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Histoire & Mesure Volume 31 N° 2/2016 : Varia
Bruno Anne-Sophie ; Hautcoeur Pierre-Cyrille
EHESS
23,00 €
Épuisé
EAN :9782713225222
Après un retour sur trente ans d'Histoire & Mesure, un premier dossier thématique traite de la ville médiévale et de ses bâtisseurs. Grâce à la géolocalisation des muqarnas, M. Marcos Cobaleda et F. Pirot analysent la diffusion de l'art almoravide dans la Méditerranée médiévale. Par une analyse spatiale des marques lapidaires, A. M. Yuste Galàn, J. Passini et F. Pirot reconstituent quant à eux les étapes de la construction du cloître de la cathédrale de Tolède par différents ateliers de tailleurs de pierres. Le second dossier porte sur la mesure des affaires judiciaires à l'époque moderne. B. Dauven quantifie les actes de rémission en Brabant au XVIe et au XVIIe siècle, qui témoignent de l'affirmation du pouvoir du prince dans la résolution des conflits et le contrôle des homicides. A. Peter analyse de son côté les déterminants des jugements pour faux témoignages rendus par le Parlement de Paris au XVIIe et au XVIIIe siècle, révélant leur sensibilité au contexte politique et aux caractéristiques sociales des témoins. Enfin, la cartographie sociale des organisations et des personnes engagées dans la lutte contre les fléaux sociaux, dressée par F. Cahen et A. Minard pour la France de l'entre-deux-guerres, met en évidence l'existence d'un espace commun d'engagement et d'une polarisation relative opposant un pôle "familial-moral" et un sous-ensemble associatif fondé sur l'hygiène sociale.
Les étrangers ont longtemps été les grands oubliés des enquêtes en France. Depuis le retournement de conjoncture des années 1970 et 1'apparition du chômage de masse, les inégalités et l'intégration sur le marché du travail sont devenues des questions centrales du débat public. Véritable " mosaïque " multiculturelle héritée de la période coloniale, les migrants de Tunisie constituent un laboratoire hors du commun pour étudier les phénomènes de discrimination au travail, en raison notamment de la multiplicité des motivations qui amenèrent ces populations sur le sol français et de leurs parcours en Tunisie comme en France. Les Tunisiens connaissent-ils une plus faible mobilité sociale que les Français de Tunisie ? Leur trajectoire individuelle suit-elle les mêmes chemins que les actifs français ? Sont ils, parce qu'étrangers, voués aux emplois sous-qualifiés et pendant toute leur carrière ? A l'aide des méthodes statistiques les plus récentes, Anne-Sophie Bruno propose une nouvelle manière d'appréhender le marché du travail et les trajectoires socioprofessionnelles, et procède à une relecture historienne des théories économiques. En croisant l'étude de centaines de données employeurs-salariés avec des entretiens individuels, elle rappelle que les mécanismes sociaux mis en évidence par les statistiques s'incarnent de façon complexe dans des expériences de vie singulières, celles de César, Azzedine, Zouiza et les autres.
L'histoire de la statistique et la cartographie historique ont connu un développement considérable durant les cinquante dernières années et ont largement bénéficié des avancées des sciences sociales pendant la même période, la première, par exemple, se transformant en une sociohistoire de la mesure ou de la quantification. Ces deux disciplines sont pratiquées avec bonheur en Amérique latine et ce numéro en apporte la preuve avec plusieurs travaux produits par des latino-américanistes d'Argentine, du Brésil et du Mexique et qui concernent aussi bien l'introduction du système métrique, la genèse contrastée des comptes nationaux et de la planification, l'évolution comparée des systèmes statistiques et l'émergence d'une politique de précision. Avec leurs collègues français, auteurs ou co-auteurs de deux études consacrées au recensement de la Siempre fiel Isla de Cuba et à la modernisation foncière en Amazonie brésilienne, ils montrent la fécondité d'une réflexion sur le chiffre et la carte, deux technologies particulièrement puissantes et dont les effets sur le social et le politique sont multiples.
Première de ce type tentée en France, l'enquête socio-démographique présentée dans ce dossier vise à reconstruire le cycle de vie de centaines de familles de Charleville sur une période allant de la fin du XVIIe siècle à la fin du XIXe siècle. En couplant les données nominatives issues des dénombrements annuels avec celles des registres paroissiaux. d'état-civil et des actes notariés, l'enquête permet tout d'abord de constituer un système de métabases qui a vocation à perdurer et qui s'inscrit dans la tradition des grandes enquêtes démographiques et sociologiques réalisées en France depuis un demi-siècle ("Trois générations", "TRA"). Par sa taille relativement modeste, ses multiples activités et son histoire démographique complexe, Charleville offre par ailleurs un cadre adapté à une enquête approfondie, dont les données s'adaptent à une grande diversité de questions en histoire de la démographie et de la famille (évolution de la structure des ménages. mobilité urbaine, crise démographique, etc.). L'enquête est ainsi ouverte à une variété d'exploitations qui seront mises en oeuvre dans les années à venir.
Georges Guille-Escuret bouscule un des tabous de la civilisation: le cannibalisme. II soumet au crible d'une analyse incisive le regard porté par les sciences sociales sur l'anthropophagie. Entre les récits d'explorateurs, les témoignages de missionnaires et les commentaires de savants, se dessine une épistémologie à double sens, portant sur la confrontation entre la culture des peuples observés et celle des observateurs. Le cannibalisme se révèle une formidable loupe pour observer les antagonismes de pensée autour du rapport nature/culture. Il permet aussi de mettre au jour la dimension historique de l'exotisme. Ce livre, tout en réinsérant le cannibalisme parmi les sujets anthropologiques, prétend combattre efficacement l'ethnocentrisme et le mépris du "sauvage" dans la "civilisation".
Observer, participer, comprendre, décrire sont les étapes clés du travail de l'ethnographe. Elles ont donné lieu à de véritables controverses, d'autant plus intenses que s'est accru l'engagement du chercheur dans la cité. Présentant des textes récents, mais déjà classiques, L'engagement ethnographique se lit comme une anthologie de réflexions sur le travail de terrain. Enquêter, c'est s'engager dans des activités, s'impliquer dans des échanges, collecter des informations et, dans le même mouvement, transformer des savoirs et se transformer soi-même. L'expérience du terrain est ici irremplaçable: elle permet une pensée en prise sur le concret. Et contre tout dogmatisme, elle aide à trouver de nouvelles solutions à des problèmes éthiques et politiques. Du terrain aux comptes rendus de situations sociales, l'ethnographie est, plus qu'une méthode, un art de mener l'enquête. Ses pratiques ont connu de grandes transformations, à l'épreuve de la mondialisation. Elles s'enrichissent des apports de l'histoire et de l'analyse de réseaux. De territoire circonscrit, le terrain devient flux. La tâche de l'ethnographe est désormais de suivre de site en site des personnes, des capitaux, des marchandises, des techniques, des histoires, des conflits... Il se retrouve aux avant-postes de la réflexion sur la globalisation.