Notre site web sera en maintenance ce mardi 3 février après-midi. Les commandes enregistrées ne subirons pas de retard de traitement.
FACES, SURFACES, INTERFACES
DAGOGNET
VRIN
35,00 €
Épuisé
EAN :9782711620401
Du début à la fin, ce livre s'oppose à une philosophie de la profondeur que nous ne pourrions pas atteindre, par définition - puisqu'elle se cache ou du moins disparaît sous l'épaisseur de ce qui l'abrite. Il sera montré qu'il s'agit là d'une erreur, voire d'un mythe (en faveur de la " belle âme ") ; seront pris en compte les moyens d'appréhender le dehors et notamment de discerner en lui ce que le dedans croyait dérober. Les corps matériels, les vivants aussi et le psychisme seront tout à tour observés (la lecture des surfaces) ; on usera d'instruments susceptibles d'éclairer l'" apparaître ". " Je suis ce que je donne à voir ", Freud lui-même n'a pas manqué d'appliquer cette méthode : il retient les moindres gestes, les action manquées, les prétendues maladresses. La maladie mentale - la désorganisation de l'ego - passe par une corporéité ostensiblement et visiblement déréglée. Nous proposons une conception du " corps sémaphorique " : il porte en haut de lui-même (le visage, la face) de nombreux signes qu'il convient de capter et d'interpréter.
Après l'atome, le gène. Pour la seconde fois en une génération, l'humanité se croit menacée par ses propres créations. Mais alors qu'hier les scientifiques invitaient les politiques à la retenue, ce sont aujourd'hui les politiques qui demandent de la retenue aux scientifiques. Avec le même résultat, le refoulement de l'interdit : au secret défense risque de s'ajouter le travail scientifique au noir. Philosophe et docteur en médecine, professeur à Lyon, puis à Paris I, François Dagognet a consacré son oeuvre épistémologique aux sciences fondamentales. Il s'engage ici avec rigueur et au péril de nos préjugés dans les controverses suscitées par les biotechnologies, pour s'adresser à tous ceux que déconcertent ces nouveaux pouvoirs de l'homme sur l'homme et qui voudraient comprendre avant de juger. Il montre comment notre culture, d'Aristote aux écologistes, en sacralisant le naturel opposé à l'artificiel comme le bien au mal, constitue un obstacle dont il convient de se débarrasser pour juger rationnellement les nouvelles techniques biologiques. Un tel jugement doit être fondé sur les principes mêmes de la vie. François Dagognet déduit ces principes d'une analyse des maillons essentiels de la chaîne du vivant (synthèse du sucre par les plantes, structure de l'ADN - sucre porteur du message génétique - et lois de l'hérédité de Mendel). C'est à partir de ces principes, scientifiques et non plus moraux, qu'il sépare le bon grain de l'ivraie biotechnologique. Dans un plaidoyer éloquent pour une politique de la vie, il expose les idées directrices d'une biopolitique visant l'intérêt général, qu'il souhaite voir supplanter la bioéthique de comité où la confrontation des intérêts particuliers n'aboutit qu'à des compromis bancals. La maîtrise du vivant a pour enjeu que le droit au bonheur ne soit plus un vain mot. G. J.
La philosophie, souvent, a mis en garde contre l'image - une sorte de décalque du réel - et aussi contre l'écriture, sorte de double de la parole, mais évidemment muette et tyrannisante. La voix a donc été privilégiée. Ecriture et Iconographie s'oppose à ce procès. Il montre comment et pourquoi le textuel (l'écrire et le lire) l'emporte sur le vocal, en dépit du rythme et de la chaleur de celui-ci. L'extériorisation ne doit pas être tenue pour une déchéance mais plutôt pour une procédure qui éclaire ce qui est projeté et qui, par là, le révèle. Un second moment relève de l'épistémologie : nous tentons de mettre en évidence comment la science s'est attachée à préciser et à affiner le configurationnel. Qu'il s'agisse d'une molécule ou d'une pierre ou d'un végétal, elle parvient à le ré-écrire et à le traduire en un " corps idéal " - une formule développée à partir de laquelle elle induira et déroulera ses propriétés. Dans un troisième temps, est rapproché le travail du peintre de celui du savant, parce que lui aussi, loin de nous restituer simplement le réel, le transpose à l'intérieur d'un tableau minimal, ce qui ne l'empêche pas de le découvrir et surtout de l'intensifier. Le moins, curieusement, donne le plus. L'artiste a gagné à ne pas coïncider avec le réel mais à viser à le re-présenter.
Il existe une vie des formes, qui, si elle ne possède pas une autonomie absolue, n'est toutefois pas qu'un simple reflet passif des évolutions de la société mais un acteur essentiel de celles-ci : telle est la thèse originale que développe François Dagognet dans cet essai, paru pour la première fois en 1975. L'auteur y montre comment, au XVIIIe siècle notamment, se constitue, en rapport direct avec la révolution intellectuelle des Lumières et l'émergence d'un nouveau classicisme dans les arts, une nouvelle vision de l'espace, c'est-à-dire une nouvelle manière de l'occuper, de le délimiter et finalement de le construire. L'analyse met à jour le double rôle joué par l'espace, virtualité où l'infini des formes nouvelles prend sa source : " celui de miroir grâce auquel une culture se lit, se révèle, mais aussi celui qui précipite une révolution. Il reproduit et il produit ". L'espace contient toutes choses puisque ce n'est que par la forme que les choses s'attribuent dans l'espace, qu'elles deviennent des choses. Ainsi F. Dagognet parvient-il, tout au long de cet ouvrage, à discerner dans le tracé des routes, dans les plans de transformation des villes, dans l'architecture des monuments et dans les perspectives nouvelles adoptées par les peintres et les sculpteurs, toutes les innovations qui furent à l'origine des bouleversements du XVIIIe siècle, autant, voire davantage, que ne le furent les livres et les idées des philosophes.
Nul ne lira un Traité aussi surprenant que le Traité des animaux de Condillac publié en 1755, un an après le Traité des sensations. Dans un premier temps, il s'agit pour Condillac de sauver son propre système : puisque la sensation définit la base de la connaissance et du psychisme, comme l'animal en bénéficie (il voit comme nous), il faut lui réserver ce que l'homme en retire, et en conséquence, écarter les théories qui rabaissent l'animal (réduit à une pure machine). Le second moment institue la comparaison entre l'homme et l'animal et défend l'idée d'une continuité entre eux : l'animal est susceptible de juger, de penser, de représenter, etc. C'est grâce au langage (les signes d'institution) que l'homme va pouvoir prolonger et dépasser l'animalité qui ne peut tabler sur des signes naturels - cris et gestes faiblement communicatifs. Il faudra un long temps pour que soit emprunté pareil chemin (les Lorez, les von Frisch entre autres) et encore ces biologistes ne sont-ils allés qu'à la moitié du parcours condillacien. Le Traité des animaux est donc un texte prémonitoire et décisif : il n'est plus nécessaire d'abaisser l'animal, afin d'élever l'homme, cesse l'opposition entre eux.
Nombreuse, infiniment ondoyante et diverse, cette pensée n'est qu'une charité toujours active dont le mouvement incessant tend vers des objets qui nous échappent ou vers les aspects inconnus de ceux que nous percevions déjà. Comment suivre une telle pensée sans être cette pensée même (...)? ". Le présent ouvrage tente une réponse en même temps qu'il pose la question. Considérant que les écrits de Bonaventure dessinent moins une progression linéaire qu'ils ne suivent un " ordre du coeur ", Etienne Gilson propose ici, après un chapitre introductif de nature biographique qui cherche l'homme derrière l'oeuvre, un parcours circulaire autour du centre de la synthèse bonaventurienne, le Verbe, incarné en la personne du Christ. C'est ainsi que se trouvent abordés les thèmes fondamentaux que sont la critique de la philosophie naturelle, l'évidence de l'existence de Dieu et le problème de la science et de la volonté divines, mais aussi la création, les corps inanimés, les animaux, l'âme humaine, les anges, ou encore l'illumination, la grâce et la béatitude. Ces études convergent et culminent tout à la fois dans un dernier chapitre qui s'attache à saisir l'esprit de ce penseur. A l'encontre de l'argument qui consiste à qualifier Bonaventure de mystique pour le reléguer hors de l'histoire de la philosophie, Etienne Gilson se propose de recourir précisément à cet argument pour l'y réintégrer : le sentiment mystique, pénétrant en effet toutes les couches de l'édifice, est ce qui lui confère sa systématicité, et une systématicité telle que cette mystique spéculative bonaventurienne partage seule avec la doctrine thomiste le titre de synthèse de la pensée scolastique tout entière. Tendant toujours vers une métaphysique de la mystique chrétienne comme vers son terme ultime, cette pensée témoigne simultanément de la nécessité de la science et de sa subordination aux " ravissements mystiques ", et se situe à la rencontre des influences de saint François, de saint Augustin et des exigences systématiques des Sommes de Thomas d'Aquin. L'oeuvre de Bonaventure marque ainsi un moment capital dans le long progrès par lequel la théologie scolastique parvint à l'unité d'un système.
Ce livre n'est pas un exposé de la métaphysique cartésienne, mais s'attache à la pensée qui l'anime et qui cherche en elle son expression. Ce mot "expression" introduit un premier postulat : une philosophie n'a de sens que par référence à une certaine vision du monde dont précisément elle veut être l'expression. A l'origine il y a un esprit qui regarde l'univers, l'homme, Dieu et qui s'étonne de les voir comme on ne les a encore jamais vus. Qui dit "expression" dit donc volonté de communication. La vision du monde - c'est le second postulat - n'est en aucune façon une sorte d'essence intemporelle et elle ne peut être séparée de son "environnement" historique. Ainsi tout texte a deux contexte : l'ensemble ordonné d'idées duquel il tient son sens et un certain dialogue qu'il doit rendre propice à la transmission de ce sens.