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Baudelaire, le monde va finir
Hirt André
KIME
21,30 €
Épuisé
EAN :9782841745258
Le monde va finir. La formule est en effet de Baudelaire. Le poète des Temps Modernes se fait philosophe dans ce qui relève à la fois d'un constat, d'une conclusion et d'une prophétie. En ce sens, une telle pensée, rigoureusement datée, nous date aussi dans notre présent. Que nous annonce au juste Baudelaire? A l'évidence la décrépitude de notre Histoire, mais aussi ce à quoi notre présent manque, c'est-à-dire l'inverse de l'Histoire qui est la poésie, cet autre temps pour l'existence. Soumise à la méditation, la formule de Baudelaire fait apparaître en vérité toutes les raisons de la poésie et les thématiques nécessaires des Fleurs du Mal. Un poème comme A une passante délivre en un éclair les perspectives d'une apocalypse, d'une utopie et d'une temporalité dans lesquelles se dessinent l'origine de l'oeuvre d'art, la possibilité de la pensée et du langage. La lecture sous toutes ses faces de la formule et du texte de Baudelaire rencontre les méditations de Kant sur l'idée de fin, de Jacques Derrida sur la date, de Günther Anders sur la fin du monde, de Walter Benjamin sur le messianisme, de Hannah Arendt sur la culture, le langage et la traduction. Poète et philosophe, Baudelaire nous apparaît comme l'un des plus grands penseurs de notre présent, dont il explore conjointement et comme sous tension les apories catastrophiques et les chances d'avenir.
ÉCHO De quoi le déploiement d'une fleur est-il l'évanouissement? Et pourquoi une floraison serait-elle une disparition dans une métamorphose? L'histoire de Narcisse que nous raconte Ovide dans la troisième partie des Métamorphoses s'achève en effet par l'apparition d'une fleur qui porte son nom. L'histoire conduit le lecteur - et Narcisse - depuis sa conception jusqu'à son printemps, qui est étrangement une mort. Et au-delà de cette narration, comme son rejet plus que comme son effet, il existe une autre histoire, à vrai dire aussi vite entamée que reléguée, celle d'Écho, dont le devenir est la sempiternalité d'une douleur, le retour presque imperceptible d'un rien, juste de sons qui dans leurs répétitions et leur éloignement n'existent même pas. On peut suivre les étymologistes qui font dériver le nom de la fleur, le narcisse, de narkè, l'engourdissement et la torpeur. Et il est même arrivé, ainsi qu'on peut le lire dans Plutarque (?uvres morales, 647b), que le narcisse soit une fleur de mort (dans le culte de Déméter à Éleusis, par exemple). Mais pourquoi cette étonnante destinée de Narcisse, d'un adolescent d'à peine seize ans, d'un béotien, du fils d'un fleuve de Béotie, cette région proche de Thèbes, et d'une nymphe? - Notons qu'il s'agit peut-être tout simplement de l'histoire d'une bêtise comme en commettent non seulement les jeunes gens à la recherche de leur image qui investit tout leur désir; peut-être s'agit-il également de l'histoire d'une pensée et encore une fois d'un désir très simples, voire simplets, en tout cas ignorants, premiers et originels, dont la nature relèverait davantage d'une contraction, d'une régression que d'une ouverture à l'extériorité et aux autres. Ovide rapporte que Narcisse est très beau; en vérité, il reprend seulement l'avis des nymphes (en l'occurrence des nymphettes!) qui, quant à elles, désespèrent de l'indifférence du jeune homme à leur égard. Narcisse, en effet, ignore l'amour. Et parmi ces nymphes, ces filles-fleurs, une, Écho, au lieu de se concentrer sur sa fonction, à savoir l'animation d'un lieu déterminé de la nature comme les sources, les rivières, les montagnes ou les arbres, ainsi que l'avait enjoint à cette descendance son père Zeus, dépérit d'amour. Son corps finit par se décharner et par disparaître d'une sorte d'anorexie. Ne reste d'elle que la voix, gémissante.
Résumé : Partant d'une analyse du discours esthétique de Hegel, cet ouvrage s'efforce de souligner le grand embarras du philosophe de Berlin devant le statut de la poésie, cet art du logos qui ne cesse de contester la systématisation de la pensée et la logique dialectique. La poésie est Versus en ce qu'elle relance pensée et philosophie en s'opposant à toute identité entre le rationnel et le réel. Ainsi trouverait-on dans la poésie, comme négativité irréductible à toute synthèse, le principe de la ressource d'une reformulation de la dialectique qui ne s'inclinerait plus devant l'ordre des faits et des choses. Les remarques d'Adorno sur Hegel comme sur Hölderlin et Celan fournissent l'occasion d'étudier la tension entre la tentation totalisatrice de la philosophie et la poésie, entre le sens et la vérité, entre le discours rationnel de la communication et l'hermétisme de la parole poétique. En dérangeant la logique dominatrice et synthétique du Même qui constitue la prose du monde (prorsus), Versus engage à un rapport avec l'altérité. Celle-ci se lit aussi bien, comme synthèse non-conceptuelle ou dialectique supérieure, dans la poésie et dans la musique d'une part (les ombres conjointes de Hölderlin et de Beethoven sont alors ici partout sensibles), que dans la problématique de l'éthique telle qu'elle a été produite par Emmanuel Levinas contre Hegel d'autre part (d'où l'idée d'une parole à la mesure de l'éthique qui serait la poésie, soit celle d'une poéthique).
L'extase est-elle: une forme de vie possible? Peut-on vivre clans l'extase? En même temps, n'est-il pas catastrophique de renoncer à la raison? Ainsi peut se formuler le problème que Robert Musil agite clans son couvre, à laquelle cet essai propose une introduction originale. Car, que l'existence doive être à la fois rationnelle et poétique, que la raison s'exige comme poème et le poème comme raison, cette conviction est devenue pour nous, modernes tardifs, la grâce de la pensée, celle d'une extase sans illusion et sans religion, celle d'une vie exacte.
Le Journal configure notre monde et cherche en même temps à en faire paraître le sens. A cette fin il utilise un régime de langage qui prétend rendre compte de l'événement avec fidélité. Toutefois cette saisie dominante du monde qu'est le journal n'a-t-elle pas donné lieu à des perversions du langage que le grand polémiste viennois n'a cessé de fustiger dans sa revue Die Fackel (Le Flambeau), sous le regard fasciné de nombreux grands esprits de la première moitié du XXe siècle? Car Kraus a incarné la figure du grand prêtre de la langue et de la vérité face aux dérives et aux déclassements que le journalisme leur a fait subir. Ce livre, qui n'est pourtant pas une polémique de plus contre le journalisme, voudrait plutôt montrer l'intérêt philosophique de la critique de Kraus, en particulier à travers la lecture serrée qu'en a effectuée Walter Benjamin. D'autant que si le journal est la philosophie officielle de notre temps, sa modalité contemporaine réussie et mondialisée, alors il faut en toute rigueur s'interroger à nouveaux frais, depuis la vérité du langage, sur ce qu'on entend par événement. Et ne peut-on en conséquence voir dans la poésie et dans le cinéma des armes critiques pour nous y aider contre le régime dominant du langage qu'est le journal? C'est pourquoi on lira ici Kraus avec Mallarmé, Orson Welles et quelques autres grands penseurs du journal. En somme, il s'agit de comprendre pourquoi il est nécessaire de résister au langage de l'Universel Reportage et à la Magie Noire qu'est la Presse.
A l'occasion du centenaire Proust, la maladie personnelle de Marcel Proust est venue occuper la scène biographique sans toujours apercevoir toute la dimension idiosyncrasique de l'oeuvre. Car l'asthme dont souffre Marcel Proust comme une maladie chronique est redoublé ici par celui du Narrateur : son corps souffre autant de la maladie d'amour que de la maladie physique, à moins que la première n'ait déclenché la seconde. Pour cela le thème de la maladie est essentiel car il vient manifester le temps dans le corps ; il met aussi en péril la permanence du moi au point d'apercevoir qu'il n'était constitué que du temps passé, incorporé. Notre étude nous conduira ainsi d'une critique de la médecine comme science du corps objet à l'avènement du thème de la guérison. L'écriture de A la recherche du temps perdu comme métamorphose de toute maladie, facilite cette conversion du vécu intime de l'amour en vécu phénoménologique dégageant l'essence de l'amour. Forme d'exorcisme, l'écriture permet à tout un chacun de se reconnaître. Le narrateur nous ressemble puisque son récit nous touche en atteignant la condition commune, celle de la souffrance.
Et si la commémoration du bicentenaire de la naissance de Flaubert exigeait un effort de prospective ? En effet, de quel texte majeur l'oeuvre de Flaubert, fondamentalement matricielle, sera-t-elle finalement l'oeuvre source ? La critique s'est beaucoup intéressée aux lectures du romancier et aux textes qui ont pu l'inspirer ; elle a longuement analysé les principes de sa poétique et la manière patiente dont elle s'est élaborée. Mais quid des influences multiples sur ses contemporains ? Elle a beaucoup moins observé comment les héritiers autoproclamés se sont emparés de l'esthétique flaubertienne pour construire leurs propres oeuvres et comment ces dernières font honneur ou pas à l'héritage reçu. C'est cet oubli que prétend réparer Flaubert ou l'oeuvre muse. L'étude offre en effet une exploration panoramique des oeuvres de littérature française qui, dans le mystérieux processus labyrinthique de la création artistique, en plus d'être prismatique, devenue multidimensionnelle, ont contribué jusqu'à ce jour à faire vivre une réelle flaubertolâtrie.
Dans le sillage de Flaubert sont nées, dans tous les domaines artistiques, des adaptations et des créations multiples, reflétant la réception contrastée de son oeuvre de par le monde : le cinéma, le théâtre, la musique, l'opéra, la bande dessinée, nous offrent aujourd'hui une très large palette d'intertextes attestant la vitalité d'une oeuvre constamment lue, relue, réécrite, traduite, retraduite, bref, constamment (ré)interprétée, en vertu d'intentions parfois contrastées, méritant une étude attentive, en vertu peut-être aussi de l'inquiétude fondamentale qui traverse l'oeuvre de Flaubert et dont ces postérités sont, chacune à leur manière, les échos entêtants. L'étude de ces "dérivés" flaubertiens révèle aussi bien les procédés d'actualisation de la filiation ainsi revendiquée, que les singulières métamorphoses induites par les lectures de Flaubert en d'autres langues et au sein d'autres cultures. Ce volume rassemble les travaux de chercheurs internationaux, qui, à l'étranger et en France, nous offrent un vaste panorama de ces créations.
Violence, domination, inégalité, tyrannie et insurrections : la réflexion de Spinoza sur le droit et la politique ne se limite pas au pacte social, ni à la liberté de philosopher. Il ne s'agit pas seulement de dresser la liste des droits respectifs du souverain et des sujets, dans le sillage des théories du droit naturel. Déjà Althusser avait rapproché Spinoza de Marx et Alexandre Matheron avait montré le rôle essentiel des passions dans la Cité et ses transformations. Toute une génération de chercheurs s'est interrogée ensuite sur les notions par lesquelles se pense ce devenir : foule, peuple, nation, mais aussi multitude. C'est ce dernier terme surtout qui concentre le mieux une pensée de l'initiative historique des citoyens et de leur puissance collective. Il restait à en tirer les conséquences sur les rapports entre individu et multitude, sur les relations de la pensée spinoziste avec Machiavel, Grotius et Hobbes, sur l'attitude de Spinoza envers révolution et conservation, résistance, assimilation et intégration, citoyenneté, désobéissance et révolte. Autant de thèmes qui sont développés ici, à travers la lecture renouvelée de L'Ethique, du Traité théologico-politique, et du Traité politique. Le volume s'achève par un entretien avec Toni Negri, qui fut le premier, dans son livre L'Anomalie sauvage, à mettre en lumière l'importance et le rôle de ce concept. Il y fait le bilan de son propre itinéraire et des discussions qu'il a suscitées.