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La méthode de l'expédient
Enaudeau Corinne ; Loraux Patrice
KIME
26,40 €
Épuisé
EAN :9782841744039
Procédé exceptionnel qu'on s'autorise dans une situation embarrassante, l'expédient a certes une efficacité potentielle, mais une faible consistance théorique. Impuissant à se justifier, illégitime en son principe, c'est pourtant lui qui pallie les défaillances de la démarche régulière, lui qui atteste que la pratique est toujours plus et autre que ce qu'en a décidé la théorie. Corinne Enaudeau et Patrice Loraux ont imaginé de réunir des représentants de différentes disciplines (mathématiques, philosophie, psychanalyse, droit, sociologie, anthropologie, traduction) pour réfléchir sur le statut théorique de l'expédient, ce parent pauvre de la rationalité. Par-delà la diversité des domaines concernés, l'exercice de tout métier - intellectuel aussi bien - remet de fait en chantier les règles de la méthode constituée. La nécessité de poursuivre en dépit des incertitudes conduit à user de ressources improvisées mais indispensables. Parce qu'il est le ressort de la démarche effective, l'expédient demande à la méthode de prendre acte de son premier ennemi : l'impasse où nous immobilise l'obstacle imprévu. L'art de suppléer inopinément au déficit pratique serait cette paradoxale "méthode de l'expédient" que les textes ici rassemblés interrogent.
Gilles Deleuze et Jean-François Lyotard sont deux figures centrales de la pensée française contemporaine. Leur connivence, née dans les années 1970 alors qu'ils enseignent à l'Université expérimentale de Vincennes, procède d'une critique partagée de l'humanisme classique, d'une distance comparable à l'égard du structuralisme, enfin d'une thématisation commune du désir et de la sensibilité. La publication, à deux ans d'intervalle, de L'Anti-Oedipe et d'Economie libidinale confirme cette proximité : les auteurs y soutiennent des positions éthiques et politiques tout aussi intempestives. On aurait pourtant tort de croire que leurs idées relèvent d'une même "philosophie de la différence", expression qui caractérise la seule entreprise de Deleuze. Dès les années 1980, Lyotard et Deleuze ont en effet divergé sur le sens à accorder à la psychanalyse, à l'oeuvre de Wittgenstein ou encore à l'obligation morale. Le propos du présent volume est de mettre à profit quarante années de recul pour confronter à nouveaux frais ces deux représentants de la philosophie française, en restituant l'héritage, l'évolution et le prolongement de leurs pensées respectives. Les contributions ici réunies déploient le large éventail des disciplines que Deleuze et Lyotard ont explorées et discutées. Elles s'intéressent aussi bien à la période de leur plus grande proximité théorique qu'à l'apparition des différends les opposant, au moment même de l'avènement, chez Lyotard, du concept de "différend".
Jeune au regard de la science et de la philosophie, la psychanalyse a néanmoins un passé et, plus encore, un présent fait d'une pratique et d'horizons théoriques. De l'analyse de l'adulte à celle de l'enfant, la pensée de Freud (1856-1939) montre sa force inventive et sa capacité d'évolution face aux difficultés et aux questionnements qui surgissent de la relation analytique et, plus largement, des grands séismes politiques du XXe siècle. Les entretiens présents ne s'adressent pas d'abord aux psychanalystes. En interrogeant la réflexion et la pratique clinique d'une psychanalyste en exercice, ils s'efforcent d'indiquer le travail de l'analyse à qui n'est pas familier de la pensée de Freud. Ils disent, dans une langue ouverte, l'histoire et la diversité des enjeux d'une oeuvre qui demeure l'une des plus grandes affaires intellectuelles de notre temps. Faire droit à la psychanalyse, c'est faire droit à une manière complexe de voir l'individu et à une manière de voir autrement le monde.
Résumé : Le projet de ce volume est de montrer que la question du langage tient une place décisive dans l'oeuvre de Jean-François Lyotard. Elle y soumet en effet la réflexion sociopolitique à des difficultés plus radicales que celle de l'idéologie immanente au discours de pouvoir. Elle demande en outre de situer l'enjeu non rationnel de l'art. Elle ouvre enfin sur une ontologie éclatée. Le problème qui occupe Lyotard est de savoir si la pensée peut faire droit à ce qui se dérobe par principe à la limpidité du langage. Comment faire entendre en mots intelligibles ce qui échappe à l'ordre rationnel - discours et savoir ? Lyotard veut résolument tenir les deux bouts de la chaîne : l'articulation et l'inarticulable, sans lâcher le "différend" - concept central - qui les divise. Sans lâcher non plus les différences qui scindent, à une extrémité, le discours articulé en genres irréductibles (spéculatif, scientifique, narratif, normatif, éthique...) ou, à l'autre bout, le sentiment du différend lui-même et la donation sensible qui inquiète l'art (littéraire inclus). Tenir un tel pari demande de comprendre quels types de langage l'ordre rationnel met en oeuvre, quels autres il exclut et au nom de quelles règles. Le langage y perd son unité pour se diviser en une multiplicité de "jeux", devenue plus tard une pluralité de "genres de discours" irréductibles entre eux. Le tournant langagier de Lyotard s'est en fait amorcé dès 1976, en amont de la Condition postmoderne (1979), dans le travail de Lyotard sur les sophistes. Le Différend donne, en 1983, à la problématique langagière son amplitude maximale en proposant une "philosophie des phrases" inédite, qui articule le différend, le tort, le silence et l'injustice. Les deux livres de 1979 et 1983 ont suscité les objections de Habermas et plus largement des tenants de l'éthique de la discussion. S'est ensuivi un débat entre les deux auteurs sur la manière d'entendre et d'opposer le "consensus" et le "différend". Débat régulièrement rappelé et relancé dans les réflexions sur le "commun", sur les conditions de la communauté sociopolitique. Reste que le différend ne disjoint pas seulement les genres de discours entre eux, mais - répétons-le - le discours et ses autres que sont la sensation, le sentiment, l'enfance. Peut-on alors faire de cet inarticulable, de ce silence lui-même une "phrase" et pourquoi, d'ailleurs, le devrait-on ? C'est le devoir et la possibilité de témoigner d'un silence intraitable qui est ici en cause pour Lyotard. Sa réflexion finale s'est alors portée sur ce bord entre langage et silence qu'est la phrase impossible, et non pas seulement interdite. Les articles ici rassemblés interrogent les questions précédentes, posées par Jean-François Lyotard, ainsi que les réponses qu'il leur a données, et ce, depuis la thèse de 1971, Discours, figure, jusqu'aux derniers développements sur la "phrase-affect". Lyotard y apparaît comme un des rares philosophes de la "pensée française" (ou "French Theory") à avoir jeté un pont entre la philosophie continentale et la philosophie analytique.
Résumé : La Boétie n'a pas seulement conçu l'inconcevable, la servitude volontaire. Il a discerné, dans le champ politique, un contraste entre deux formes de totalité : soit le Tous Un ou l'Etat, soit la communauté politique des tous uns ou le Contr'Un. Notre histoire, depuis la Révolution, n'est-elle pas le théâtre d'un conflit récurrent entre ces deux formes, entre la démocratie insurgeante et l'Etat ? De par l'articulation entre la critique de la domination et la pensée de la politique née de la tradition de la liberté, Miguel Abensour propose une philosophie politique critique qui s'oppose frontalement à la philosophie politique institutionnelle. Le nouvel esprit utopique nomme un second trajet. Il affirme la persistance de l'utopie et invite à une conjugaison entre désir de liberté et désir d'utopie. Cet entrelacs, tout au long de l'entretien, oriente l'action vers la lutte pour une société autre et vers une politique de l'émancipation, force active toujours en éveil.
L'idéologie américaine repose sur un principe : chacun peut réussir dans ce pays s'il s'en donne la peine. Cette assertion a inspiré un concept : le rêve américain. Cependant, comme dans tout autre pays, seule une minorité connaît le succès. Si l'essentiel du cinéma américain fait l'apologie des Etats-Unis, il existe un faible pourcentage de cinéastes qui ont choisi, dès la naissance du parlant au moins, d'offrir une image beaucoup plus sombre de leur pays. Ainsi est né un personnage paradoxalement très américain, le loser, celui qui, pour avoir cru au rêve, paye le plus souvent sa conviction au prix de sa déchéance et même de sa vie. En réalité, le loser est le produit de trois données : l'histoire, qui repose sur un quasi-génocide et sur l'esclavage ; le calvinisme, qui fait de l'élection divine le moteur de toute existence ; le capitalisme qui privilégie absolument la réussite économique au détriment de la loi sociale. Avec plus ou moins de constance, tous les genres cinématographiques ont montré des personnages de losers, mettant ainsi en évidence une véritable sociologie des laissés-pour-compte. Ce faisant, le cinéma américain, montrant les tares d'une société productrice d'individus trahis par l'illusion à laquelle elle incite à croire, démontre à la fois que l'Amérique n'est pas l'Eden dans lequel les Pèlerins ont pensé pénétrer, et qu'elle est condamnée, comme le loser, à l'échec, parce qu'elle contient dans ses fondements les tares qui auront raison d'elle.
Le libéralisme n'est pas seulement une orientation de la pensée économique qui domine actuellement le paysage politique et intellectuel des pays anglo-saxons et d'Europe occidentale. C'est aussi, à l'origine, une revendication de liberté pour la personne, d'émancipation par rapport à un cadre moral hérité de temps anciens. Ces deux dimensions se croisent notamment dans l'oeuvre de John Stuart Mill dont LI Hongtu, professeur d'histoire à l'université Fudan (Shanghai) étudie l'oeuvre majeure, le traité De la liberté (1859). Correspondant d'Auguste Comte et disciple de Jeremy Bentham, John Stuart Mill est entré en dialogue avec les grands courants philosophiques de son temps, de l'utilitarisme au positivisme. Fervent défenseur de la liberté de l'individu confronté à la multiplicité des contraintes sociales, il a défié les préjugés de son temps en partageant la vie d'Harriet Taylor, militante du droit des femmes. La même logique l'a poussé à s'engager pour la liberté des lois du marché. Mais il était aussi employé de la Compagnie des Indes orientales, et même si on ne relève pas chez lui de traces de racisme, il s'accommodait très bien du colonialisme et du fait que des continents entiers, de l'Inde à la Chine, soient exclus des bienfaits du libéralisme dont il se faisait l'apôtre. Il était urgent que l'émergence du libéralisme soit aussi abordée dans la perspective d'une historiographie extra-européenne.
Qui était vraiment Gustave Flaubert ? On le savait en proie à de grandes contradictions, mais qui aurait pu dire que cette critique permanente de la Bêtise, cette souffrance de l'écrivain à la tâche, cette obsession du style étaient le résultat de névroses, d'un rapport des forces psychiques entre revendications pulsionnelles et inhibitions ? Et si la "grande synthèse" poétique à laquelle il aspirait tant n'était que le regret ou le constat de l'absence d'un Moi unifié ? Patrick Mathieu, en étudiant la Correspondance et les oeuvres de Flaubert, nous fait découvrir un auteur en constant décalage avec lui-même, jouant double-jeu dans le théâtre de la vie, et dont la souffrance affichée, revendiquée, n'est pas qu'artistique : elle puise ses origines au fond de son être, dès son plus jeune âge, dans un dégoût permanent de la vie qu'il tentera difficilement de masquer avec sa "marotte" , la littérature. C'est que Flaubert porte en lui le faix de secrets, selon lui "indisables" , de nature sexuelle, et il a choisi de les révéler de façon cryptée par le biais de la médiation littéraire : pour ce faire, il portera publiquement une autre croix, celle de la Littérature, maîtresse exigeante, fondant ainsi malgré lui le nouveau mythe de l'écrivain dévoué au labeur du style et vivant en martyr la Passion de l'Art.