Première de ce type tentée en France, l'enquête socio-démographique présentée dans ce dossier vise à reconstruire le cycle de vie de centaines de familles de Charleville sur une période allant de la fin du XVIIe siècle à la fin du XIXe siècle. En couplant les données nominatives issues des dénombrements annuels avec celles des registres paroissiaux. d'état-civil et des actes notariés, l'enquête permet tout d'abord de constituer un système de métabases qui a vocation à perdurer et qui s'inscrit dans la tradition des grandes enquêtes démographiques et sociologiques réalisées en France depuis un demi-siècle ("Trois générations", "TRA"). Par sa taille relativement modeste, ses multiples activités et son histoire démographique complexe, Charleville offre par ailleurs un cadre adapté à une enquête approfondie, dont les données s'adaptent à une grande diversité de questions en histoire de la démographie et de la famille (évolution de la structure des ménages. mobilité urbaine, crise démographique, etc.). L'enquête est ainsi ouverte à une variété d'exploitations qui seront mises en oeuvre dans les années à venir.
Après tant d'études consacrées aux crises de subsistances et aux crises démographiques, de nombreux problèmes sont restés en suspens. Le lien entre les deux types de crises reste mystérieux, la relation labroussienne entre crise agricole et crise industrielle fait problème, la gamme des parades imaginées par les gouvernants pour les surmonter n'a pas été suffisamment explorée et le degré d'extension du phénomène à travers l'espace européen n'a pas été interrogé. Ce sont quelques-unes des questions que ce numéro d'Histoire et Mesure entend éclairer en parcourant quatre siècles, du XVIe au XIXe siècle.
Le thème du prix de la mort de ce numéro s'inscrit dans un champ traditionnel des sciences humaines, mais l'approche quantitative le situe dans la continuité des enquêtes initiées par les historiens dans les années 1960-1970. Ces six articles étudient les pratiques d'acteurs sociaux et de corps rapportées aux offres institutionnelles et économiques, en Europe de l'Antiquité au XXe siècle. En mobilisant des sources variées avec des instruments de mesure différents, ils restituent des gradations et des comparaisons exprimables en termes d'une économie de la mort et du deuil. Au-delà des choix individuels, ils rattachent les échelles locales de la mort aux disparités socio-économiques et politiques, aux rangs, aux hiérarchies et aux fortunes, afin de prendre la mesure des valeurs économiques qui circulent autour de la mort.
Ce numéro de la revue Histoire & Mesure propose cinq articles distribués selon deux axes qui structurent l'orientation scientifique. Le premier s'attache à présenter un usage raisonné des chiffres destinés à mesurer l'histoire et le second aux méthodes de traitement de données historiques. Philippe Garraud s'applique à croiser des données chiffrées des victoires aériennes remportées et des pertes de l'armée de l'Air en 1940 pour porter un nouvel éclairage au débat politique et militaire sur la représentation du rôle de l'armée de l'Air pendant la Campagne de France. Par une minutieuse étude de cas sur les usages de la rente constituées par deux familles au XVIIe siècle, Elle Haddad veut saisir le crédit nobiliaire à la fois dans l'économie domestique et dans les relations sociales dont il dépend. Enfin, Nicolas Buat entreprend une histoire des prix et des conjectures d'Ancien Régime à Paris en lien avec la flambée et l'effondrement du prix des matières premières entre 2006 et 2008, à la lumière des analyses des marchés financiers. Pour quantifier la nuisance lupine en Provence au XVIIe siècle, Eric Fabre expose une méthode de la mise en relation des " évènements loup " avec divers paramètres descripteurs du milieu (cadastres, enquêtes agricoles et démographiques). A partir d'un corpus de retraités tunisiens ayant travaillé dans la région parisienne de 1960 à 1980, Anne-Sophie Bruno propose l'emploi de méthodes d'analyse multi-niveaux, comme instrument pour affiner la réflexion sur les inégalités salariales, relançant ainsi le débat disciplinaire et scientifique sur le choix de méthodes.
Dans les années 1970, Dominique Julia expliquait que beaucoup d'historiens venus de l'histoire économique et sociale à l'histoire culturelle " n'ont pas voulu abandonner les instruments de mesure quantitatifs qui avaient fait leurs preuves dans les secteurs les plus avancés de l'historiographie ". L'histoire de l'éducation n'est pas restée à l'écart de ce mouvement avec l'inventaire des ressources scolaires de l'Ancien Régime, l'alphabétisation, la sociologie du personnel enseignant et des élèves, l'histoire du matériau pédagogique ou les techniques disciplinaires. Quarante ans après, de nombreux thèmes ont été introduits et les méthodes se sont enrichies. La perspective de ce numéro est de faire le point sur les recherches récentes. Du côté des statistiques. il s'agit de l'analyse de leur production, de leur usage par l'administration et les pouvoirs, de leur utilisation par les historiens et leurs critiques. Ce faisant, ce numéro propose ainsi des articles sur les effets de la quantification comme aide à la " gouvernance " à tous les niveaux de la formation et de l'éducation en France et l'international.
Septembre 1993 : Serge Moscovici devient docteur honoris causa de l'université de Séville. Le discours qu'il prononce alors allie bilan critique de la théorie des représentations sociales. retour réflexif sur son propre parcours et nouveaux horizons de recherche. Avec ce texte inédit. Moscovici érige la psychologie sociale, dont il est l'un des fondateurs, en véritable anthropologie du monde contemporain.
Dans une Italie communale qui bénéficie, au cours des XIIe et XIIIe siècles d'un essor sans précédent de la production et des échanges, le paysage urbain se hérisse de tours, tandis que les rues résonnent en permanence du pas de ces puissants chevaux de guerre qui peuplent tant de fresques et de tableaux de la première Renaissance. Tours et chevaux symbolisent la supériorité d'une classe sociale, la militia, qui pendant longtemps restera ouverte à tous ceux qui ont les moyens d'acheter un cheval de guerre et de s'entraîner pour le combat monté. Composée pour l'essentiel de propriétaires fonciers, la militia n'en présente pas moins une grande diversité de conditions sociales qu'accentue encore la participation plus ou moins active de ses membres aux secteurs les plus dynamiques de l'économie marchande. Seuls en fait les profits tirés de la guerre et la défense des privilèges qui lui sont reconnus en échange de ses prestations militaires expliquent l'étonnante cohésion de cette classe et sa capacité à perpétuer un système de domination qui s'identifie, jusqu'au début du XIIIe siècle, avec le régime des consuls. Et pourtant, la militia se verra contrainte, en l'espace de quelques décennies, de renoncer à ses privilèges et d'abandonner le pouvoir à de nouvelles catégories de la population regroupées sous la bannière du popolo. Comment expliquer une débâcle aussi rapide ? Par l'irrésistible montée en puissance du popolo, sans aucun doute, et par les décisions internes de la militia. Mais elle apparaît plus encore comme la conséquence inévitable d'une culture de la haine qui, malgré tous les mécanismes destinés à en limiter les effets, conduit à l'implosion d'un tel système de domination.
Remaud Olivier ; Schaub Jean-Frédéric ; Thireau Is
Que signifie l'acte de comparer pour les sciences sociales ? Dans ce volume, la démarche comparative est vue comme un éloge de la pluralité: aucune science sociale ne peut se borner à l'étude d'un seul cas. Dès lors, chaque nouveau savoir, chaque nouvel échange entre disciplines se trouvent confrontés aux fausses évidences de leur irréflexion. On tend à décréter le comparable, à stipuler l'incomparable. Comparer en sciences sociales, c'est répondre aux défis du découpage et de l'asymétrie des objets. C'est également forger les outils d'une méthode qui s'ajuste à des écarts. Cet ouvrage reflète les approches très différenciées dans lesquelles s'inscrit la comparaison. Pour les uns, celle-ci est une ressource de l'analyse; pour les autres, elle constitue la matière d'un programme de recherche. Pour tous, l'acte de comparer pose le cadre théorique de leur réflexivité scientifique. Il définit aussi l'horizon d'un langage commun. Il désigne enfin l'objet observé: des sociétés composées d'acteurs qui ne cessent de qualifier leur situation par comparaison.