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Vingt poèmes. Edition bilingue français-allemand
Trakl Georg
OBSIDIANE
13,00 €
Épuisé
EAN :9782916447698
Georg Trakl est né le 3 février 1887, dans une famille de la bourgeoise commerçante de Salzbourg. Cinquième de sept enfants, il a passé sa jeunesse dans sa ville natale. Par sa gouvernante française, Georg Trakl découvre notre littérature, et subit l'influence des Symbolistes, d'Arthur Rimbaud et Charles Baudelaire. Ses relations étroites (on parlera même d'inceste) avec sa soeur Grete (Margaret) eurent une grande importance dans sa vie. Les critiques identifient souvent Grete dans la figure récurrente de "la soeur " - figure symbolique aux multiples facettes dans les poèmes. Trakl fréquenta une école primaire catholique, tout en recevant une instruction religieuse protestante. Il entra à l'Université de Vienne où il fit des études de pharmacien, ce qui facilita sa connaissance et sa consommation de médicaments, dont les premiers psychotropes... Peu après avoir quitté l'université, il est enrôlé dans l'armée autrichienne et affecté au service médical (1912) (photo page 6). De retour à la vie civile, Trakl qui a trouvé un emploi dans une pharmacie ne réussit pas à s'adapter à la routine de la vie professionnelle, et il rejoint l'armée. Fin 1912, et pendant qu'il est stationné à Innsbruck, il fait la connaissance de Ludwig von Ficker, rédacteur en chef de Der Brenner. Ficker devient un ami et mentor de Trakl, et le publie régulièrement dans son journal littéraire. En 1913, il fait un court séjour à Venise (photo page 4). En août 1914, il est envoyé, avec son cors d'armée, sur le front de l'est, en Galice ; il participe, comme infirmier à la bataille de GrÓdek (6-11 septembre). La tuerie le révulse ; il en naîtra son dernier poèmes, " GrÓdek ", justement (document page 60) et après une première tentative de suicide, en octobre, Trakl meurt d'une overdose de cocaïne, à Cracovie, le 3 novembre 1914. Les critiques conviennent que, si Trakl a écrit de la poésie à un âge précoce, ses meilleures poèmes datent des deux dernières années de sa vie. Et en seulement deux ans, il écrit des textes qui le placent parmi les plus importants et originaux poètes de langue allemande. Sa technique poétique est fondée sur une langue est simple et nette, et donc efficace ; et c'est avec cette simplicité qu'il témoigne du crépuscule d'une humanité dont il pressent l'effondrement, prenant rang ainsi parmi les plus grands écrivains de la Mitteleuropa (Karl Kraus, Kafka, Joseph Roth, Stéphan Zweig, etc). De son rapport à Trakl, Eugène Guillevic, - qu'on ne présente plus ! - écrit : " Pour moi, par exemple, les poèmes de Trakl me donnent l'impression, la sensation de paroles dites dans une forêt où il y aurait un écho fragmenté par les arbres ". C'est dire si la tentative de traduction devient complexe ! Ce qui explique sans doute que Guillevic n'a traduit, en cinquante ans, que vingt poèmes de cet auteur qu'il n'a cessé de lire et relire, et qu'il récitait par coeur. Et ce qui le fascine particulièrement, c'est le jeu des couleurs, leur symbolisme très fort, comme pour un peintre : " Trakl emploie principalement le bleu et le brun parmi d'autres couleurs dont le rouge, le noir, le vert et le doré dont il est difficile de dire qu'il a une valeur symbolique ; le bleu et le brun sont là d'une manière obsédante. Au contraire de Rimbaud qui définit de façon énigmatique ses couleurs (et là je crois avec d'autre qu'il s'agit de l'énoncé des couleurs des lettres initiales dans un dictionnaire), Trakl décrit en les accentuant les couleurs de Salzbourg, avec la forte dominante bleue du ciel et le brun et le doré des forêts d'automne. " ...
Trakl est le plus grand des poètes expressionnistes. Ce qui n'a guère de sens : puisque c'est, entre autres, à partir de son oeuvre, mais non de son aspect le plus original, qu'on a défini l'expressionnisme littéraire. Ou bien encore : le troisième homme de la fabuleuse triade des poètes autrichiens du début du siècle. Ce qui est vrai, mais nous oblige d'emblée à l'en détacher. Car si Rilke parle, si Hofmannsthal parle, l'un pour dire ce qu'il fait, l'autre pour faire la théorie de l'impossibilité dans laquelle il se trouve d'écrire, Trakl, lui, se tait. Son oeuvre est brève, plus brefs encore ses commentaires. C'est encore Rilke qui, se prononçant à la place du muet, en a le mieux parlé : le poème de Trakl, écrit-il à propos d' "Hélian", est "pour ainsi dire construit sur ses silences. Quelques clôtures entourant l'infinie non-parole : voilà à quoi ressemblent ces vers-là". Que dire de plus ? Franchement, ce n'est pas la matière qui manque. Une vie ratée, mais le plus magistralement du monde. Poète maudit, Trakl l'a été avec un esprit de suite sans égal. Drogue, inceste, folie, suicide, ne sont pas chez lui des thèmes littéraires, mais un art de vivre". Marc Petit.
Rimbaud cesse d'écrire avant trente ans, Trakl meurt à vingt-sept ans en 1914 et sa période dite de " maturité " n'aura également duré que quatre ans (1910-1914). Comme celui de Rimbaud, le parcours poétique de Trakl est menacé par la folie : " Aucun des sophismes de la folie, – la folie qu'on enferme – n'a été oublié par moi ", écrit Rimbaud. C'est cette même démence qui " enténèbre " l'oeuvre de Trakl. Mais alors que Rimbaud, prophète solaire et exalté, travaille à l'échelle de " l'immensité de l'univers " et de tous les hommes, Trakl, l'ermite nocturne, ne conçoit qu'une harmonie transmissible à quelques " séparés " L'hostilité de Trakl envers le classicisme bourgeois de Goethe contraste avec son admiration pour Novalis, qui apparaît comme son double bienheureux. Mais, plus encore que Novalis, l'interlocuteur majeur de Trakl est Hölderlin, qui incarne la figure du " poète fou ", devenu étranger à une réalité extérieure sans emprise sur lui. Rilke disait avoir " beaucoup fréquenté, avec la plus grande émotion, la poésie de Georg Trakl " : les deux oeuvres se rencontrent autour de ce que Rilke nomme " le Terrible ". Mais le poème trakléen se différencie du poème rilkéen par son caractère apocalyptique, présage d'une destruction. Paul Celan, héritier de Trakl s'il en est, parle à propos de sa propre oeuvre de " reste chantable " C'est bien en termes de " restes chantables " qu'on peut comprendre ce qui demeure chez Trakl de la tradition qu'il recueille et du monde qu'il affronte.
DONA (du latin Donum, don, présent, offrande) est une série de 46 poèmes dédiés principalement à des personnes, mais aussi à des lieux et des heures. Ce sont des envois, des hommages, à des vivants et des défunts, commémorés avec une certaine "piété" . Les destinataires peuvent être des amis chers, des parents, des poètes aimés (contemporains et classiques), des prophètes, des philosophes admirés ; mais aussi bien une nuit parisienne et un matin de février, un quartier de Lyon ou une station balnéaire normande ou un village breton... Tous et toutes m'ont parlé, inspiré, ouvert à une réalité autre qui est celle de la poésie, produit d'une interaction entre l'espace intérieur et le monde extérieur. Un va-et-vient incessant parcourt ce livre, entre la sphère de l'intime, du présent, et le murmure du passé, que nous transmettent la tradition et la mémoire". Gravures de Frédéric Couraillon
Cet ultime recueil de poèmes, achevé quelques mois avant sa mort, Petr Kral avait choisi de l'accompagner lui-même, avec trois dessins d'une extrême rigueur qui font écho à la fermeté qui caractérisa et sa vie et son oeuvre. Cette manière d'intransigeance, on la retrouve dans sa prosodie si particulière construite sur l'alliance d'un réalisme imparable (cru même) et d'un humour teinté parfois de nonsens qui explicite l'absurdité des situations, des relations, des échanges. Marqué par Hrabal, Hasek, le Surréalisme et le cinéma muet (il écrit la-dessus des livres qui ont fait date), Kral élabore des saynètes qui dessinent un univers mélancoliquement banal que seul l'humour grinçant rend habitable...