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Histoire & Mesure Volume 32 N° 1/2017 : Le chiffre et la carte
Bruno Anne-Sophie
EHESS
23,00 €
Épuisé
EAN :9782713227011
L'histoire de la statistique et la cartographie historique ont connu un développement considérable durant les cinquante dernières années et ont largement bénéficié des avancées des sciences sociales pendant la même période, la première, par exemple, se transformant en une sociohistoire de la mesure ou de la quantification. Ces deux disciplines sont pratiquées avec bonheur en Amérique latine et ce numéro en apporte la preuve avec plusieurs travaux produits par des latino-américanistes d'Argentine, du Brésil et du Mexique et qui concernent aussi bien l'introduction du système métrique, la genèse contrastée des comptes nationaux et de la planification, l'évolution comparée des systèmes statistiques et l'émergence d'une politique de précision. Avec leurs collègues français, auteurs ou co-auteurs de deux études consacrées au recensement de la Siempre fiel Isla de Cuba et à la modernisation foncière en Amazonie brésilienne, ils montrent la fécondité d'une réflexion sur le chiffre et la carte, deux technologies particulièrement puissantes et dont les effets sur le social et le politique sont multiples.
Depuis que l'économie des institutions a pris son essor dans les années 1960-1970, cette approche particulière a rencontré un très large succès. Suivant cette démarche, les institutions - institutions publiques, entreprises... - ont été mises au coeur de l'analyse afin de regarder d'un oeil nouveau les marchés et les institutions précapitalistes en Europe et ailleurs, sur la longue durée. Cependant, si toutes les institutions et les formes économiques trouvent leur justification, alors comment expliquer leurs transformations, voire disparitions, et la formation de nouvelles institutions sans tomber dans une justification ex-post ? Comment mesurer l'efficacité des institutions ? Comment prouver que le changement institutionnel a été le fait de cette efficacité plus élevée ? C'est à partir de ce questionnement que nous avons décidé de demander à des auteurs travaillant sur des périodes et des régions différentes du monde de préciser le rôle des institutions et des marchés dans leurs domaines respectifs : les corvées et le travail en France au XVIIIe siècle ; le crédit au Japon au XIXe et XXe siècle ; les services et les communications en URSS ; les institutions dans l'Afrique post-coloniale.
Après un retour sur trente ans d'Histoire & Mesure, un premier dossier thématique traite de la ville médiévale et de ses bâtisseurs. Grâce à la géolocalisation des muqarnas, M. Marcos Cobaleda et F. Pirot analysent la diffusion de l'art almoravide dans la Méditerranée médiévale. Par une analyse spatiale des marques lapidaires, A. M. Yuste Galàn, J. Passini et F. Pirot reconstituent quant à eux les étapes de la construction du cloître de la cathédrale de Tolède par différents ateliers de tailleurs de pierres. Le second dossier porte sur la mesure des affaires judiciaires à l'époque moderne. B. Dauven quantifie les actes de rémission en Brabant au XVIe et au XVIIe siècle, qui témoignent de l'affirmation du pouvoir du prince dans la résolution des conflits et le contrôle des homicides. A. Peter analyse de son côté les déterminants des jugements pour faux témoignages rendus par le Parlement de Paris au XVIIe et au XVIIIe siècle, révélant leur sensibilité au contexte politique et aux caractéristiques sociales des témoins. Enfin, la cartographie sociale des organisations et des personnes engagées dans la lutte contre les fléaux sociaux, dressée par F. Cahen et A. Minard pour la France de l'entre-deux-guerres, met en évidence l'existence d'un espace commun d'engagement et d'une polarisation relative opposant un pôle "familial-moral" et un sous-ensemble associatif fondé sur l'hygiène sociale.
Bruno Anne-Sophie ; Geerkens Eric ; Hatzfeld Nicol
L'importance croissante des questions de santé au travail appelle de multiples mises en perspective historiques. Les textes rassemblés dans ce livre traitent de la production des savoirs, de l'action des forces sociales et du jeu des institutions à l'égard de la santé des travailleurs, au cours de deux siècles d'industrialisation. Chacun de ces trois thèmes forme une partie du livre. La première porte donc sur les connaissances. Au cours de cette période s'élaborent des savoirs marqués par une tension entre progrès des connaissances et dénis des risques, sous divers arguments. Le passage de la connaissance à l'expertise traduit la pleine insertion de cette connaissance dans le jeu social. La seconde section étudie les politiques de santé au travail menées dans les entreprises. Qu'il s'agisse de la prévention ou de la place accordée aux activités médicales, la superposition des objectifs, faisant certes la part belle à la défense des intérêts patronaux, entraîne une complexité de pratiques. Entre autres facteurs, le secteur d'activité, la taille des entreprises et leur statut, public ou privé, éclairent les politiques suivies. La troisième partie s'attache au jeu de différents acteurs et institutions. À rebours de certaines visions courantes, plusieurs contributions montrent des syndicats s'engageant dans la défense de la santé des travailleurs, face à un patronat dont l'attitude varie selon les secteurs, les conjonctures et les risques concernés. Un prologue aborde la période dans une perspective transnationale. Partant d'une revue de la recherche dans différents pays, il réexamine les combinaisons nationales successives, en prenant en compte les dimensions politiques, économiques et sociales de la santé au travail. Il souligne de nombreuses régularités dans le jeu des acteurs, qui mettent en perspective les régimes de responsabilité ou d'assurances et leurs évolutions.
Les étrangers ont longtemps été les grands oubliés des enquêtes en France. Depuis le retournement de conjoncture des années 1970 et 1'apparition du chômage de masse, les inégalités et l'intégration sur le marché du travail sont devenues des questions centrales du débat public. Véritable " mosaïque " multiculturelle héritée de la période coloniale, les migrants de Tunisie constituent un laboratoire hors du commun pour étudier les phénomènes de discrimination au travail, en raison notamment de la multiplicité des motivations qui amenèrent ces populations sur le sol français et de leurs parcours en Tunisie comme en France. Les Tunisiens connaissent-ils une plus faible mobilité sociale que les Français de Tunisie ? Leur trajectoire individuelle suit-elle les mêmes chemins que les actifs français ? Sont ils, parce qu'étrangers, voués aux emplois sous-qualifiés et pendant toute leur carrière ? A l'aide des méthodes statistiques les plus récentes, Anne-Sophie Bruno propose une nouvelle manière d'appréhender le marché du travail et les trajectoires socioprofessionnelles, et procède à une relecture historienne des théories économiques. En croisant l'étude de centaines de données employeurs-salariés avec des entretiens individuels, elle rappelle que les mécanismes sociaux mis en évidence par les statistiques s'incarnent de façon complexe dans des expériences de vie singulières, celles de César, Azzedine, Zouiza et les autres.
Depuis le début des années 1990, la plupart des hôpitaux européens ont révolutionné les pratiques entourant la mort du foetus ou du nourrisson. Escamoter l'enfant mort et inciter les parents à "passer à autre chose", tel était l'usage jusqu'alors. Apprendre à "faire son deuil", telle est la règle désormais. Le deuil devient volontariste, presque appliqué. Mais le plus surprenant est sans doute l'invite systématiquement faite aux parents de regarder leur enfant mort. Internationale, cette mutation fut aussi radicale: en dix ans, une page de l'histoire de la mort enfantine a été tournée. Elle cristallise une nouvelle manière de saluer les morts rendant essentielles la matérialité et l'incarnation du souvenir. Que s'est-il passé pour que la présentation ou la représentation du corps devienne, ou redevienne, incontournable pour penser la perte? Un simple retour au passé? Fétichisation du corps et psychologisation de son usage: le corps, la chair, le donné biologique sont appelés au secours des psychés. Mais le phénomène se limite-t-il bien au cas des bébés morts? Que nous suggère-t-il de la redéfinition contemporaine des identités?
Georges Guille-Escuret bouscule un des tabous de la civilisation: le cannibalisme. II soumet au crible d'une analyse incisive le regard porté par les sciences sociales sur l'anthropophagie. Entre les récits d'explorateurs, les témoignages de missionnaires et les commentaires de savants, se dessine une épistémologie à double sens, portant sur la confrontation entre la culture des peuples observés et celle des observateurs. Le cannibalisme se révèle une formidable loupe pour observer les antagonismes de pensée autour du rapport nature/culture. Il permet aussi de mettre au jour la dimension historique de l'exotisme. Ce livre, tout en réinsérant le cannibalisme parmi les sujets anthropologiques, prétend combattre efficacement l'ethnocentrisme et le mépris du "sauvage" dans la "civilisation".
Septembre 1993 : Serge Moscovici devient docteur honoris causa de l'université de Séville. Le discours qu'il prononce alors allie bilan critique de la théorie des représentations sociales. retour réflexif sur son propre parcours et nouveaux horizons de recherche. Avec ce texte inédit. Moscovici érige la psychologie sociale, dont il est l'un des fondateurs, en véritable anthropologie du monde contemporain.