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ELOGE DE L'OBJET POUR UNE PHILOSOPHIE DE LA MARCHANDISE
DAGOGNET
VRIN
29,00 €
Épuisé
EAN :9782711609956
La Philosophie s'est plus souciée du "sujet" (l'intérieur) que de "l'objet" (l'extérieur): elle a même craint que celui-ci, envahissant, ne se retourne sur celui-là et le déforme ou le contamine. Ici on marche en sens contraire; on ose contester l'un des fondements du savoir philosophique; on essaie d'abattre le mur qui abrite le champ culturel. Après tout, il n'y a rien qui ne puisse être remis en cause et nous tentons d'en profiter. Ne craignons pas cette démolition! Le sujet n'est d'ailleurs susceptible d'être rencontré que dans les "produits", du même coup, valorisés: ils enferment le travail, la création (leur style) et ils ne cessent aussi d'évoluer. On va jusqu'à reconnaître les bienfaits de l'Usine, le lieu de la fabrication illimitée, capable désormais de transformer même les liens sociaux. On discerne aussi, dans l'Art contemporain, des procédures industrielles. Partout, on vise une critique de "la critique de la société de consommation". On la défend contre ceux qui l'ont stigmatisée sans relâche. On se refuse aux lamentations habituelles
Il existe une vie des formes, qui, si elle ne possède pas une autonomie absolue, n'est toutefois pas qu'un simple reflet passif des évolutions de la société mais un acteur essentiel de celles-ci : telle est la thèse originale que développe François Dagognet dans cet essai, paru pour la première fois en 1975. L'auteur y montre comment, au XVIIIe siècle notamment, se constitue, en rapport direct avec la révolution intellectuelle des Lumières et l'émergence d'un nouveau classicisme dans les arts, une nouvelle vision de l'espace, c'est-à-dire une nouvelle manière de l'occuper, de le délimiter et finalement de le construire. L'analyse met à jour le double rôle joué par l'espace, virtualité où l'infini des formes nouvelles prend sa source : " celui de miroir grâce auquel une culture se lit, se révèle, mais aussi celui qui précipite une révolution. Il reproduit et il produit ". L'espace contient toutes choses puisque ce n'est que par la forme que les choses s'attribuent dans l'espace, qu'elles deviennent des choses. Ainsi F. Dagognet parvient-il, tout au long de cet ouvrage, à discerner dans le tracé des routes, dans les plans de transformation des villes, dans l'architecture des monuments et dans les perspectives nouvelles adoptées par les peintres et les sculpteurs, toutes les innovations qui furent à l'origine des bouleversements du XVIIIe siècle, autant, voire davantage, que ne le furent les livres et les idées des philosophes.
Ce livre s'emploie d'abord à déchiffrer des traces, des lignes, des figures naturelles, ensuite à tirer des règles générales de compréhension afin de fonder une science morphogénétique. Un paysage en devient un problème. Il ne se cantonne pas dans la seule géologie critique. Il s'attache à montrer les ressources offertes par une science de l'espace, c'est-à-dire l'études des étalements, des rencontres et des distributions. La projection sur le sol des données peut les éclairer. Plus, la psychologie, la maladie mentale ont elles-mêmes bénéficié de cette optique topographique, parce que les hommes ne se conçoivent qu'à travers les réseaux et les emplacements qui les définissent. L'espace n'est plus un cadre ou un contenant, mais un opérateur décisif d'analyse et de constitution. Le savant gagne à se situer en des points-centres ou noeuds qui autorisent une lecture synoptique, de même que les groupes se doivent d'explorer, voire de modifier les positions de leurs éléments, ainsi que les liens qui les joignent. Cette néo-géographie va d'une science du paysage et des indices à l'examen des rapports souterrains, des chemins insoupçonnés et des communications sociales.
L'automatisation des tâches, le remplacement et la transformation des support ont bouleversé l'antique problème de la moisson des données, celui de la Mémoire culturelle. Il ne suffit pas de collecter, il faut classer et soumettre à une grille d'appréhension, qu'on ne cesse pas d'affiner, toutes les informations recueillies. Après quoi, de cette savante " mise en forme " jailliront des conclusions : ce traitement qualificatif permet déjà de régénérer le savoir. A partir d'exemples, l'auteur tente de dégager et d'illustrer ce " triplet " a) enregistrer ou capter ; b) concentrer et organiser et c) améliorer et transfigurer des messages. L'art lui-même est touché, autant que la science ou la société, par cette méthode générale de la Collection. Ainsi, le Musée, malgré ses détracteurs, ne sert pas à récapituler le passé, mais précisément à empêcher son retour, à indiquer les chemins explorés qu'on ne peut plus emprunter. S'il nous montre la vie étincelante d'hier, il nous incite moins à la ressusciter qu'à la prolonger. Finalement cette discipline, qui crée de l'information à partir d'elle-même, rassemblée et ramassée, est appelée à tout révolutionner, autant le savoir que la vie des hommes. On s'est appliqué à ne pas trop manquer ce rendez-vous avec la modernité.
Ce livre traite de l'image, mais aussi, plus généralement, de la copie, du double, de la représentation, du calque, du sosie... La philosophie, à juste titre, a mis en garde contres ces si dangereux reflets. Ne doit-on pas préférer ce qui est à ce qui l'imite ou le mime ? Méfions-nous des leurres ! Cependant, on est revenu sur cette séculaire et injuste condamnation. La technologie moderne a peu à peu sauvé celle qu'on avait trop infériorisée et éloignée. Et quelle victoire ! L'image numérique, donc celle de synthèse, l'arrache à une servitude que les philosophes classiques et même plus modernes avaient scellée. L'électro-optique, la tomodensitométrie (scannographie), l'holographie, entre autres, multiplient les prouesses libératrices. Dans le passé, la photographie, voire la radiographie avaient déjà ébranlé les anciennes positions. La guerre commençait. L'imagerie déferle donc, ainsi que l'industrie noire des contrefaçons, des plagiats, des pseudo-répliques, du pastiche. Les trucages et la fraude. Mais où situer aujourd'hui le vrai et le faux ? Comment distinguer le modèle et son équivalent ? Les vieilles frontières, comme on le montrera, s'estompent. Quel branle-bas et quelle fête aussi ! On a voulu prendre acte de cette nouveauté. Hâtons-nous, malgré le danger de nous y perdre, d'engager la philosophie que nous croyons réticente dans ce tourbillon.
Des religieux voués à la prédication peuvent-ils se reconnaître "une vocation universitaire" ? L'Université, de son côté, est-elle prête à recevoir et intégrer la collaboration de "frères prêcheurs" ? En 1907, quelques jeunes dominicains français, professeurs au "Saulchoir" , en Belgique, où ils étaient alors exilés par les lois anti-congréganistes, créaient la Revue des Sciences philosophiques et théologiques : ils se donnaient ainsi un instrument qui leur permettrait de communiquer au public savant non seulement les fruits de leurs propres travaux, mais aussi les résultats d'autres spécialistes engagés dans les mêmes disciplines et de nourrir par là un dialogue constant au sein de la recherche universitaire. En 2007, célébrant son centenaire par un colloque à l'Institut Catholique de Paris, la revue a voulu évaluer la pertinence des intuitions qui présidèrent à sa fondation et dresser un inventaire critique de ses principales réalisations. L'intérêt des contributions ici rassemblées dépasse celui de l'histoire d'un siècle d'études dans l'Ordre des Prêcheurs : on y trouve des ressources originales pour penser aujourd'hui la question du rapport entre culture universitaire et appartenances religieuses, raison et foi.
Ce livre n'est pas un exposé de la métaphysique cartésienne, mais s'attache à la pensée qui l'anime et qui cherche en elle son expression. Ce mot "expression" introduit un premier postulat : une philosophie n'a de sens que par référence à une certaine vision du monde dont précisément elle veut être l'expression. A l'origine il y a un esprit qui regarde l'univers, l'homme, Dieu et qui s'étonne de les voir comme on ne les a encore jamais vus. Qui dit "expression" dit donc volonté de communication. La vision du monde - c'est le second postulat - n'est en aucune façon une sorte d'essence intemporelle et elle ne peut être séparée de son "environnement" historique. Ainsi tout texte a deux contexte : l'ensemble ordonné d'idées duquel il tient son sens et un certain dialogue qu'il doit rendre propice à la transmission de ce sens.