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ESTHETIQUE DE LA CATASTROPHE. Essai sur l'art et la catastrophe
Ribon Michel
KIME
26,40 €
Épuisé
EAN :9782841741724
D'où vient ce charme esthétique de la catastrophe et, bien plus encore, de ses représentations et de ses récits ? Un charme auquel nous cédons, comme jadis l'ont fait, dans une sorte de colère et de vertige esthétisés, les dieux et leurs prophètes, en tout temps et en tous lieux. L'art, dans son histoire, n'a cessé de jouer sur ces deux registres articulés de la chute catastrophique : la répulsion et l'attraction. Dès qu'elle est décrite ou peinte, l'horreur-répulsion se fait horreur-attraction ; notre effroi devient délice esthétiquement et existentiellement pour revêtir une dimension de sublimité. Tel Persée à la fois héros et artiste, aux prises avec le monstre méduséen, l'artiste affronte le thème de la catastrophe pour trouver dans ce défi son stimulant, son levain et sa raison d'être essentielle ; et aussi grâce à lui : l'éclat de son style et ce battement de c?ur que nous cherchons à entendre et à écouter en toute ?uvre : le pas d'un Temps qui cesse enfin de nous entraîner dans sa chute. L'art entend dénoncer, explorer, conjurer, dépasser et toujours transfigurer. Un art qui, aujourd'hui plus que jamais, a fort à faire dans un monde où la nature et les hommes sont menacés des pires catastrophes en quoi le XXe siècle fut si fertile. Mais comment et jusqu'à quel point l'art, en s'emparant de la catastrophe pour lui imposer avec ses schèmes sa propre mise en scène, peut-il, pour reprendre le propos de Baudelaire, " faire de la boue, de l'or " ? ou, en d'autres termes, offrir, comme aime à le redire Adorno après Stendhal, " une promesse de bonheur " ?
Il y a un vif contraste entre la tradition spéculative de l'art, née au début du XIXe siècle, et les formes éclatées de l'art moderne et contemporain. Les doctrines de l'art qui regroupent des philosophes et des poètes romantiques et se prolongent de nos jours entendent théoriser et normaliser l'art en le soumettant aux impératifs d'un savoir extatique : l'art ouvert à la vie de la nature et du cosmos serait révélateur de l'être. Tel serait le pouvoir sacral de l'art. Plutôt que de partir d'un savoir doctrinal pour espérer rejoindre les oeuvres, peut-être vaut-il mieux répondre à une question essentielle : comment comprendre une oeuvre d'art qui se présente comme une quasi-personne, c'est-à-dire comme un être vivant et spirituel qui se donne un ton et un style et qui, par l'ampleur et la nouveauté de sa vision, élabore son contenu de vérité ? Par là, on peut espérer comprendre l'oeuvre de notre époque, tourmentée par une liberté sourcilleuse que ne vient borner aucun critère, aucun repère, aucun modèle et qui ressemble à un laboratoire de recherches. En ces temps de détresse et d'exaltation où peintres et écrivains font prévaloir le thème de la catastrophe, le pouvoir sacral de l'art, affaibli, n'a pas disparu : en transfigurant le réel, l'" aura " de l'oeuvre d'art consacre l'alliance de l'horreur et de la beauté, de la répulsion et du plaisir.
Résumé : Les choses nous regardent et nous regardons les choses comme s'il existait une intime connivence entre la nature et l'homme. Fruit de cette connivence, un contenu de vérité se dépose toujours dans l'?uvre d'art. Il y a une métaphysique latente en tout art ; on peut même dire qu'il y a une dimension de sacralité ou d'épiphanie en tout grand art qui nous fait l'offrande de son aura. Certes, l'art a toute l'apparence d'un jeu, mais c'est un jeu très sérieux puisque dans son inlassable quête de l'originaire, il tente de dévoiler l'être. C'est pourquoi, issus tous deux de la même source intuitive, l'art et la philosophie demeurent deux entreprises parallèles d'exploration et de fondation du réel, et toutes deux complémentaires. Le philosophe, de manière réflexive, parle de la nature qu'il tient à distance de ses concepts et de sa rationalité critique. Au contraire, déchirant la trame de cette objectivité, l'artiste fait parier et chanter les choses qui le regardent comme si elles sollicitaient de lui leur transfiguration. L'art, en se rendant présent dans le réel, nous le rend plus précieux parce que plus habitable. C'est en raison de cette perpétuelle sollicitation - faire voir l'invisible dans l'enchantement du visible - à laquelle il répond généreusement, que l'art ne saurait mourir.
Le propre de l'art est, contradictoirement, d'exprimer le réel en le transfigurant : miroir de vies, il est en même temps créateur de mondes. Toute grande peinture, depuis la Renaissance, peut être rangée dans un cadre général qui définit son être essentiel ; ainsi, des peintres sont affectés par le tourment fécond de la mélancolie ; d'autres par la turbulence et le vertige créateur du non-conformisme ; certains sont travaillés par le démon de l'effacement ou encore par la recherche de l'instant lumineux ; d'autres, enfin, sont obsédés par la vacuité du néant ou inversement par la plénitude de l'être. Mais tous, dans cette aventure, ont tenté de transfigurer diversement le réel et, à des titres divers, ont influé sur l'histoire de l'art en train de se faire. Il arrive que l'on puisse hésiter à ranger arbitrairement un peintre dans un seul cadre : des intentions et motivations essentielles coexistent en lui, on doit le reconnaître. Au total, son choix fondamental déterminant sa stratégie n'est pas exclusif, mais préférentiel ; par exemple, il fait le choix de la mélancolie plutôt que de la turbulence non-conformiste (ou l'inverse) ; il opte (ou l'inverse) pour la gloire de l'instant lumineux plutôt que pour le clair-obscur, la nuit ou le néant ; pour l'effacement plutôt que pour la quête de la plénitude de l'être. Mais une tendance dominante l'emporte finalement chez l'artiste sur toutes les autres possibles.
L'auteur observe, constate, analyse, décape et révèle les divers aspects d'une situation-limite. Sans aucun chantage aux bons sentiments ni à la mauvaise conscience des lecteurs, il dit ce que devient l'homme quand on lui vole tout ses mots, son corps, son visage, les autres, sa mémoire. Il a voulu montrer comment l'homme peut tenter de résister à ce dépouillement, et aussi les limites de cette résistance. Les faits sont montrés dans leur "pure et ignoble simplicité".
Et si la commémoration du bicentenaire de la naissance de Flaubert exigeait un effort de prospective ? En effet, de quel texte majeur l'oeuvre de Flaubert, fondamentalement matricielle, sera-t-elle finalement l'oeuvre source ? La critique s'est beaucoup intéressée aux lectures du romancier et aux textes qui ont pu l'inspirer ; elle a longuement analysé les principes de sa poétique et la manière patiente dont elle s'est élaborée. Mais quid des influences multiples sur ses contemporains ? Elle a beaucoup moins observé comment les héritiers autoproclamés se sont emparés de l'esthétique flaubertienne pour construire leurs propres oeuvres et comment ces dernières font honneur ou pas à l'héritage reçu. C'est cet oubli que prétend réparer Flaubert ou l'oeuvre muse. L'étude offre en effet une exploration panoramique des oeuvres de littérature française qui, dans le mystérieux processus labyrinthique de la création artistique, en plus d'être prismatique, devenue multidimensionnelle, ont contribué jusqu'à ce jour à faire vivre une réelle flaubertolâtrie.
Faye Emmanuel ; Lassègue Jean ; Rastier François ;
Bien au-delà de la seule philosophie, le débat à Davos en 1929 entre Cassirer et Heidegger a marqué l'histoire des idées. Il a même donné naissance à des récits passablement légendaires qui négligeaient le contexte historique précis. Un nouveau regard s'impose, à la lumière des oeuvres publiées depuis lors. Les vingt-cinq tomes de l'édition allemande de référence de Cassirer ne sont disponibles que depuis 2007. S'y s'ajoutent les dix-sept tomes du Nachlass depuis 2017. Des 102 volumes de la Gesamtausgabe de Heidegger, édition de référence mais sans garantie scientifique, moins d'une dizaine reste programmée, mais d'ores et déjà la publication des cinq premiers volumes des Cahiers noirs a permis d'engager une relecture critique de l'ensemble. C'est donc à présent seulement que l'on peut véritablement évaluer les projets contrastés des deux auteurs. Leurs enjeux intéressent notamment le statut de la rationalité et des sciences, en particulier celles de la culture, aussi bien que le statut de la technique parmi les formes symboliques. Et tout autant, l'opposition entre la démocratie et la théologie politique ; entre la légitimité du cosmopolitisme et l'ontologie identitaire ; enfin, entre la possibilité même d'une éthique ou son rejet de principe. Tous ces thèmes contradictoires exigent aujourd'hui une révision critique, non seulement rétrospective, mais aussi ancrée dans le présent. Car au-delà même de la philosophie, des courants de pensée et des forces politiques en Europe et dans le monde poursuivent ces deux voies qui s'opposent aujourd'hui.
Dans le sillage de Flaubert sont nées, dans tous les domaines artistiques, des adaptations et des créations multiples, reflétant la réception contrastée de son oeuvre de par le monde : le cinéma, le théâtre, la musique, l'opéra, la bande dessinée, nous offrent aujourd'hui une très large palette d'intertextes attestant la vitalité d'une oeuvre constamment lue, relue, réécrite, traduite, retraduite, bref, constamment (ré)interprétée, en vertu d'intentions parfois contrastées, méritant une étude attentive, en vertu peut-être aussi de l'inquiétude fondamentale qui traverse l'oeuvre de Flaubert et dont ces postérités sont, chacune à leur manière, les échos entêtants. L'étude de ces "dérivés" flaubertiens révèle aussi bien les procédés d'actualisation de la filiation ainsi revendiquée, que les singulières métamorphoses induites par les lectures de Flaubert en d'autres langues et au sein d'autres cultures. Ce volume rassemble les travaux de chercheurs internationaux, qui, à l'étranger et en France, nous offrent un vaste panorama de ces créations.