En un temps de renouveau pour l'histoire rurale, ce livre offre aux lecteurs français un regard croisé sur deux historiographies qui se sont longtemps ignorées, en dépit de convergences sur les acteurs "d'en-bas" et les grandes ruptures. Cinq thématiques en rendent compte: la place du régime seigneurial, les divergences entre petite et grande exploitation, les pratiques d'héritage et les questions liées "au genre", les enjeux autour des terres collectives, le marché foncier. Version française des Actes d'un colloque tenu à Göttingen en 2000, ce volume inaugure un dialogue entre les historiens des XVIIIe et XIXe siècles. La période de transition mise en lumière, de part et d'autre du Rhin, entre les sociétés agraires et les sociétés industrialisées, annonce le devenir des campagnes européennes contemporaines.Avec des contributions de Annie Antoine, Gérard Béaur, Jean-Michel Boehler, Stefan Brakensiek, Antoinette Fauve-Chamoux, Frank Konersmann, Jean-Marc Moriceau, Reiner Prass, Susanne Rouette, Jürgen Schlumbohm, Werner Trossbach, Nadine vivier, Heine Wonder.
D'institution réfractaire à l'individualisme et au progrès, la famille est devenue un acteur majeur de l'évolution des sociétés. Elle constitue, désormais, un lieu privilégié d'observation, des pratiques sociales et des processus économiques, aussi bien que le moyen de décryptage des comportements individuels et collectifs. L'accent est dorénavant mis sur les stratégies mises en oeuvre et sur leur inter-réaction avec les impératifs du marché et les contraintes économiques. Sans que l'on puisse voir émerger de causalité unique, ces stratégies se déploient en fonction des sollicitations démographiques, culturelles, économiques et au sein de systèmes complexes en continuel mouvement. Ce sont précisément les rapports complexes qu'entretiennent les membres de chaque famille avec les mutations de leur environnement respectif qui se trouvent au c?ur des interventions réunies dans ce volume. Les textes de ce recueil sont, en effet, issus d'une rencontre qui eut lieu à Paris en 2002 et qui rassembla des chercheurs Français, Québécois, Suisses et Canadiens Anglais, engagés dans un programme de recherche résolument comparatif, un projet international de coopération scientifique (PICS), consacré à Familles, rapports à là terre et aux marchés, transformations économiques ". Ils permettent de mesurer non seulement la violence de certains rapports sociaux mais aussi les solidarités qui rendent possibles migrations géographiques et dynamique sociale. Ils contribuent en même temps à révéler les continuités ou les césures qui unissent, compartimentent ou articulent les espaces géographiques et les logiques familiales.
Libération ou catastrophe ? La question des effets économiques de la Révolution a fait couler beaucoup d'encre ; et le bilan, lesté d'une forte charge idéologique, contrasté et ambigu, n'est pas aisé à établir. D'un côté, les défenseurs d'une Révolution émancipatrice soulignent les carences, tares et vices d'un Ancien Régime dont les structures entravaient le progrès économique : " Il fallait briser ces chaînes. On les brisa. " Nécessité passablement téléologique, qui fait de la Révolution la transition presque obligée " du féodalisme au capitalisme ". Mais de quel type de capitalisme parle-t-on ? Et à trop vouloir célébrer les effets durables du déverrouillage, ne risque-t-on pas de passer facilement aux pertes et profits des perturbations conjoncturelles durement subies par les contemporains ? De l'autre côté, les pourfendeurs de la " catastrophe nationale " ont beau jeu d'insister sur la saignée démographique, la ruine des ports atlantiques, le ralentissement de la production manufacturière, et les déboires d'une agriculture en apnée. Mais prétendre de la sorte évaluer le " coût " de la Révolution, c'est s'obstiner à n'y apercevoir qu'un phénomène exogène, c'est oublier qu'elle a aussi des causes économiques et n'est pas sortie tout armée de l'esprit pervers de quelques apprentis sorciers. Sans ignorer le danger permanent d'instrumentalisation et le piège d'enjeux de mémoire toujours vifs, on a voulu ici dégager l'histoire économique de la Révolution de cette guerre de tranchées inexpiable. Rassembler toutes les pièces du dossier, donner à voir les résultats des dernières recherches : tel est l'objectif de ce travail, qui plaide ainsi pour une histoire sereine, non pas faussement apaisée ni mollement consensuelle mais dépourvue d'arrière-pensées, susceptible à la fois de mobiliser l'énergie des historiens et l'attention des citoyens.
Follain Antoine ; Béaur Gérard ; Ruget Annie Bleto
Il y a cent ans, naissait à Mervans (Saône-et-Loire) Pierre de Saint Jacob qui a consacré sa vie de chercheur à l'étude des campagnes dans la France des Temps modernes. Sa grande thèse sur Les paysans de la Bourgogne du nord au dernier siècle de l'Ancien Régime (1960) est restée un modèle du genre, et sa thèse complémentaire Documents relatifs à la communauté villageoise en Bourgogne du milieu du XVIIe siècle à la Révolution (1962) a relancé l'histoire de la communauté rurale. Cet anniversaire a été commémoré par l'organisation à Dijon d'un colloque international d'histoire rurale " Autour de Pierre de Saint Jacob ".Venus de France, des Etats-Unis et du Canada, des historiens et historiens du droit montrent dans ce livre où en est la recherche historique dans les voies que Saint Jacob avait contribué à ouvrir. Loin d'être immobiles, comme on a pu le croire, les sociétés rurales étaient au contraire caractérisées par des dynamiques. L'économique, le social, le juridique ou le culturel... tout montre des Campagnes en mouvement en France du XVIe au XIXe siècle. Et si la Bourgogne est favorisée, sont aussi présents la Flandre et le Languedoc, la Normandie et l'Auvergne, l'Anjou et la Champagne.
Pourquoi établir des liens entre des images de films radicalement différents, au-delà des auteurs, des pays et des époques ? Parce que ces images convoquent des motifs visuels qui hantent le cinéma depuis ses origines : la fenêtre, la nuque, l'escalier, le miroir, le labyrinthe, le téléphone, le chat, le cri, et tant d'autres... Ces motifs ont des affinités profondes avec le langage et le récit cinématographiques. Ils sont de ce fait universels, pluriels, ambigus, et chaque cinéaste est incité à les adopter, les transformer et les réinterpréter. Les motifs de cinéma ont une grande agilité à se mouvoir : migrer d'un film à l'autre, d'un cinéaste à l'autre, d'une époque à une autre. Par le jeu des reprises et des différences, ils imprègnent la mémoire émotionnelle du spectateur et ouvrent une nouvelle perspective à l'histoire du cinéma. Les soixante motifs analysés et le millier de films cités donnent la mesure de l'impact visuel et narratif de ces images séminales, souvent reliées à la tradition picturale. Ce livre établit des liens comparatifs entre des créateurs qui ont confronté leur art à un même motif, permettant ainsi d'identifier leur singularité, leur rapport intime et personnel à ce motif, et leur rapport à l'histoire commune des images cinématographiques. Une des ambitions principales de cette riche collection de textes, adossés à des photogrammes choisis par les auteurs eux-mêmes, est de susciter l'émergence d'une possible théorie du motif en cinéma.
Entre le XVIe et le XVIIIe siècle, la liberté de conscience a été conçue, en latin et dans une poignée de langues européennes, comme une possibilité de croire, de changer de croyance ou de ne pas en avoir. Elle a ainsi reçu une acception distincte de celle de la liberté religieuse ou de la liberté de religion. Lors de son inscription dans la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme, adoptée sans vote négatif par l'assemblée générale des Nations Unies en décembre 1948, ce droit individuel a néanmoins suscité des réserves ou oppositions qui ont empêché sa déclinaison constitutionnelle par des Etats membres. Une génération plus tard, la contestation de la liberté de conscience s'est trouvée renforcée au nom de la reconnaissance de sensibilités culturelles différenciées, au nom d'une lutte contre l'apostasie - parfois associée au blasphème ou à l'insulte contre des religions - ou au nom de la défense de l'unité d'un corps. Cette enquête historique s'inscrit dans le temps long des sociétés humaines. Etablie sur des sources linguistiques diverses, elle vise à saisir l'émergence d'une notion au sein de communautés spécifiques, du Bassin méditerranéen à la Chine et à l'Amérique, à comprendre les motifs d'adhésion et de rejet formulés par plusieurs centaines d'auteurs, à déterminer les modalités d'expansion de cette liberté, de sa traduction dans des langues qui n'en avaient pas dessiné les contours, ainsi qu'à appréhender les ressorts des remises en question contemporaines. Explorant, entre autres, les registres de la philosophie, de la théologie et du droit, cette recherche met en exergue la force et la fragilité d'une des libertés fondatrices de la modernité, historiquement située, louée ou décriée. Préface de Yadh Ben Achour
L'histoire des poches de l'Atlantique reste largement méconnue, fragmentée en de multiples récits locaux décrivant largement les combats et les combattants ou les souffrances des civils, sans analyser les enjeux politiques et militaires, sans présenter l'avant et l'après. Cet ouvrage ne prétend pas à l'exhaustivité, mais revient sur des thématiques méconnues ou des réalités souvent complexes. L'ouvrage s'organise en cinq parties : une première revient sur la constitution et l'histoire de ces fronts en distinguant deux réalités très différentes, les poches bretonnes et celles du sud-ouest.Une seconde partie s'intéresse aux enjeux de ces ports forteresses pour les belligérants, les Allemands et les Français. Les assiégés et les assiégeants sont au coeur de la troisième partie, en posant le regard sur les exemples concrets de Lorient et de Saint-Nazaire, mais également sur les combattants, les FFI, les forces françaises et les troupes de l'Est. La quatrième et la cinquième partie renouvellent l'histoire des poches en abordant des sujets originaux, la Libération et sa planification, l'épuration, la restauration de l'Etat, la reconstruction, en particulier par l'exemple de Saint-Nazaire, puis la mémoire et les commémorations.Cet ouvrage apporte une vision différente et originale de l'histoire singulière de ces poches de l'Atlantique.
Subjectivités numériques et posthumain s'inscrit dans le sillage de l'ouvrage PostHumains : frontières, évolutions, hybridités publié dans la collection "Interférences" des presses universitaires de Rennes. Ce recueil était davantage consacré aux mutations, évolutions et hybridations du corps dans un devenir posthumain. Ce livre propose d'explorer l'imaginaire associé à l'émergence d'une subjectivité numérique dans la période contemporaine de l'hyperconnectivité et du développement de l'intelligence artificielle. Tout comme dans la perspective d'une corporéité posthumaine, un esprit qui ne serait plus ancré à un corps organique suscite de nombreuses réflexions et mises en fiction. L'approche proposée dans ce livre est par ailleurs fondamentalement interdisciplinaire car les questionnements relatifs aux devenirs de l'humain et à la définition de son identité que déclenche le posthumain sont universels.