
Avant ce silence. ????? ??? ?????
SEPT QUESTIONS A GOLAN HAJI 1/ Une autobiographie en quelques mots. Je suis né et j'ai grandi dans une famille communiste kurde au nord de la Syrie, loin de la famille élargie où certains cheikhs religieux pratiquaient la musique traditionnelle kurde. Dans sa jeunesse, (pendant l'union entre la Syrie et l'Egypte), mon père a été incarcéré et torturé sous le portrait souriant de Gamal Abdel Nasser. Son accusation était double : l'une par naissance : d'être kurde, l'autre par conviction : d'être communiste. Il considérait le nationalisme comme une maladie contagieuse, et la religion comme une branche de la littérature fantastique. 2/ Comment répondre à une injonction brusque : "Définissez la poésie". Une parole, seule et inconnue, qui ne finit pas. Son partage ne l'épuise pas non plus. On utilise son langage et son expérience pour l'approcher à travers les contradictions. 3/ Prose et poésie, la distinction a-t-elle un sens ? On les distingue plus clairement au début. Mais le temps passe, et après des décennies de ces jeux souvent solitaires avec les mots, on est moins sûr de la géométrie qui sépare les deux. On peut hésiter devant un simple mot. Le brouillard augmente. Parfois la clarté d'expression est plus importante que la forme. J'ai toujours admiré la musicalité du Coran (lu en silence et non recité), ainsi que la richesse de variations sur un vocabulaire strictement limité chez Al-Niffari. 4/ De la forme (et du formel) en temps de crise. Pendant les étés de mon enfance, dans les années 80, j'avais l'habitude de dessiner les insectes morts que je ramassais dans le jardin de la maison ou dans les champs. J'avais l'impression que les mots étaient semblables aux insectes : en cas de menace, ils font semblant d'être morts, mais se remettent à bouger lorsqu'on ne les regarde pas. 5/ Quel avenir pour la poésie ? Redevenir un art de mémoire oral comme celui des anciens bergers. 6/ La part de la prosodie dans l'élaboration du poème. J'ai commencé par écrire de la poésie métrique. Mes premiers poèmes ont été publiés en 1990. J'avoue que la prosodie me manque parfois. Son ombre est toujours là. Elle peut m'aider à capturer une forme et à finir ce qui reste inexorablement inachevé dans l'écriture. Quelques demi-phrases métriques peuvent s'infiltrer inconsciemment de temps en temp dans ce que j'écris. Je crois que j'ai commencé imaginer la poésie grâce aux mots solitaires, comme si l'image venait avant la parole, comme un départ de l'immobilité du signe vers les mouvements de la musique. Presque tout ce que je publie est ancien. Souvent, je commence un poème à partir de brouillons mis de côté, ou parfois oubliés. C'est comme un retour à cet endroit obscur dans le corps où les sensations, la mémoire et l'imagination deviennent une seule force pour penser et, en même temps, pour sortir des pensées. Malheureusement, la loi linéaire du temps en poésie et en musique nous oblige souvent à avancer comme attachés à une chaine. Je crois que le temps de la peinture est plus libre. Il n'a ni début ni fin. Depuis des années, je discute avec des amis peintres dans leurs ateliers, en Europe ou au Moyen-Orient. Cela me donne un certain plaisir que je ne trouve pas ailleurs. 7/ La place de la traduction dans l'écriture poétique. Ma vie est remodelée par la traduction. Je ne suis plus certain de la langue que j'emploie, même lorsque je me parle à moi-même. Vivre et écrire à travers la traduction est mon état "normal" depuis mon enfance. Ma langue maternelle, le kurde, était interdite en Syrie. J'ai commencé apprendre l'arabe à l'école, et j'ai toujours aimé la beauté de cette langue dans laquelle j'écris. Mon arabe est l'estuaire où se rassemblent les autres langues (kurde, anglais, français) avec lesquelles je cohabite chaque jour.
| Nombre de pages | 140 |
|---|---|
| Date de parution | 15/03/2024 |
| Poids | 150g |
| Largeur | 140mm |
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| EAN | 9789969525144 |
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| Titre | Avant ce silence |
| Auteur | Haji Golan ; Bontemps Nathalie ; Hacker Marilyn |
| Editeur | APIC EDITIONS |
| Largeur | 140 |
| Poids | 150 |
| Date de parution | 20240315 |
| Nombre de pages | 140,00 € |
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Même si je me définis comme écrivant en vers libre, sans tenir compte des formes régulières ou de la longueur des vers, je crois fermement aux rythmes du discours incluant les alternances de l'accentuation. Aujourd'hui, j'ai l'impression que la poésie se matérialise rarement dans le vers. Pourtant, le poète a intégré la prosodie ; il en connaît les règles, avant de les violer délibérément. 3/ Prose et poésie, la distinction a-t-elle un sens ? Parfois, pour l'oeil, poésie et prose semblent ne faire qu'un. Ce qui les sépare néanmoins, ce sont les images et la musique ; et l'impression demeure que le lyrisme se ressent mieux dans le vers libre que dans la prose. Certes, ce genre de règles et de procédés n'est pas étanche car le son véhicule les images et le message. Hors de cela, pas de poésie. 4/ De la forme (et du formel) en temps de crise. Le poème est un montage. Artificiel, il s'adresse au coeur et à l'esprit. La forme ne devrait jamais se contenter du rôle de lit de légumes. Oui, en période de crise nous demandons souvent au poème de chanter. Dans le cas présent, je pense plus précisément à la poésie des temps difficiles qui s'apparente au cantique, comme dans les poèmes traitant des horreurs du Onze Septembre. Sauf que la voix n'a nul besoin de tailler des paires de pentamètres iambiques pour se draper dans l'émotion authentique. 5/ Quel avenir pour la poésie ? La poésie s'est d'abord adressée aux mystères de notre monde : elle a fait apparaître tout un développement d'éventualités en ayant recours à la métaphore. J'espère qu'elle poursuivra son oeuvre dans les mondes intérieur et extérieur et que, désormais, avec ou sans l'usage d'aiguillons, elle sera peut-être à même de courir les galaxies biologiques du corps, de l'intellect et de l'esprit. Et faire, pourquoi pas, le grand saut intersidéral. Si nous nous attendons à trouver une prosodie dans les poèmes en prose, la poésie en vers libre se déclame, ces temps-ci, sur fond d'accompagnement musical. 6/ La part de la prosodie dans l'élaboration du poème. Si un poème, qui est fabrication, prend de l'importance à la mesure du vaste monde, il reste porteur d'une musique propre à son époque. Sinon, ce ne sera jamais qu'un gadget sonore déconnecté de la vraie vie. 7/ La place de la traduction dans l'écriture poétique. La traduction ouvre le champ et la portée du poème. Le traducteur devient créateur associé. De nos jours, si nous parlons en termes de globalité, il existe des poèmes qui ont acquis une dimension internationale bien avant l'Internet et la mise en place des hautes technologies de communication. Les livres se transportent mais ils passent aussi de main en main et franchissent les frontières. C'est la raison pour laquelle certains soi-disant dirigeants surveillent toujours les poètes du coin de l'oeil. Et, codicille du traducteur : J'ajouterai que, pour ce qui est du passage de l'anglais au français (et vice-versa), le traducteur de poésie évolue nécessairement dans un système contraignant clairement paramétré. Si ces deux langues ont le même nombre de sons voyelles et diphtongues, pas un seul n'est identique, à l'infime exception près du 'U' français qui correspond à peu près à l'écossais dans True Scot, par exemple. Par ailleurs les rythmes nobles, instinctifs, diffèrent aussi : si le pentamètre anglais se retrouve, dans le miroir, en alexandrin français, ils n'ont rien en commun. Au rythme iambique anglo-saxon, porteur ou non de rime (5x 1+1) nettement accentué sur le mot, fréquemment monosyllabique, correspond le dactylique/anapestique, lesté de rime, qui n'est qu'accent de phrase (4x3). Je passe sur les variantes indispensables pour vaincre l'ennui naissant de l'uniformité. 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Waldman Anne ; Joris Pierre ; Peyrafitte Nicole ;SEPT QUESTIONS A ANNE WALDMAN 1/ Une autobiographie en quelques mots. Anne Waldman : Triple Bélier, 2 avril 1945. Le père a combattu les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale en Allemagne, la mère Frances LeFevre Sikelianos Waldman elle est allée chez ses beaux-parents dans le New Jersey pour la naissance, puis elle est retournée dans le village "bohème" de New York. Bébé, Anne a grandi avec des livres de poésie, avec le jazz et la politique progressiste. Elle a commencé à écrire sérieusement à l'adolescence, avec la Génération Beat et l'Ecole de New York à sa porte. Elle a suivi des cours de littérature et de performance à l'université, a aimé Blake, les romantiques, les études de psychologie, mais s'est surtout intéressée aux littératures du monde, aux épopées orales, à la litanie, au chant, à la transe, au chamanisme, aux enthéogènes. Pendant une décennie, elle a travaillé à la fondation puis à la direction du Poetry Project en 1968, Anne Waldman s'est toujours fait le champion de l'introduction de la poésie et de la protestation dans l'espace public. Elle a cofondé, avec Allen Ginsberg et Diane di Prima, le programme Jack Kerouac School of Disembodied Poetics à l'Institut Naropa de Boulder, dans le Colorado. Elle a été arrêtée à Rocky Flats avec Daniel Ellsberg et Allen Ginsberg dans les années 1970, alors qu'elle lisait des poèmes qui contestaient les livraisons de plutonium destinés aux les ogives nucléaires. Elle a participé aux protestations contre la guerre du Viêt Nam et à la piste des Sept de Chicago. Et toutes les actions actuelles d'intervention contre-culturelle dans les temps suivants, Occupy Wall Street. Elle travaille avec le collectif Rizoma à Mexico. Auteur de plus de 60 volumes de poésie, de poétique et d'anthologies, dont l'épopée de 1000 pages The Iovis Trilogy : Colors in The Mechanism of Concealment (Coffee House Press) qui a remporté le Pen Center Literary Prize for Poetry. Son album SCIAMACHY est sorti en 2020 chez Fast Speaking Music et à la Levy-Gorvy Gallery de New York. Patti Smith l'a qualifié d' "Extrêmement puissant. Un bouclier psychique pour notre époque" . A paraître, une anthologie : NEW WEATHERS, Poetics from the Naropa Archive (avec Emma Gomis), Nightboat 2022, Bard, Kinetic, Coffee House 2023, Mesopotopia 2023, Penguin. 2/ Comment répondre à une injonction brusque : "Définissez la poésie". Les poèmes sont les modèles extérieurs, intérieurs et secrets du monde. Et du cosmos, comme un poète peut rêver un cosmos. La poésie fait résonner la tête, l'oreille et le corps tout le temps en appelant aux mots, à l'action. A une cinétique du comment exister par rapport... à "l'autre" , à l'espace, au temps, à la gnose. Personne ne vous demande, ne vous supplie d'écrire de la poésie. Ce n'est pas une carrière, mais un appel persistant et joyeux, une commande, un voeu. Une recherche permanente sur le langage (quelle que soit sa particularité) et la traduction de ses complexités et de son pouvoir. Les tentacules émanent de tous les chakras du corps, de la parole et de l'esprit. Ce sont des réceptacles, comme le sont toutes les perceptions sensorielles. Et la poésie est également la mémoire du monde, et des mondes inconnus - des expériences, des continents entiers sont vivants dans des interstices cachés comme des terma - les trésors cachés par les adeptes dans les nuages, dans les rochers, dans le coeur d'un arbre. 3/ Prose et poésie, la distinction a-t-elle un sens ? La prose est plus facile à lire, plus heureuse pour l'acte de lecture. Avec la prose, la relation des mots entre eux est plus complète - basée sur l'intrigue des personnages. En poésie, on se bat pour chasser les étymologies, on peut s'enfuir, mais le poème nous prend au piège devenant... une rune, un koan, un noeud de vie, une amulette. Vous pouvez lire en cercles de temps et non en chroniques. Les distinctions sont moins précises avec ce qu'on appelle le poème en prose, un champ de condensation et emballé comme un rêve pourrait l'être avec des détails lumineux que vous capturez à l'aube. La distinction est dans le rythme, le pas de l'esprit, la danse, le danger, le précipice est dans la poésie. Vous pouvez atterrir avec la prose. Le texte est la mise en cage, l'oeil intérieur rougissant son propre coeur, la vocalisation est la transmission. Avec la prose traditionnelle, vous êtes libéré de l'obscurcissement, de la perplexité, vous êtes à l'aise dans votre simplicité en assemblant des phrases, des incréments de son. Le poème en prose est une exception, le sauvage rêve surréaliste compressé. La crise est un tourbillon, un pinacle, un précipice. Les mots sont devenus insignifiants dans un certain contexte, à une époque de dystopie, où les gens ne font pas attention à leurs mots, ils sont grossiers et mercenaires. Seulement là où ils vous mèneront dans le Capitalocène. Les mots sont censés vous envoyer sur quelque chose. Sommes-nous plus fidèles à la prose ? Quand la poésie nous déchire. 4/ De la forme (et du formel) en temps de crise. La forme pour moi est l'épickos en temps de crise. Raconter l'histoire du temps, du rêve, du monde de la mort, des charniers, des sites et des interstices de l'amour et du désir. J'ai écrit IOVIS TRILOGY : Colors In The Mechanism of Concealment (la TRILOGIE IOVIS : Les couleurs dans le mécanisme de dissimulation) pour m'attaquer au patriarcat dans ma vie, dans mon espace vital. L'espace mental est un champ de bataille, disent certains, de Mars. Des mondes en collision. Avec la sciamachie, la bataille avec les ombres. Dissonance cognitive. Commencé avec un dogtag (plaque d'identité que les soldats portent) sous mon bureau, dans le sous-sol de l'école primaire, pour me cacher de la menace de la bombe atomique. J'avais besoin d'une forme longue qui voyagerait avec moi pendant des années d'action, de protestation, et d'histoires, d'histoire de lutte et de changement et de communauté, de la voix solitaire criant dans le désert, et aussi d'être au centre du tourbillon de la poésie et de la "fabrication" et du chant aussi. L'opéra et le blues. Le free jazz dans la performance, en collaboration avec les bodhisattvas de l'instrument, de la pulsation et de l'esprit sauvage. Le barde avec ses cordes vocales. C'est ça aussi le travail, son oralité. L'attention aux archives du son et du souffle. 5/ Quel avenir pour la poésie ? Les archives, la transmission aux êtres nés maintenant et dans le futur, tout ce que nous en avons. Cette poésie a toujours existé avec la conscience, elle EST la conscience. Le travail de traduction et d'opération incertaine, le travail du silence, de la pause et du champ ouvert, la ré-imagination de nos mythologies et de nos désirs, la direction de la voix et de l'imagination répondant aux milliers de choses de ce monde chatoyant. Les soins de nos ancêtres en poésie, les peines de nos luttes, toutes espèces animales, les "arbres et la verdure et ainsi de suite" comme le dit une prière... les chants de la baleine à bosse. Comment nous regardons et considérons notre cosmos et le multi-vers. La grande cacophonie. Les grandes catastrophes. Vers le chemin de la gnose, du savoir, de la mémoire future, de la poésie "éternelle" , de l'interaction cinétique afin que nous puissions refléter notre Trouble et notre Beauté et aider à réveiller le monde à lui-même. 6/ La part de la prosodie dans l'élaboration du poème. Nous connaissons et étudions notre prosodie et celle des autres. Le rythme et le son, l'accentuation du Il, les ponctuations, les marques, le battement du coeur, la lamentation. Pas un monde anglophone, la poésie et la prosodie ne sont pas un empire colonial. Nous apprécions et savourons les détails, les mécanismes et ce qui a précédé. Nous aimons l'attention portée à la ligne, au souffle, à la forme. Nous savons quelles sont les choses qui stagnent. La boule de cristal est trouble. 7/ La place de la traduction dans l'écriture poétique. La traduction est essentielle à notre travail. Et il nous incombe de nous y essayer. Lorsque j'ai travaillé avec le Therigatha et le Theragatha (du Canon Pali - les premiers poèmes des mendiants bouddhistes, des moines et des nonnes errants et sans abri - avec le sanskritiste Andrew Schelling, nous sommes remontés à l'époque du bouddha historique. Pour reconnaître un monde de renoncement et de joie de la lutte. 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Chair de Leviathan. Carne de Leviatán
Pato Chus ; Moure ErinSEPT QUESTIONS A CHUS PATO 1/ Une autobiographie en quelques mots. La victoire des putschistes qui ont déclenché la guerre de 1936 a établi une dictature de 40 ans en Espagne, pendant laquelle la langue de la Galice, le galicien, a été interdite. Née en 1955, j'ai été scolarisée dans la langue du fascisme. Si la république n'avait pas été vaincue, j'aurais appris dans ma langue maternelle, le galicien. Par acte de justice et de mémoire, j'ai décidé d'écrire dans le langage de l'interdit. Parmi mes onze volumes de poèmes se trouve la pentalogie "Découvre, avant Méthode" composée de 5 titres : m-Talá, Charenton, Hordes d'écriture, Sécession et Chair de Léviathan. J'habite à Soutolongo, Pontevedra, Galice près des plus vieux châtaigniers d'Europe et j'ai la chance que mes livres sont traduits par Erín Moure. 2/ Comment répondre à une injonction brusque : "Définissez la poésie". Dans le poème qui conclut ce livre, on peut lire : le langage a dit / "ceci est un papillon" / "j'aime le papillon" / "y a-t-il un papillon ? " // un mot /celui-ci /qui n'est pas (mais n'est pas étranger) /un sens /un corps /un monde /un je /le lieu où l'espèce résout les problèmes /qui l'assiégeaient. Ces vers offrent une définition cachée de la poésie. Le poème est cet usage de la langue qui diffère des usages communs qui ont pour sujet un moi et qui décrivent le monde ou raisonnent dans un champ conceptuel. La langue du poème n'est pas étrangère au sens, ni au concept, ni aux désirs d'un moi, mais elle se dirige vers ce temps et ce lieu où l'humanité résout les problèmes qui l'assiègent et qui sont souvent impossibles à articuler. La langue de la poésie est celle qui surgit d'un langage dévasté : par la guerre, par un événement personnel, par ce qui nous fait taire et nous laisse sans voix. Même ainsi, un. e poète écrit un poème. La langue dévastée n'est jamais pleinement dévastée, il reste toujours quelque chose. Un. e poète écrit ce reste. C'est toujours un nom qu'on n'est pas capable de dire. Le poème connaît l'impossibilité, connaît l'échec ; même ainsi, il écrit ce nom. Un ou une poète est un être dont le métier est de disparaître, de céder sa place à la langue du poème. La langue d'un poème se prononce à la troisième personne. Cette troisième personne peut être un cheval, un bâtiment, un océan, un arbre, une intrigue, par l'amour, la naissance, la mort ou les morts... . Le poème ne parle pas d'un bâtiment, ni de chevaux, ni de papillons, ni des intrigues, ni des morts. C'est le cheval linguistique qui écrit le poème. C'est l'océan linguistique qui écrit le poème. C'est le papillon linguistique qui écrit le poème... . Un poème est toujours un être de langue, il s'écrit avec des mots et avec la syntaxe ou l'absence de syntaxe qui articule les mots. Définir la poésie, c'est comme vouloir traverser un arc-en-ciel ou tracer une asymptote. Nous ne traverserons jamais l'arc-en-ciel, nous ne serons jamais assez proches. 3/ Prose et poésie, la distinction a-t-elle un sens ? Un poème peut frôler le conte, l'histoire, l'essai. Il s'arrête toujours de tel ou tel côté de la frontière, ne la franchit jamais. Pourtant nous savons que rien n'est plus poreux qu'une frontière. 4/ De la forme (et du formel) en temps de crise. Une fois qu'une forme existe, l'entropie la saisit. Et soudain l'incertitude règne. Ensuite, la forme disparaît et une nouvelle forme fleurit. Le chaos et l'incertitude sont les matrices de la forme, la crise de la forme. Aucune forme n'est stable, les formes sont comme les eaux d'une rivière ; ils chantent dans un même lit, sans jamais être les mêmes. 5/ Quel avenir pour la poésie ? J'aime dire, en espérant qu'on ne me mécomprenne pas, que la poésie n'a pas d'avenir. La poésie est strictement contemporaine. Je comprends le contemporain comme opposé à l'actuel. Contemporain, c'est le moment où une lectrice ouvre un livre et lit le poème. Contemporain, c'est le moment où une poète écrit un poème. Ceci est le temps de la poésie. 6/ La part de la prosodie dans l'élaboration du poème. En bref, je dirais que la poésie occidentale a choisi de se détacher du chant et de la ligne mélodique pour se lier au silence de l'écriture et être lue avec les yeux et non chantée ou récitée par une voix. Disons que le point sans retour est le poème de Mallarmé "Un coup de dés" . En bref je dirais qu'au 21e siècle tout est possible, même récupérer la mélodie. En bref, et de façon un peu cryptique, je propose ce qui suit : imaginons que la poésie a la forme d'un papillon ou d'un scarabée. L'insecte étend ses ailes. La gauche est la prosodie, la droite est le chiffre, la pensée mathématique. La gauche est l'un des rêves limites du poème, celui de disparaître dans la sonorité de la langue, de manquer de sens. La droite est un autre des rêves limites, celui de disparaître dans l'abstraction d'un nombre. Ce qui soutient ces rêves est le corps central du papillon, du scarabée. Sans ce corps il ne peut pas voler. 7/ La place de la traduction dans l'écriture poétique. Un pain est un pain, mais à chaque four son pain. Quand nous voyageons et mangeons du pain, nous reconnaissons que ce qu'on met dans la bouche est du pain, mais en chaque pays le pain est différent. En chaque langue, le mot pour pain signifie un pain, mais les lettres du mot diffèrent. Le pain est un nutriment, mais en même temps, un infini. Répétition et différence. C'est ça la traduction, ce mot qui nous nourrit se répète et dans sa répétition est la différence. C'est ça la nutrition. D'autre part, l'écriture poétique est déjà en soi une traduction. Si celui qui écrit le poème est le cheval, nous devons reconnaître que lorsque le cheval du monde devient un cheval linguistique, on traduit. Comme j'ai déjà dit, un ou une poète doit disparaître, céder sa place au cheval, c'est le cheval qui traduit.ÉPUISÉVOIR PRODUIT15,00 €


