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ECRITURE ET ICONOGRAPHIE
DAGOGNET
VRIN
24,00 €
Épuisé
EAN :9782711601646
La philosophie, souvent, a mis en garde contre l'image - une sorte de décalque du réel - et aussi contre l'écriture, sorte de double de la parole, mais évidemment muette et tyrannisante. La voix a donc été privilégiée. Ecriture et Iconographie s'oppose à ce procès. Il montre comment et pourquoi le textuel (l'écrire et le lire) l'emporte sur le vocal, en dépit du rythme et de la chaleur de celui-ci. L'extériorisation ne doit pas être tenue pour une déchéance mais plutôt pour une procédure qui éclaire ce qui est projeté et qui, par là, le révèle. Un second moment relève de l'épistémologie : nous tentons de mettre en évidence comment la science s'est attachée à préciser et à affiner le configurationnel. Qu'il s'agisse d'une molécule ou d'une pierre ou d'un végétal, elle parvient à le ré-écrire et à le traduire en un " corps idéal " - une formule développée à partir de laquelle elle induira et déroulera ses propriétés. Dans un troisième temps, est rapproché le travail du peintre de celui du savant, parce que lui aussi, loin de nous restituer simplement le réel, le transpose à l'intérieur d'un tableau minimal, ce qui ne l'empêche pas de le découvrir et surtout de l'intensifier. Le moins, curieusement, donne le plus. L'artiste a gagné à ne pas coïncider avec le réel mais à viser à le re-présenter.
Ce livre traite de l'image, mais aussi, plus généralement, de la copie, du double, de la représentation, du calque, du sosie... La philosophie, à juste titre, a mis en garde contres ces si dangereux reflets. Ne doit-on pas préférer ce qui est à ce qui l'imite ou le mime ? Méfions-nous des leurres ! Cependant, on est revenu sur cette séculaire et injuste condamnation. La technologie moderne a peu à peu sauvé celle qu'on avait trop infériorisée et éloignée. Et quelle victoire ! L'image numérique, donc celle de synthèse, l'arrache à une servitude que les philosophes classiques et même plus modernes avaient scellée. L'électro-optique, la tomodensitométrie (scannographie), l'holographie, entre autres, multiplient les prouesses libératrices. Dans le passé, la photographie, voire la radiographie avaient déjà ébranlé les anciennes positions. La guerre commençait. L'imagerie déferle donc, ainsi que l'industrie noire des contrefaçons, des plagiats, des pseudo-répliques, du pastiche. Les trucages et la fraude. Mais où situer aujourd'hui le vrai et le faux ? Comment distinguer le modèle et son équivalent ? Les vieilles frontières, comme on le montrera, s'estompent. Quel branle-bas et quelle fête aussi ! On a voulu prendre acte de cette nouveauté. Hâtons-nous, malgré le danger de nous y perdre, d'engager la philosophie que nous croyons réticente dans ce tourbillon.
On a tenté de dresser le tableau des caractéristiques multiples, changeantes et souvent contradictoires de la matière, afin de réouvrir le procès qu'on lui a toujours intenté : ainsi, ou bien elle s'offre à toutes les influences qu'elle subit, d'où sa passivité et son inconsistance, sa non-substantialité, ou bien elle résiste, mais on lui reprochera son insensibilité et sa ténacité obtuse. Corrélativement, on a voulu reprendre les analyses argumentées des philosophes à son sujet : celles des Anciens (Platon, Aristote, Epicure et Lucrèce), celles de l'âge classique (principalement les Cartésiens), celles du monde du XVIIIe (les Newtoniens), celles des modernes (le matérialisme dialectique même), sans oublier celles de ceux qui ont cru l'atteindre à travers des expériences-limites du moi, dans la résistance à l'effort, au cœur de l'oubli ou de l'habitude. Troisième moment de l'analyse, on a souhaité mettre en lumière comment la technologie des actuels matériaux, de même que l'art le plus contemporain, renouvelaient entièrement la conception du substrat. Une révolution s'accomplit sous nos yeux : l'histoire au présent des sciences expérimentales et la métamorphose de la plasticité permettent d'en prendre la mesure. Du coup, on ne peut plus reprendre les vieux énoncés du réquisitoire. Deux conséquences s'en dégagent : outre l'urgence de ce que nous appelons la " rematérialisation ", la -guerre sans merci qu'on déclare ouvertement ici à l'un des piliers de la métaphysique, le dualisme qui éloigne l'une de l'autre, pour de nombreuses raisons, l'intellectualité et la matérialité. On apprend au contraire à les lier inséparablement. Comment envisager cette possible réconciliation ?
Après l'atome, le gène. Pour la seconde fois en une génération, l'humanité se croit menacée par ses propres créations. Mais alors qu'hier les scientifiques invitaient les politiques à la retenue, ce sont aujourd'hui les politiques qui demandent de la retenue aux scientifiques. Avec le même résultat, le refoulement de l'interdit : au secret défense risque de s'ajouter le travail scientifique au noir. Philosophe et docteur en médecine, professeur à Lyon, puis à Paris I, François Dagognet a consacré son oeuvre épistémologique aux sciences fondamentales. Il s'engage ici avec rigueur et au péril de nos préjugés dans les controverses suscitées par les biotechnologies, pour s'adresser à tous ceux que déconcertent ces nouveaux pouvoirs de l'homme sur l'homme et qui voudraient comprendre avant de juger. Il montre comment notre culture, d'Aristote aux écologistes, en sacralisant le naturel opposé à l'artificiel comme le bien au mal, constitue un obstacle dont il convient de se débarrasser pour juger rationnellement les nouvelles techniques biologiques. Un tel jugement doit être fondé sur les principes mêmes de la vie. François Dagognet déduit ces principes d'une analyse des maillons essentiels de la chaîne du vivant (synthèse du sucre par les plantes, structure de l'ADN - sucre porteur du message génétique - et lois de l'hérédité de Mendel). C'est à partir de ces principes, scientifiques et non plus moraux, qu'il sépare le bon grain de l'ivraie biotechnologique. Dans un plaidoyer éloquent pour une politique de la vie, il expose les idées directrices d'une biopolitique visant l'intérêt général, qu'il souhaite voir supplanter la bioéthique de comité où la confrontation des intérêts particuliers n'aboutit qu'à des compromis bancals. La maîtrise du vivant a pour enjeu que le droit au bonheur ne soit plus un vain mot. G. J.
Ce livre s'emploie d'abord à déchiffrer des traces, des lignes, des figures naturelles, ensuite à tirer des règles générales de compréhension afin de fonder une science morphogénétique. Un paysage en devient un problème. Il ne se cantonne pas dans la seule géologie critique. Il s'attache à montrer les ressources offertes par une science de l'espace, c'est-à-dire l'études des étalements, des rencontres et des distributions. La projection sur le sol des données peut les éclairer. Plus, la psychologie, la maladie mentale ont elles-mêmes bénéficié de cette optique topographique, parce que les hommes ne se conçoivent qu'à travers les réseaux et les emplacements qui les définissent. L'espace n'est plus un cadre ou un contenant, mais un opérateur décisif d'analyse et de constitution. Le savant gagne à se situer en des points-centres ou noeuds qui autorisent une lecture synoptique, de même que les groupes se doivent d'explorer, voire de modifier les positions de leurs éléments, ainsi que les liens qui les joignent. Cette néo-géographie va d'une science du paysage et des indices à l'examen des rapports souterrains, des chemins insoupçonnés et des communications sociales.
Généralement cité pour mémoire, Francis Hutcheson (1694-1746) mérite d'être lu dans le texte. La question de la nature et des rapports du Beau, du Bien, du Vrai et du Juste se pose à lui dans un contexte renouvelé : il s'agit, dans le cadre de la théorie lockienne des idées, et contre la rationalité pratique d'un Hobbes ou d'un Mandeville, d'aller plus loin que Shaftesbury pour sauver la morale du relativisme. Identifier, au coeur de la vertu, la spécificité du sens et du sensible face aux calculs de la raison, telle est la tâche que Hutcheson s'est assignée. Sa postérité, de Hume et Kant, qui lui doivent beaucoup, s'étend jusqu'à la philosophie analytique, qui voit en lui l'initiateur original de questions actuelles.
Nombreuse, infiniment ondoyante et diverse, cette pensée n'est qu'une charité toujours active dont le mouvement incessant tend vers des objets qui nous échappent ou vers les aspects inconnus de ceux que nous percevions déjà. Comment suivre une telle pensée sans être cette pensée même (...)? ". Le présent ouvrage tente une réponse en même temps qu'il pose la question. Considérant que les écrits de Bonaventure dessinent moins une progression linéaire qu'ils ne suivent un " ordre du coeur ", Etienne Gilson propose ici, après un chapitre introductif de nature biographique qui cherche l'homme derrière l'oeuvre, un parcours circulaire autour du centre de la synthèse bonaventurienne, le Verbe, incarné en la personne du Christ. C'est ainsi que se trouvent abordés les thèmes fondamentaux que sont la critique de la philosophie naturelle, l'évidence de l'existence de Dieu et le problème de la science et de la volonté divines, mais aussi la création, les corps inanimés, les animaux, l'âme humaine, les anges, ou encore l'illumination, la grâce et la béatitude. Ces études convergent et culminent tout à la fois dans un dernier chapitre qui s'attache à saisir l'esprit de ce penseur. A l'encontre de l'argument qui consiste à qualifier Bonaventure de mystique pour le reléguer hors de l'histoire de la philosophie, Etienne Gilson se propose de recourir précisément à cet argument pour l'y réintégrer : le sentiment mystique, pénétrant en effet toutes les couches de l'édifice, est ce qui lui confère sa systématicité, et une systématicité telle que cette mystique spéculative bonaventurienne partage seule avec la doctrine thomiste le titre de synthèse de la pensée scolastique tout entière. Tendant toujours vers une métaphysique de la mystique chrétienne comme vers son terme ultime, cette pensée témoigne simultanément de la nécessité de la science et de sa subordination aux " ravissements mystiques ", et se situe à la rencontre des influences de saint François, de saint Augustin et des exigences systématiques des Sommes de Thomas d'Aquin. L'oeuvre de Bonaventure marque ainsi un moment capital dans le long progrès par lequel la théologie scolastique parvint à l'unité d'un système.