Notre site web sera en maintenance ce mardi 3 février après-midi. Les commandes enregistrées ne subirons pas de retard de traitement.
Moonfleet 1947
Puech Jean-Benoît
FATA MORGANA
18,00 €
Épuisé
EAN :9782377920402
Les années 1950 et 1960 ne sont pas seulement, en littérature, celles des ingénieurs du Nouveau Roman et des doctes de Tel Quel. Loin de leurs recherches abstraites et laborieuses, des rêveurs plus audacieux ont maintenu la tradition du roman historique et d'aventures, comme Marc Messager. Son Cargo du crépuscule (1962) emprunte à l'Histoire, car il se déroule sur la côte méditerranéenne juste après la Libération ; mais il introduit surtout une bande de gangsters dans le château d'une Belle endormie, à la recherche d'un trésor trompeur et, pour l'un d'entre eux, à la découverte d'une amitié vraie. Jean-Benoît Puech résume puis commente ici ce roman que plusieurs cinéastes contemporains ont été tentés de porter à l'écran. On imagine l'adaptation qu'un Fritz Lang aurait pu en réaliser. Certaines oeuvres nous aideraient-elles, ou leur relecture, à comprendre mieux nos propres obsessions ?
Mon journal serait donc une sorte de roman (ou du moins les pages de mon journal qui concernent LR) ? Cette sorte de roman auquel on fait crédit comme à un témoignage ? Une sorte de mensonge ? Cette sorte de mensonge auquel le menteur lui-même croit ? Non pas une fiction voulue et reconnue, concertée, mais une invention involontaire - une affabulation ?"
Chacun des textes de ce recueil pose à sa manière la même question : Qu'est-ce qu'être lu ? Nous lirons donc ici des études à propos de récits qui ne sont pas encore écrits, dont les auteurs hypothétiques mettraient en scène, paradoxalement, ce qui échappe à tout public : l'art de créateurs sans oeuvres, d'oeuvres sans commentaires, de commentaires sans lecteurs et peut-être l'art en personne sans créateur. Autant dire l'impossible, pourtant cet impossible semble se manifester dans ces histoires de fantômes ou ces mystérieuses aventures d'enfants autistiques, d'adolescents masochistes, d'officiers de la Grande Muette, de faussaires peu pressés d'avouer leurs talents, de prêtres emportant dans la tombe le secret de leurs confessions. Mais ces figures trop humaines de ce qui ne se laisse pas lire se souviennent bientôt qu'elles doivent à l'écriture et à son commerce leur secrète existence.
Sous la forme d'un catalogue de vente aux enchères, ce livre est un résumé de la thèse de Jean-Charles Mornay, Typologie des oeuvres et des auteurs imaginaires en littérature, de Jeffrey Aspern (chez James) à André Walter (chez Gide) en passant par A.O. Barnabooth (chez Larbaud & de Zamble), Richardo Reis (chez Pessoa) et Jean-Charles Mornay (chez Champ Vallon). On y joint deux essais sur des livres oubliés. Mais le commentaire n'y dépend pas plus du texte commenté que la fiction de la réalité : il est le personnage principal, lecteur retors mais romanesque qui a fait son deuil de l'oeuvre achevée.
Ce dernier opus, écrit plus de trente après Voyage sentimental (que nous avions publié en 1986), lui aussi détaché du labyrinthique cycle de "Jordane", aborde d'une manière encore plus singulière et profonde le versant majeur de toute la littérature de Jean-Benoît Puech : il arrive parfois que les obscurités soient mises en lumière sans être dissipées. Comme si ici le retrait habituel de l'auteur en d'in ? nies ? gures éclatées, "hétéronyme intégriste" ou "homonymes qui composent" , faisait volte-face pour reprendre possession de son devoir d'existence.
Capitale de la douleur, capitale de la merveille et de la grâce. Grâce non religieuse, mais cependant divine ? : d'un seul coup, je comprenais brutalement que le divin habitait parmi nous, que les mots autant que les monts du Liban, qui coiffaient ma rencontre adolescente avec Bounoure d'un peu d'éternité de neige, que les mots et les monts nous étaient une demeure, que le sacre était notre quotidien. La brûlure de cette gi ? e ne m'a pas quitté depuis lors et, de temps en temps, il m'arrive de toucher distraitement ma joue ? : Bounoure est mort, je vais bientôt mourir, mais sa ? èvre, la contagion de sa ? èvre est toujours là et je sais que jusqu'en ma dernière minute j'aurai vécu, dans le sillage de Bounoure, audacieusement, modestement, selon le grand exemple qu'il m'a laissé, au seuil du feu. " Dissimulée sous le transparent pseudonyme de Soliman, la voix de Salah Stétié - voix majeure de la poésie contemporaine - révèle toute la puissance émotionnelle d'un souvenir ? : celui des rencontres avec Gabriel Bounoure, grand critique de l'entre-deux guerres, qui agira à la manière d'un astre, à la fois lumière et voie.
Jean-Luc Parant, inlassablement, d'une obsédante manière, tourne autour de ce qui le hante au plus profond ? : les yeux et la sphère-monde. Tout est contenu dans cet incessant va-et-vient entre les yeux et les boules sur lesquelles vient chanter sa voix. Chant singulier, inimitable transe où les mots s'imbriquent et roulent, dévalent la pente. Le Facteur Cheval, tout aussi fabuleux personnage, chuta au cours d'une des ses tournées et trouva une pierre à l'allure bizarre ? : il venait de sentir la clef de voûte de son Palais idéal. Les boules et les rêves font l'Histoire ? : une seule pierre, travaillée par la pluie et le vent, lie un artiste à un autre et nous invite vers les plus hauts sommets de l'imaginaire.
Ces pages (...) étaient nées, avant l'année 50, dans l'exaltation d'un premier voyage vers une ville fabuleuse : fabuleuse par l'antiquité, par l'histoire, et par l'admirable lumière, soleil ou lune, posée sur les pierres raf ? nées ou violentes d'architectures civiles, religieuses ou militaires, constituant l'un des ensembles les plus remarquables qu'il y ait à voir dans cette région de la planète. Eh bien, soit : que ces quelques pages subissent l'épreuve d'une petite édition amicale. Je les dédie au souvenir d'un temps où cette région du monde n'était pas encore ce terrible noeud insécable, où la rosée matinale savait tomber avec bonté sur les hommes et les choses de l'Orient, où le Paradis perdu ne l'était pas complètement pour un garçon de dix-huit ans qui rêvait les yeux ouverts. " Adamantins, ces premiers textes de Salah Stétié sont devenus ceux de l'espace et du temps perdus, dont ils mesurent l'empan avec vertige. Dernières traces d'une ville martyre.