penseurs de notre présent, dont il explore conjointement et comme sous tension les apories catastrophiques et les chances d'avenir.
Les ?uvres d'art (peinture, musique, théâtre, littérature...) ne sont pas seulement l'objet réel de la contemplation esthétique. Sans doute touchent-elles bien davantage à leur nécessité pour nous lorsqu'elles s'ignorent comme telles et configurent plus ou moins secrètement l'existence de tout un chacun. Car les ?uvres ne nourrissent pas seulement d'autres ?uvres et les livres d'autres livres. C'est ainsi que chaque existence a lieu dans une constellation ou un étoilement, de même que chaque subjectivité est une toile tissée par les ?uvres. Il fallait en somme explorer cet étoilement de l'existence en en montrant la composition singulière, comme si l'existence, en chacun, n'était jamais que la création, souvent étrange, d'une ?uvre sans ?uvre. Dans ce livre, à la forme très libre et originale, où le récit se mêle parfois à la théorisation, il faut imaginer une existence en étoile,dont les branches ou les rayons se nomment, entre autres, Baudelaire, Kafka, Bruckner, Tchekhov, Paul Auster, mais aussi Kant et Spinoza...
Résumé : Philippe Lacoue-Labarthe (1940-2007) est un philosophe français, de renommée internationale. Il est réputé tant pour ses travaux spécifiquement philosophiques (sur Heidegger surtout) que pour ses traductions de Sophocle, Hölderlin, Nietzsche et Benjamin, et pour ses travaux autour du Romantisme allemand, du théâtre, de la musique et de l'art en général. Il est également - le sait-on au juste ? - un très grand poète. Il fut en vérité davantage et en définitive autre chose qu'un simple philosophe : un grand penseur ainsi qu'un homme habité par la passion de l'existence indéfectiblement nouée aux vérités agissantes des grands textes et des grandes ?uvres. Philippe Lacoue-Labarthe - celui que l'on appelait "Lacoue" et que l'on nommera désormais ainsi puisqu'il consentait volontiers à ce nom - entendait la philosophie. comme une traversée périlleuse des questions et non comme une profession ou une activité délimitées. Car il savait douloureusement que l'existence, l'histoire et la politique se décident dans la tragédie de ce questionnement si ample et si exigeant. C'est à cet "homme littéral" qu'est consacré ce livre amoureux et critique, le premier en français, conçu de manière à initier le lecteur à l'ensemble d'une ?uvre exemplaire, importante et dont il faut poursuivre l'inspiration.
La figure du voyageur-philosophe est volontiers associée aux récits de l'âge classique, qu'elle emprunte la forme de la fiction ou celle du témoignage autobiographique. Descartes fonde sa philosophie de la méthode sur l'expérience de l'errance et de l'exil ; jusqu'au XVIIIe siècle, le Voyage philosophique accompagne les grandes découvertes et l'ambition encyclopédique de recenser tous les territoires, les modes de gouvernement et les aires linguistiques. Les liens entre voyage et philosophie semblent ensuite se distendre, au fur et à mesure que s'autonomise la littérature et que se développent la promenade romantique et le voyage d'agrément. Mais peut-on réellement parler d'une fin, ou du moins d'une éclipse du voyage philosophique, et ce phénomène coïncide-t-il avec la fracture historique qui fait éclater le système des Belles-lettres où littérature, histoire et philosophie étaient encore unies ? Le présent ouvrage se propose d'interroger le devenir du voyage philosophique à partir du XIXe siècle et les formes de sa résurgence, à la fois du côté de la littérature et de la philosophie, dans un esprit de dialogue entre les disciplines. De Friedrich Nietzsche, qui élabore sa philosophie de l'esprit libre à partir de ses voyages, à Bruce Bégout, qui revisite la figure du philosophe-voyageur sous la forme du nomade motorisé, la pensée philosophique ne cesse d'être stimulée par l'errance ou d'orienter celle-ci. Y a-t-il lieu de distinguer une écriture philosophique et une écriture littéraire du voyage, et quelle est la place de l'expérience et du vécu, de la description ou de la conceptualisation, selon l'identité ou le champ de compétences que revendique le voyageur ? Voyager en philosophe renvoie aux multiples façons de décentrer l'écriture et la pensée, y compris pour proposer ce que Pierre Macherey appelle une "philosophie littéraire" : que fait la littérature de voyage à la philosophie, et inversement, que fait la philosophie à la littérature de voyage ?
Le philosophe Charles Appuhn s'est adonné à l'ingrate lecture de la "Bible du peuple allemand" , selon l'auréole de la propagande officielle de 1933 car Mein Kampf offre une vue sans égal non pas seulement sur Hitler, mais sur l'idéologie et les projets politiques de l'hitlérisme. La "destruction des Juifs d'Europe" (selon le titre que Raul Hilberg donna à la somme qu'il consacra à cette destruction) n'est pas seule à y être programmée mais de façon fanatiquement répétée, celle de l' "ennemi de toujours" , la France. Quant à l'Est et aux peuples Slaves, le sort que Hitler annonce constituer également une nécessité vitale pour l'Allemagne, revient à les anéantir aussi afin que la population allemande puisse s'approprier leurs territoires (Drang nach Osten). Il s'agit bien, là ou jamais, de ce que Alexandre Koyré a appelé dans ses Réflexions sur le mensonge une "conspiration en plein jour" . La traduction et la présentation des extraits les plus "significatifs" , selon les termes de Charles Appuhn permettent de disposer en France dès 1933 de cent soixante-dix pages lumineuses en lieu et place des quelque huit cents pages de l'allemand verbeux de Hitler. Aussi bien, il faut y insister, cet Hitler par lui-même est en France la première divulgation autorisée. Elle ne sera interdite qu'en 1943. Sans entrer dans le labyrinthe des avatars éditoriaux, l'originalité courageuse de l'éditeur Jacques Haumont apparaît d'autant mieux qu'en 1933 on disposait certes de nombreux articles en français consacrés au parti national-socialiste, à la montée du nazisme et à la politique allemande, en général tout en ignorant ce manifeste nazi qu'est Mein Kampf. Rappelons que le premier volume, dans lequel Hitler se livre à son autobiographie, fut publié à Munich en 1925, suivi en 1926 du second qui, cette fois, expose les idées et le programme hitlériens. Or, Hitler, en accord avec Eher Verlag, son éditeur, en interdit toute traduction française.
Qui était vraiment Gustave Flaubert ? On le savait en proie à de grandes contradictions, mais qui aurait pu dire que cette critique permanente de la Bêtise, cette souffrance de l'écrivain à la tâche, cette obsession du style étaient le résultat de névroses, d'un rapport des forces psychiques entre revendications pulsionnelles et inhibitions ? Et si la "grande synthèse" poétique à laquelle il aspirait tant n'était que le regret ou le constat de l'absence d'un Moi unifié ? Patrick Mathieu, en étudiant la Correspondance et les oeuvres de Flaubert, nous fait découvrir un auteur en constant décalage avec lui-même, jouant double-jeu dans le théâtre de la vie, et dont la souffrance affichée, revendiquée, n'est pas qu'artistique : elle puise ses origines au fond de son être, dès son plus jeune âge, dans un dégoût permanent de la vie qu'il tentera difficilement de masquer avec sa "marotte" , la littérature. C'est que Flaubert porte en lui le faix de secrets, selon lui "indisables" , de nature sexuelle, et il a choisi de les révéler de façon cryptée par le biais de la médiation littéraire : pour ce faire, il portera publiquement une autre croix, celle de la Littérature, maîtresse exigeante, fondant ainsi malgré lui le nouveau mythe de l'écrivain dévoué au labeur du style et vivant en martyr la Passion de l'Art.