La crise climatique et environnementale n'est plus à notre porte. Elle est bien présente : rapports, études, mouvements citoyens ne cessent de la constater. Depuis le premier rapport du GIEC publié en 1990, le réchauffement planétaire n'a pas diminué, et, en 2023, l'optimisme climatique n'est pas à l'ordre du jour. Les Etats, les gouvernements, les institutions diverses et variées et les populations doivent impérativement en prendre conscience parce que, comme le soulignent les Nations Unies : " Les changements climatiques sont la question déterminante de notre époque et nous sommes à un moment décisif. De l'évolution des conditions météorologiques, qui ont des effets sur la production agricole et alimentaire, à l'élévation du niveau des mers, qui augmente les risques d'inondations, les conséquences des changements climatiques sont mondiales en termes d'effets et d'échelle. Sans action immédiate, il sera beaucoup plus difficile et coûteux de s'adapter aux conséquences futures de ces changements ". Face à cette urgence, quel rôle peuvent jouer les Sciences humaines ? En quoi peuvent-elles aider à repenser la relation que nous entretenons individuellement et collectivement avec l'environnement ? Comment peuvent-elles travailler à modifier les représentations et les comportements ? Sur le front de la prise de conscience, aux côtés de l'histoire, de la géographie, de la linguistique et des écritures de création, la littérature sous toutes ses formes et tous ses genres, en explorant les savoirs scientifiques sur le terrain des imaginaires, monte, de toute évidence, en première ligne.
Résumé : La littérature haïtienne contemporaine occupe aujourd'hui une place essentielle parmi les littératures francophones. Régulièrement consacrée par des prix littéraires prestigieux, elle présente de multiples visages, encore mal connus en France. Son inventivité est liée au rapport très spécifique qu'elle entretient avec la langue française. Elle est également marquée par le poids de l'histoire et par une place majeure accordée à la poésie féminine. En raison de l'exil de nombreux écrivains haïtiens, elle est à l'origine de la notion féconde d'écriture migrante. Plus qu'une autre, c'est une littérature hors frontière. Pour mettre en lumière ces aspects foisonnants, cet ouvrage donne la parole à des écrivains aussi bien qu'à des chercheurs universitaires.
Résumé : Etudiant opposant à l?Empire, Georges Clemenceau a mené tous ses combats pour fonder, organiser et défendre la République. Sans relâche, avec passion et ténacité, il a voulu la construire plus juste et plus libre. Avec un journal, des alliés ou des ennemis, des coups de gueule et des coups de coeur, il a participé à tous les grands moments fondateurs de la Troisième République : 1870, la Commune de Paris, les lois constitutionnelles, l?Affaire Dreyfus, Séparation de l?Eglise et de l?Etat, la Première guerre mondiale ?. Homme étonnamment pluriel, tour à tour conseiller municipal député, sénateur, ministre, président du Conseil, esthète et voyageur, il a choisi la République pour unique destin.
En ce XXIe siècle, les études de genre revitalisent la réflexion historique sur les relations femmes - hommes. Le dossier du numéro six de L'Année Clemenceau questionne le rapport que Georges Clemenceau a entretenu avec les femmes, non plus seulement à travers les yeux du Tigre mais aussi du côté de celles qui l'ont rencontré, aimé ou détesté. Ce changement de point de vue permet de découvrir quelles représentations ont pu animer Louise Michel, Séverine, la comtesse d'Aunay, sa fille Madeleine, Berta Zuckerkandl ou Marguerite Baldensperger... Autant de femmes célèbres ou oubliées, à jamais anonymes comme l'est Fleur de Froment, amour d'enfance en Vendée. Débutant par une rubrique d'inédits composée uniquement de lettres de femmes, Clemenceau au féminin s'achève sur quatre articles qui révèlent les difficultés financières chroniques du Père la Victoire, son jeu à la tribune avec les émotions de ses collègues parlementaires et son souci de la jeunesse lors de l'inauguration du monument aux morts du lycée de Nantes. Editorial Jean-Noël Jeanneney Inédits & Insolite Lettre de Mary Plummer / Lettres de Marguerite Baldensperger / Lettre de Clotilde Benoni /Insolite Le cigare Clemenceau Recherches clemencistes Du côté des femmes, Sylvie Brodziak / Clemenceau, ami et mentor de la critique d'art autrichienne Berta Zuckerkandl, Armelle Weirich /Le Maître et Marguerite Amoureux jusqu'au dernier jour, Nathalie Saint-Cricq / La femme est-elle un animal politique ? , Samuël Tomei Madeleine Clemenceau Jacquemaire, une intellectuelle de l'entre-deux-guerres, Martine Allaire / A propos d'une exposition : trois statues de femmes, Jacqueline Lalouette Autres recherches / Bibliographie et notes de lecture / Ephéméride / Entretien Rencontre avec Guy Wormser, Sylvie Brodziak / Actualités
Résumé : Dans un monde où les préoccupations environnementales sont devenues majeures, la nourriture est l'objet de toutes les attentions. Transformée, analysée, testée, calibrée, réglementée, mais aussi suspectée, mise en scène, célébrée, remémorée, elle est à la fois objet matériel et symbolique. Véritable marqueur patrimonial à la fois stable et en perpétuel mouvement, la cuisine ou "manière d'apprêter les aliments" accueille le terroir et l'ailleurs, le naturel et le synthétique, l'authentique et le transformé. Oscillant sans cesse entre tradition et innovation, le patrimoine culinaire mobilise de nouvelles ressources, engendre de nouvelles manières de dire et de faire, suscite de nouvelles postures qu'il est nécessaire de définir et d'interroger.
Comment dire le sacré ? Comment nommer et transmettre ce qui nous dépasse et dont on ignore la vraie nature ? Le sacré s'inscrit dans cet écart que l'humain, de tout temps et en tout lieu, investit de sentiments et d'émotions opposés. Le sacré induit en effet autant la crainte que l'attrait, autant l'effroi que l'adhésion. Il stimule autant l'aspiration à la plus grande des libertés que la soumission à la pire des sujétions. Il éclaire la dimension la plus intime de l'être, comme il fédère avec la plus grande force les plus solides groupes humains. Cette " dialectique du sacré " – dont Caillois développe les puissantes contradictions – crée l'ambivalente posture dont mythes, religions, philosophies tentent de surmonter l'aporie. Comment concilier rationnellement, émotionnellement, formellement la conscience de ces contradictions ? L'originalité de ce volume est de rassembler des contributions d'horizons divers, relevant de la philosophie, des études littéraires et de l'histoire de l'art (musique, peinture, architecture), qui toutes questionnent les modes de représentation de la notion de sacré. Des Pères de l'Eglise aux musiques d'Orient ou d'Occident, du Caravage aux formes plastiques les plus contemporaines réincarnant la sacralité d'oeuvres patrimoniales emblématiques, de l'architecture de la ville aux figures de spiritualité dans la poésie moderne, chaque domaine entre ainsi en dialogue avec l'autre et prouve, s'il le fallait encore, l'universalité et l'intemporalité de la quête ainsi syntonisée par Paul Klee " L'art ne reproduit pas le visible, il rend visible ".
Sans reprendre ici la démarche structurale du Lévi-Strauss de Mythe et signification, les contributions réunies dans ce volume entendent néanmoins explorer son fonctionnement symbolique et contribuer à penser à nouveaux frais la fonction et l'usage du mythe en contexte littéraire. Ouverte à un corpus très large tant au niveau des aires temporelles que géographiques et culturelles considérées, la réflexion questionne les présupposés les plus accrédités sur les rapports du mythe à l'universel. S'inscrivant en faux contre une vision ethnocentriste qui réduit bien souvent la mythologie à ses seules expressions gréco-latines classiques, sans exclusive, ce collectif s'intéresse à des formes à la fois actualisées et excentrées du mythe dont il suit le travail et les rebonds incessants, interdisant de réduire l'imaginaire mythique à un fonds d'images et de procédés académiques figés. Revitalisant les considérations d'un Baudelaire qui voyait dans " la mythologie [...] un dictionnaire d'hiéroglyphes vivants ", soit la clé du grand code des arcanes de l'humain et de son histoire, ce volume retrouve après lui dans la voix du mythe " des concentrations de vie nationale, comme des réservoirs profonds où dorment le sang et les larmes des peuples ". Une voix primordiale qui sourd des profondeurs, voix non plus du passé mais des recommencements.
Issu de trois années de recherche au sein du Laboratoire BABEL de l'Université de Toulon, Corps, Genre, Santé rassemble dix contributions qui tissent un dialogue pluridisciplinaire autour des représentations des maladies, des troubles mentaux et de la construction des tabous, des normes genrées et de multiples formes de stigmatisation. A travers la littérature et le cinéma d'aires culturelles variées (France, Espagne, Portugal, Suède), les articles de la première partie, " Corps & Genre ", s'attachent à l'étude de sexualités non normatives, à la remise en question d'interdits corporels et dévoilent les mécanismes d'appropriation des comportements sexués. La thérapeutique, quant à elle, est à l'honneur de la seconde partie, " Corps & Santé ", où la grosse vérole, le cancer du sein et la dépression se retrouvent au coeur de récits de poètes et de romanciers qui cherchent à " panser ce qui peut être pansé ", pour reprendre une belle formule d'Emmanuel Carrère. L'investissement rhétorique autour de la maladie est aussi source de relégations et de violences innommables comme le montrent une étude historique sur l'Allemagne nazie et une analyse discursive du lexème " schizophrénie " dans un journal brésilien. Pluriels et rhizomatiques, les articles de ce volume témoignent des vertus d'une approche dialogique : l'aptitude à relier afin de faire émerger de nouveaux regards.
Le terme outsider provient de l'anglais outside, " extérieur " (de out, " en dehors ", et de side, " côté "), langue dans laquelle il renvoie à deux idées principales. La première, en consonance avec son étymologie, fait allusion à toute personne se situant en dehors d'un groupe ou d'une organisation, que cette situation soit volontaire (" dissident ", " non conformiste ") ou involontaire (" étranger ", " intrus ", " paria "). La seconde idée évoque toute personne ou animal (en particulier un cheval de course), qui ne fait pas partie des favoris dans une compétition de quelque nature qu'elle soit (sportive, politique, concours de beauté, de chant, etc.). Si ce dernier sens est le plus courant en français, notre langue reprend fréquemment le terme outsider dans sa première acception pour désigner des individus au parcours atypique ou considérés comme étrangers à un groupe. Fortes de ces prémisses étymologiques, les contributions réunies dans le présent volume interrogent plusieurs aspects (non exclusifs) du concept d'outsider : ses figures, ses liens avec la notion d'exclusion, l'idée de déviance par rapport à des normes, la taxinomie des luttes qu'il suggère.