Notre site web sera en maintenance ce mardi 3 février après-midi. Les commandes enregistrées ne subirons pas de retard de traitement.
POUR UNE THEORIE GENERALE DES FORMES
DAGOGNET
VRIN
29,00 €
Épuisé
EAN :9782711601653
Il existe une vie des formes, qui, si elle ne possède pas une autonomie absolue, n'est toutefois pas qu'un simple reflet passif des évolutions de la société mais un acteur essentiel de celles-ci : telle est la thèse originale que développe François Dagognet dans cet essai, paru pour la première fois en 1975. L'auteur y montre comment, au XVIIIe siècle notamment, se constitue, en rapport direct avec la révolution intellectuelle des Lumières et l'émergence d'un nouveau classicisme dans les arts, une nouvelle vision de l'espace, c'est-à-dire une nouvelle manière de l'occuper, de le délimiter et finalement de le construire. L'analyse met à jour le double rôle joué par l'espace, virtualité où l'infini des formes nouvelles prend sa source : " celui de miroir grâce auquel une culture se lit, se révèle, mais aussi celui qui précipite une révolution. Il reproduit et il produit ". L'espace contient toutes choses puisque ce n'est que par la forme que les choses s'attribuent dans l'espace, qu'elles deviennent des choses. Ainsi F. Dagognet parvient-il, tout au long de cet ouvrage, à discerner dans le tracé des routes, dans les plans de transformation des villes, dans l'architecture des monuments et dans les perspectives nouvelles adoptées par les peintres et les sculpteurs, toutes les innovations qui furent à l'origine des bouleversements du XVIIIe siècle, autant, voire davantage, que ne le furent les livres et les idées des philosophes.
La Philosophie s'est plus souciée du "sujet" (l'intérieur) que de "l'objet" (l'extérieur): elle a même craint que celui-ci, envahissant, ne se retourne sur celui-là et le déforme ou le contamine. Ici on marche en sens contraire; on ose contester l'un des fondements du savoir philosophique; on essaie d'abattre le mur qui abrite le champ culturel. Après tout, il n'y a rien qui ne puisse être remis en cause et nous tentons d'en profiter. Ne craignons pas cette démolition! Le sujet n'est d'ailleurs susceptible d'être rencontré que dans les "produits", du même coup, valorisés: ils enferment le travail, la création (leur style) et ils ne cessent aussi d'évoluer. On va jusqu'à reconnaître les bienfaits de l'Usine, le lieu de la fabrication illimitée, capable désormais de transformer même les liens sociaux. On discerne aussi, dans l'Art contemporain, des procédures industrielles. Partout, on vise une critique de "la critique de la société de consommation". On la défend contre ceux qui l'ont stigmatisée sans relâche. On se refuse aux lamentations habituelles
Ce livre s'emploie d'abord à déchiffrer des traces, des lignes, des figures naturelles, ensuite à tirer des règles générales de compréhension afin de fonder une science morphogénétique. Un paysage en devient un problème. Il ne se cantonne pas dans la seule géologie critique. Il s'attache à montrer les ressources offertes par une science de l'espace, c'est-à-dire l'études des étalements, des rencontres et des distributions. La projection sur le sol des données peut les éclairer. Plus, la psychologie, la maladie mentale ont elles-mêmes bénéficié de cette optique topographique, parce que les hommes ne se conçoivent qu'à travers les réseaux et les emplacements qui les définissent. L'espace n'est plus un cadre ou un contenant, mais un opérateur décisif d'analyse et de constitution. Le savant gagne à se situer en des points-centres ou noeuds qui autorisent une lecture synoptique, de même que les groupes se doivent d'explorer, voire de modifier les positions de leurs éléments, ainsi que les liens qui les joignent. Cette néo-géographie va d'une science du paysage et des indices à l'examen des rapports souterrains, des chemins insoupçonnés et des communications sociales.
La philosophie, souvent, a mis en garde contre l'image - une sorte de décalque du réel - et aussi contre l'écriture, sorte de double de la parole, mais évidemment muette et tyrannisante. La voix a donc été privilégiée. Ecriture et Iconographie s'oppose à ce procès. Il montre comment et pourquoi le textuel (l'écrire et le lire) l'emporte sur le vocal, en dépit du rythme et de la chaleur de celui-ci. L'extériorisation ne doit pas être tenue pour une déchéance mais plutôt pour une procédure qui éclaire ce qui est projeté et qui, par là, le révèle. Un second moment relève de l'épistémologie : nous tentons de mettre en évidence comment la science s'est attachée à préciser et à affiner le configurationnel. Qu'il s'agisse d'une molécule ou d'une pierre ou d'un végétal, elle parvient à le ré-écrire et à le traduire en un " corps idéal " - une formule développée à partir de laquelle elle induira et déroulera ses propriétés. Dans un troisième temps, est rapproché le travail du peintre de celui du savant, parce que lui aussi, loin de nous restituer simplement le réel, le transpose à l'intérieur d'un tableau minimal, ce qui ne l'empêche pas de le découvrir et surtout de l'intensifier. Le moins, curieusement, donne le plus. L'artiste a gagné à ne pas coïncider avec le réel mais à viser à le re-présenter.
Cet ouvrage, initialement publié sous le titre Nature en 1990, ici augmenté d'une communication de Georges Canguilhem, La question de l'écologie, est toujours d'actualité. Le mot de " nature " recouvre tellement de sens qu'il finit généralement par inclure le même et son contraire. De plus, chaque siècle l'a transformé et surchargé de problèmes spécifiques ou de fonctions nouvelles, ce qui ajoute à l'indéfinissable. Nous tenterons de démêler cet écheveau tant notionnel qu'historique. Le philosophe doit d'autant plus s'attacher à ce thème carrefour qu'il se situe à la rencontre de nombreuses disciplines : la théologie, la morale, la science, le droit, l'art. Nous en appellerons d'ailleurs à toutes. Il va de soi que nous ne pouvons pas, aujourd'hui, ne pas aborder les problèmes de l'écologie et de l'environnement parce que le monde moderne, c'est-à-dire industrialisé, se réclame d'une " nature à préserver ", afin de nous sauver de la pollution et même de l'asphyxie. La nature tient alors un rôle purificateur, défensif. Ce livre s'est d'abord voulu une spectrographie : suivre l'idée de la nature et ses fonctions, depuis son avènement chez les Grecs. Ensuite il s'emploie à réfuter " le naturalisme ", mythe dangereux, envahissant, séduisant même. Il tente de lui dérober ce qui fascine en lui, afin de lui enlever sa raison d'être et ainsi de nous en garder. Bref, il propose un point de vue à la fois panoramique et critique.
Des religieux voués à la prédication peuvent-ils se reconnaître "une vocation universitaire" ? L'Université, de son côté, est-elle prête à recevoir et intégrer la collaboration de "frères prêcheurs" ? En 1907, quelques jeunes dominicains français, professeurs au "Saulchoir" , en Belgique, où ils étaient alors exilés par les lois anti-congréganistes, créaient la Revue des Sciences philosophiques et théologiques : ils se donnaient ainsi un instrument qui leur permettrait de communiquer au public savant non seulement les fruits de leurs propres travaux, mais aussi les résultats d'autres spécialistes engagés dans les mêmes disciplines et de nourrir par là un dialogue constant au sein de la recherche universitaire. En 2007, célébrant son centenaire par un colloque à l'Institut Catholique de Paris, la revue a voulu évaluer la pertinence des intuitions qui présidèrent à sa fondation et dresser un inventaire critique de ses principales réalisations. L'intérêt des contributions ici rassemblées dépasse celui de l'histoire d'un siècle d'études dans l'Ordre des Prêcheurs : on y trouve des ressources originales pour penser aujourd'hui la question du rapport entre culture universitaire et appartenances religieuses, raison et foi.