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Nihilisme et capitalisme
Gomez-Muller Alfredo
KIME
15,00 €
Épuisé
EAN :9782841747924
L'expérience nihiliste de vivre dans un monde dépourvu de sens est rattachée à l'expansion mondiale du capitalisme, qui n'est pas simplement un mode de production mais aussi et surtout un régime de dévastation de la capacité humaine de créer et de conférer du sens et de la valeur au monde ainsi qu'à l'activité humaine comme telle. Le capitalisme ? privé ou d'Etat? est un régime de clôture du possible qui assigne à l'humain ainsi qu'à tout ce qui existe la signification absolue de ressource disponible et appropiable en vue de l'accumulation de l'avoir et du pouvoir. Un régime qui est incompatible avec la culture dont le sens premier est le prendre soin de la terre ? puis le prendre soin de l'humain. L'activité capitaliste est portée par un modèle de rationalité purement instrumentale et calculatrice, déterminant une subjectivité "unidimensionnelle", capable de finalités utilitaires mais incapable de (re)créer socialement et incessamment une symbolique du sens existentiel. Une subjectivité sans esprit, à l'image du "dernier homme" décrit par Nietzsche, pour lequel l'habitude de regarder vers le bas lui fait perdre jusqu'à la signification du mot "étoile". La critique de la dévastation "moderne" de la vie humaine et de la vie en général passe aujourd'hui par une critique culturelle du capitalisme, explicitant le statut idéologique du nihilisme. La critique de la clôture capitaliste du symbolique ne signifie nullement qu'il faille revenir aux récits traditionnalistes du sens et de la valeur. En tant que modalité de l'exigence critique de la pensée, la critique culturelle du capitalisme nous invite à repenser historiquement les conditions du sens existentiel et de la valeur, par-delà toute dogmatique et en deçà des dichotomies établies entre le "réel" et l'"utopie", la "raison" et l'"imaginaire", le "visible" et l'"invisible". Elle entend ainsi contribuer à libérer un espace de pensée et de passion en vue de la (re)création des "énergies utopiques" de l'humain ou, pour le dire peut-être plus simplement, de l'esprit humain. Ce livre entend proposer, de manière succincte, une série de repères historiques et thématiques de la critique culturelle du capitalisme.
Résumé : La biographie et l'?uvre de Sartre sont l'histoire d'une conversion, lente et douloureuse, d'une compréhension " individualiste " à une compréhension " sociale " de la subjectivité. Au fil de cette histoire, les déplacements anthropologiques, éthiques et politiques s'entrecroisent avec une variation fondamentale qui touche à la question du sens et de la valeur de l'existence : de l'affirmation de l'absurdité d'être - la " Nausée " - Sartre passe à la conscience du sens comme enjeu biographique-historique de l'existence. Avant le tournant de la Seconde Guerre mondiale, le thème de la contingence radicale ou de l'absurdité de l'existence domine dans la pensée de Sartre ; à partir du tournant, la contingence perd, progressivement, son caractère d'absolu et appartient désormais au registre de l'être-en-société. Suivant cette nouvelle perspective, l'expérience de la contingence radicale signifie un effondrement de la relation sociale, que Sartre décrit, biographiquement, comme une " chute ". L'expérience de l'absurdité est une expérience sociale, qui engage des manières particulières de comprendre la subjectivité, la relation avec les autres, la liberté et l'agir en général. N'étant pas des attributs " ontologiques " ou " naturels " de l'existence, le sens et le non-sens apparaissent comme des possibilités de l'humain, confiées à la responsabilité de l'humain. Ce livre se propose de retracer l'histoire de cette découverte.
Résumé : " Ils donnaient à chaque Indien un tupu. Un tupu de terre suffisait pour la nourriture d'un plébéien marié et sans enfants. De sorte que tous universellement semaient ce qui était nécessaire pour subvenir aux besoins de leurs familles. Ainsi n'avaient-ils pas lieu de vendre les provisions de bouche, ni de les enchérir, et ils ne savaient d'ailleurs pas ce qu'était la cherté " (Inca Garcilaso de la Vega, Commentaires royaux sur les Incas). La description du "bon gouvernement" des Incas par l'Inca Garcilaso, publiée en 1609, constitue l'une des sources du renouveau de la critique sociale, politique et économique en Europe et dans l'Amérique dite "latine", dès le XVIIe siècle. Fondée sur une conception de la justice sociale beaucoup plus avancée que celle qui existait alors dans les sociétés européennes, l'expérience inca suscite dans les deux continents l'intérêt de réformateurs et de révolutionnaires engagés dans la recherche de solutions à l'extrême misère qui frappe une grande partie de la population, à une époque où le capitalisme naissant tend à détruire la propriété communale traditionnelle. Elaboré comme un acte de résistance par le premier auteur "indien" publié en Europe, le récit de l'Inca Garcilaso continue de nourrir les mémoires utopiques des deux continents, en dépit de l'européocentrisme qui règne toujours dans l'écriture de l'histoire.
L'histoire de l'anarchisme est traversée par une tension permanente entre le projet d'une organisation non étatique du public et la nécessité d'utiliser la médiation politique-étatique comme force d'action. Les textes rassemblés ici interrogent cette tension comme le symptôme d'un problème général qui touche au sens même du politique, et dont on trouve une forme d'expression dans la crise contemporaine des formes établies de démocratie représentative ou l'émergence de nouvelles formes d'action publique.
La figure du voyageur-philosophe est volontiers associée aux récits de l'âge classique, qu'elle emprunte la forme de la fiction ou celle du témoignage autobiographique. Descartes fonde sa philosophie de la méthode sur l'expérience de l'errance et de l'exil ; jusqu'au XVIIIe siècle, le Voyage philosophique accompagne les grandes découvertes et l'ambition encyclopédique de recenser tous les territoires, les modes de gouvernement et les aires linguistiques. Les liens entre voyage et philosophie semblent ensuite se distendre, au fur et à mesure que s'autonomise la littérature et que se développent la promenade romantique et le voyage d'agrément. Mais peut-on réellement parler d'une fin, ou du moins d'une éclipse du voyage philosophique, et ce phénomène coïncide-t-il avec la fracture historique qui fait éclater le système des Belles-lettres où littérature, histoire et philosophie étaient encore unies ? Le présent ouvrage se propose d'interroger le devenir du voyage philosophique à partir du XIXe siècle et les formes de sa résurgence, à la fois du côté de la littérature et de la philosophie, dans un esprit de dialogue entre les disciplines. De Friedrich Nietzsche, qui élabore sa philosophie de l'esprit libre à partir de ses voyages, à Bruce Bégout, qui revisite la figure du philosophe-voyageur sous la forme du nomade motorisé, la pensée philosophique ne cesse d'être stimulée par l'errance ou d'orienter celle-ci. Y a-t-il lieu de distinguer une écriture philosophique et une écriture littéraire du voyage, et quelle est la place de l'expérience et du vécu, de la description ou de la conceptualisation, selon l'identité ou le champ de compétences que revendique le voyageur ? Voyager en philosophe renvoie aux multiples façons de décentrer l'écriture et la pensée, y compris pour proposer ce que Pierre Macherey appelle une "philosophie littéraire" : que fait la littérature de voyage à la philosophie, et inversement, que fait la philosophie à la littérature de voyage ?
A l'occasion du centenaire Proust, la maladie personnelle de Marcel Proust est venue occuper la scène biographique sans toujours apercevoir toute la dimension idiosyncrasique de l'oeuvre. Car l'asthme dont souffre Marcel Proust comme une maladie chronique est redoublé ici par celui du Narrateur : son corps souffre autant de la maladie d'amour que de la maladie physique, à moins que la première n'ait déclenché la seconde. Pour cela le thème de la maladie est essentiel car il vient manifester le temps dans le corps ; il met aussi en péril la permanence du moi au point d'apercevoir qu'il n'était constitué que du temps passé, incorporé. Notre étude nous conduira ainsi d'une critique de la médecine comme science du corps objet à l'avènement du thème de la guérison. L'écriture de A la recherche du temps perdu comme métamorphose de toute maladie, facilite cette conversion du vécu intime de l'amour en vécu phénoménologique dégageant l'essence de l'amour. Forme d'exorcisme, l'écriture permet à tout un chacun de se reconnaître. Le narrateur nous ressemble puisque son récit nous touche en atteignant la condition commune, celle de la souffrance.
Faye Emmanuel ; Lassègue Jean ; Rastier François ;
Bien au-delà de la seule philosophie, le débat à Davos en 1929 entre Cassirer et Heidegger a marqué l'histoire des idées. Il a même donné naissance à des récits passablement légendaires qui négligeaient le contexte historique précis. Un nouveau regard s'impose, à la lumière des oeuvres publiées depuis lors. Les vingt-cinq tomes de l'édition allemande de référence de Cassirer ne sont disponibles que depuis 2007. S'y s'ajoutent les dix-sept tomes du Nachlass depuis 2017. Des 102 volumes de la Gesamtausgabe de Heidegger, édition de référence mais sans garantie scientifique, moins d'une dizaine reste programmée, mais d'ores et déjà la publication des cinq premiers volumes des Cahiers noirs a permis d'engager une relecture critique de l'ensemble. C'est donc à présent seulement que l'on peut véritablement évaluer les projets contrastés des deux auteurs. Leurs enjeux intéressent notamment le statut de la rationalité et des sciences, en particulier celles de la culture, aussi bien que le statut de la technique parmi les formes symboliques. Et tout autant, l'opposition entre la démocratie et la théologie politique ; entre la légitimité du cosmopolitisme et l'ontologie identitaire ; enfin, entre la possibilité même d'une éthique ou son rejet de principe. Tous ces thèmes contradictoires exigent aujourd'hui une révision critique, non seulement rétrospective, mais aussi ancrée dans le présent. Car au-delà même de la philosophie, des courants de pensée et des forces politiques en Europe et dans le monde poursuivent ces deux voies qui s'opposent aujourd'hui.
Qui était vraiment Gustave Flaubert ? On le savait en proie à de grandes contradictions, mais qui aurait pu dire que cette critique permanente de la Bêtise, cette souffrance de l'écrivain à la tâche, cette obsession du style étaient le résultat de névroses, d'un rapport des forces psychiques entre revendications pulsionnelles et inhibitions ? Et si la "grande synthèse" poétique à laquelle il aspirait tant n'était que le regret ou le constat de l'absence d'un Moi unifié ? Patrick Mathieu, en étudiant la Correspondance et les oeuvres de Flaubert, nous fait découvrir un auteur en constant décalage avec lui-même, jouant double-jeu dans le théâtre de la vie, et dont la souffrance affichée, revendiquée, n'est pas qu'artistique : elle puise ses origines au fond de son être, dès son plus jeune âge, dans un dégoût permanent de la vie qu'il tentera difficilement de masquer avec sa "marotte" , la littérature. C'est que Flaubert porte en lui le faix de secrets, selon lui "indisables" , de nature sexuelle, et il a choisi de les révéler de façon cryptée par le biais de la médiation littéraire : pour ce faire, il portera publiquement une autre croix, celle de la Littérature, maîtresse exigeante, fondant ainsi malgré lui le nouveau mythe de l'écrivain dévoué au labeur du style et vivant en martyr la Passion de l'Art.