Publié pour la première fois en 1974, Working [Le Boulot] est sans doute l'un des livres les plus connus de Studs Terkel. Composé de près de soixante-dix entretiens, il donne notamment la parole à un comédien, une réceptionniste, un éboueur, un releveur de compteurs à gaz, un critique de cinéma, un joueur de base-ball, un directeur de société, un fossoyeur, un prêtre, un professeur, un policier, un accordeur de pianos, une prostituée, un bibliothécaire, une enseignante, une garde-malade, un propriétaire de station-service, un courtier, un musicien de jazz, un grutier et le président d'une chaîne de radio. Tous parlent de leur expérience du travail, des sentiments qu'il leur inspire, avec la liberté, la verve et l'intelligence, mais aussi la lucidité, l'humour ou encore la gravité que Studs Terkel partage avec les personnes qu'il interviewe. Working est ainsi un témoignage d'une qualité exceptionnelle sur l'histoire sociale des Etats-Unis et sur la réalité et les transformations du travail dans le monde contemporain.
Chicago, 1965. Le souvenir de la Grande Dépression et de la seconde guerre mondiale n'est pas loin. Celui de la crise de Cuba encore moins. Le Vietnam est un désastre. Le mouvement pour les droits civiques obtient ses plus grandes victoires au prix de luttes acharnées. Chicago, ville gangrénée par la corruption, la mafia et les inégalités sociales, est bouleversée par les plus grands réaménagements urbains de son histoire. Ceci n'est pas un polar, mais le premier livre d'entretiens de Studs Terkel. Armé de son enregistreur, le journaliste capte la parole de la piétaille au gré de ses rencontres et de ses errances dans les bars, les rues et les taxis, de part et d'autre de Division Street, artère de Chicago qui symbolise pour lui les divisions politiques, sociales et culturelles de l'Amérique. Il prend ainsi la température de sa ville, et nous offre un instantané saisissant des années 1960 aux Etats-Unis. Vietnam, communisme, bombe atomique, racisme, pauvreté, transformation du travail par l'automatisation, syndicats corrompus, spéculation immobilière et expropriations, déliquescence du lien social: c'est une Amérique rongée par le doute, la peur et l'impuissance que nous donne à voir ici Terkel. Doute, peur et impuissance parfois suspendus, toutefois, par le constat de la puissance politique des citoyens rassemblés pour exiger leurs droits ou simplement une vie décente. L'impression de fin du monde imminente, d'une société au bord du gouffre, qui domine ces quelques soixante-dix entretiens, préfigure paradoxalement les transformations profondes que connaîtront bientôt les sociétés occidentales au cours des années 1968.
Hard Times, sans doute le plus grand livre d'histoires orales de Studs Terkel, nous fait revivre, à travers des centaines d'entretiens, les souvenirs de ceux qui ont traversé la Crise de 1929 et la Grande Dépression. Comment s'en sont-ils sortis, quelle empreinte la Grande Dépression a-t-elle laissée sur leurs vies, quelles leçons en ont-ils tirées? Du krach de 1929 aux luttes syndicales, de la difficulté de la vie paysanne aux conséquences du New Deal, la diversité des expériences et des points de vue exprimés dessine un monde complexe, marqué par la précarité et la solidarité. A maints égards, il évoque celui dans lequel nous entrons aujourd'hui. "Hard Times n'est pas une" reconstitution "de l'époque de la Grande Dépression, Hard Times ne transforme pas cette époque en objet du passé, en objet d'histoire - Hard Times, c'est cette époque elle-même, son parler, son atmosphère, ses histoires tragiques et comiques. Quiconque souhaite savoir où nous en étions alors et comment nous sommes parvenus là où nous sommes aujourd'hui doit impérativement lire ce livre." (Arthur Miller) La présente édition est accompagnée d'une sélection des photographies de Dorothea Lange sur l'Amérique de la Grande Dépression réalisées pour la Farm Security Administration.
The first title from Andre Schiffrin's publishing house is a major, timely book for an election year. In Terkel's ( Hard Times ) well-established manner--he is one of the great interviewers--he encourages a wide range of Americans, black and white, to speak their minds about race with remarkable frankness, as well as about their perceptions of the Washington leadership. The resulting book is infinitely more informative than polls taken on such issues because the subjects are allowed to explore their thoughts, prejudices, hopes and fears. There is almost universal agreement among the blacks and white sympathizers interviewed that life looks darker for blacks now than it did 20 years ago. A strong commitment to civil rights, meaningful affirmative action and poverty programs and a social climate in which overt racism was unacceptable all apparently suffered during the Reagan years. And now the economic hardships that are also partly a legacy of that era are further polarizing American society in ways that are seldom discussed. As South African author Rian Malan tells Terkel, "I think there's been an unhealthy trend in America for a long time not to discuss race.... I think airing prejudice could be healthy.... Race prejudice is something that thrives in ignorance." But optimism is hard to come by. Black psychologist Kenneth Clark states: "I am not sanguine about any kind of solid decency and justice in the area of race in America. The best we can settle for is appearance." The immediacy with which the interviewees speak about their experiences brings a fine leavening of anecdotes and stories to the mix of opinions, from tales of run-ins with the police ("I don't know one black person who's never had an encounter with cops," says a young middle-class musician) to moments of surprising warmth and understanding, as when a former Klansman finds himself working as a union leader with his arch-enemy, a formidable black woman. The reader comes away with greatly expanded understanding of much recent American social history and a wish that more respondents could display the balance of the well-adjusted mixed couples whose testimonies end the book. Copyright 1992 Reed Business Information, Inc.
Ville globale, ville créative, ville multiculturelle, ville intelligente... Autant de slogans à la mode qui imposent et diffusent une vision aseptisée et consensuelle des réalités urbaines. Les villes doivent au contraire être bousculées, chahutées, contestées. C'est précisément ce que ce recueil se propose de faire en réunissant pour la première fois un ensemble d'auteurs dont la réflexion n'épargne ni les espaces urbains, ni les élites qui les façonnent et les gouvernent. Par la radicalité de leurs analyses, qui portent entre autres sur la financiarisation de la production urbaine, sur les trompe-l'oeil que représentent le développement durable, la mixité sociale ou le multiculturalisme, sur les dispositifs de surveillance et de contrôle des populations, et plus globalement sur les formes de domination qui régissent les rapports sociaux en ville, les onze textes réunis dans ce recueil parviennent à identifier, et par là à contester, les nombreuses contradictions spatiales et urbaines que le système capitaliste produit et reproduit. Ils nourrissent ainsi une géographie critique de l'urbain et, indirectement, une critique en profondeur des sociétés contemporaines.
Comment, au milieu du XIXe siècle, Paris a-t-elle pu devenir l'incarnation urbaine de la modernité ? Pour répondre à cette question, David Harvey a exploré les mutations connues par la ville à cette époque : transformation physique, avec les grands projets d'Haussmann, qui remplace le plan médiéval par les grands boulevards ; transformation économique, avec une nouvelle forme de capitalisme dominée par les puissances financières et industrielles ; transformation culturelle, avec l'irruption de ce qu'on appellera plus tard le modernisme ; transformation sociale, avec l'émergence de violents antagonismes de classes qui atteignent leur paroxysme dans les révolutions de 1848 et de 1871. En présentant la ville moderne comme le produit instable de forces hétérogènes et contradictoires, David Harvey nous offre une image vivante du fonctionnement de Paris ainsi qu'une vision panoramique de la période décisive que fut le Second Empire. Mais cette analyse de la ville moderne est aussi l'occasion d'une réflexion magistrale sur la ville contemporaine - sur la part de la population dans l'urbanisation, sur son accès aux ressources, en somme sur le "droit à la ville".
La quatrième vague du féminisme a commencé : venue d'Amérique latine, portée par les combats contre les féminicides et pour la liberté des femmes à disposer de leur corps, amplifiée par le moment Metoo, elle constitue aussi-surtout-un mouvement qui s'attaque à l'inégalité des rapports de production et de reproduction sous le capitalisme. Qui dépasse, sans les exclure, les revendications juridiques ou paritaires et repense l'ensemble de l'organisation sociale à partir des oppressions subies par les femmes et les minorités de genre. Le féminisme est révolutionnaire ou il n'est pas : voilà la thèse soutenue par Aurore Koechlin, qui se propose d'abord de guider ses lectrices et lecteurs à travers l'histoire trop méconnue des différentes vagues féministes. Du MLF à l'inter-sectionnalité, de l'émergence d'un "féminisme d'Etat" au féminisme de la reproduction sociale, ce petit livre tire le bilan politique et intellectuel d'une quarantaine d'années de combats, repère leurs impasses, souligne leurs forces, pour contribuer aux luttes actuelles et à venir.
A partir des années 1980, l'idée s'est peu à peu imposée : le clivage politique fondamental ne serait pas de nature idéologique - opposant le capitalisme au socialisme - mais civilisationnel. Cette conception, formulée notamment par Samuel Huntington, divise le champ politique entre d'un côté les tenants d'une vision sécularisée des rapports entre les hommes et les sociétés - "l'Occident" -, et de l'autre les défenseurs d'une conception religieuse ou "indigène" . Or de manière paradoxale, elle semble également s'être imposée au sein de courants intellectuels et politiques qui, considérant que l'accroissement de la domination de l'homme sur la nature est indissociable de celle de l'homme sur l'homme, érigent la pratique indigène en figure principale de l'opposition à la logique du capitalisme. Mais la perpétuation de la guerre et de la servitude dans l'histoire de l'humanité procède-t-elle vraiment de la diffusion des appareils conceptuels produits par l'Occident ? Etudiant les déterminants des trois mouvements historiques que sont le développement du capitalisme, la colonisation des Amériques et la traite atlantique, Ivan Segré montre qu'il n'en est rien, et que seul le recours à des facteurs d'un autre ordre - les comportements économiques prédateurs et la xénophobie - rend intelligible le cours de l'histoire.