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GRAVER SUR LE MUR DU VENT - CINQ ENTRETIENS RADIOPHONIQUES AVEC GEORGES PERROS
PERROS GEORGES
MARCEL LE PONEY
15,30 €
Épuisé
EAN :9782916452074
Georges Perros a voulu graver partout des signes et des lettres aussi impalpables que le vent. Il a voulu tracer, sur tout, des mots et des notes aussi insaisissables que l'eau. Georges Perros, en écrivant, a pris conscience qu'il n'y avait rien sous la main, sous la main qui trace les lettres et les mots et que tout n'existe que sous le soleil, éphémère, mais que rien n'est réel dans la nuit éternelle. La main n'a tracé que ce qu'elle ne pouvait pas toucher, et elle l'a tracé à cause des yeux qui la dirigeaient, à cause de la lumière qui l'éblouissait. La main qui écrit ne sait pas se relire, comme si les yeux se servaient d'elle pour lui faire écrire ce qu'ils voulaient, ce qu'elle n'aurait peut-être jamais écrit elle-même, ce qu'ils ne pouvaient pas écrire eux-mêmes. Avec Georges Perros, la main ne s'est pas trompée. Aveugle, elle a écrit ce qu'elle devait écrire dans sa nuit. Ses mots existent même sans nos yeux et le soleil. Les signes que les mains et les doigts ne voient pas, que le corps ne sent pas, que la mort ne comprend pas, ont été tracés partout, écrits sur tout. Les mots intouchables sont devenus des notes sous les mains, des sons dans la pensée. Tout entre dans notre tête, dans sa mémoire, comme un air nouveau qui ferait mieux respirer notre cerveau. Lire Georges Perros et relire ce que sa main a écrit, ce que sa main a pensé et recouvrir ce qui nous entoure sans rien recouvrir, comme si sa main qui avait écrit avait été transparente et qu'elle avait enveloppé le monde de ses mots et de ses notes, sans rien toucher jusqu'à laisser le monde intact.
Volontairement, paresseusement, éperdument, Georges Perros note. Bribes et morceaux ; fulgurations, colères, angoisse, apaisement, selon l'humeur, la lecture, le lieu, bref comme tout le monde vit : par moments, par éclairs, par éclats. "... Pour ne rien perdre de cette incessante lecture, tout m'est bon - bouts de papier, souvent hygiénique, tickets de métro, boîtes d'allumettes, pages de livre. J'en suis couvert." D'où aujourd'hui ces papiers distribués, collés, un livre - la chambre de l'esprit, mais à travers laquelle passe cet air de fête ou ce vent fou qui les a fait se détacher de la vie. Avec ses Papiers collés, dont c'est ici le deuxième tome, Georges Perros a inventé un genre. Et il était le seul à pouvoir le porter à la perfection.
Georges Perros (1923-1978) ne fut publié que grâce à Jean Paulhan - c'est ce qu'il confie dans l'une des quelque deux cents lettres adressées à C. G. Bjurström, traducteur du suédois, notamment de Strindberg, avec qui il avait travaillé en collaboration. Perros a affirmé lui-même quelque part que tout ce qu'il écrivait était "à sauver". Paradoxalement, ce n'était pas par prétention, mais au contraire par honnêteté et modestie. Il voulait dire par là, me semble-t-il, qu'il n'avait pas de langage de luxe, qu'il était toujours dans l'urgence et dans "le jour le jour intégral". "C'est bien d'écrire, ou de publier, tous les dix ans. Mais ça manque un peu de fraternité. Et comme nous en avons plutôt besoin, c'est tout une partie de la meilleure littérature qui est en panne". "L'art, oui, qu'est-ce que l'art ? Un déchiffrage, puis une gloire - celle de Dieu - puis une contestation passionnée (...) l'art, après tout, je crois que c'est un travail assisté par le hasard (tant pis pour la rime !), un travail qui ne finit jamais, parce qu'il porte en lui de quoi échapper à ce travail. Mais l'homme est devenu abstrait. Alors, il bricole." Oui, oui, chez Perros, "passant considérable" et "passager clandestin", décidément, tout - même le trivial, car ce dernier, chez lui, reste chargé de sens et d'électricité - est à sauver, dans une perspective cette fois qui nous concerne, nous, ses lecteurs. Ces lettres à C. G. Bjurström qui vont de 1958 à sa mort en sont à nouveau l'indubitable confirmation.
Georges Perros était poète et, comme la plupart des poètes, il se souciait fort peu de recenser ses oeuvres. Il les donnait à des revues, les envoyait à ses amis ou les offrait pour la fête des mouettes de Douarnenez... Nous avons rassemblé tous ces poèmes, oubliés ici ou là.
Lire, dit Georges Perros, c'est jubiler. On n'y peut rien. Parler de la difficulté, de l'ésotérisme, c'est se donner des gants. Lire c'est plaisir. Le plaisir n'est pas toujours facile. Ni immédiat. Je n'insisterai pas." Tel est le principe qui gouverne sa méthode critique, qui n'en est pas une. Ses articles, pleins d'amour ou de sévérité, de tendresse ou de colère, et d'humour, - souvent d'un peu tout cela -, n'ont pas la froideur ni la neutralité convenues du genre. Ils sont d'un lecteur profondément concerné, voire mis en cause par le texte de l'autre ; c'est pourquoi il ne leur manque rien de l'étonnante intelligence qu'il applique, comme par mégarde, à toutes choses, dont l'acuité n'a d'égal que l'humilité. Lectures : le titre est de Perros. Ce recueil, voulu par d'autres que lui, est à part entière un livre de lui. Il s'y trouve, comme dans toutes ses oeuvres, totalement engagé et indépendant ; nous donnant à vérifier ce point de vue qui est sous sa plume, ne nous y trompons pas, tout de paradoxale modestie : "Dès qu'un critique est intéressant, il le devient beaucoup plus que l'auteur qu'il étudie. L'homme qui lit n'est pas moindre que l'homme qui écrit. Enfin, nous sommes tous des critiques."
Admiré d’un vaste lectorat, Michel Butor n’est pourtant pas l’un des écrivains français les plus célèbres aujourd’hui. Une énigme entoure notre auteur cependant devenu mythique au lendemain de la publication de La Modification en 1957 et du prix Renaudot qui y fut alors attaché. Un certain abandon de la critique, médusée, succède à la gloire officielle du début de sa carrière. "Qui êtes-vous Michel Butor ?" Voilà donc la question à laquelle nous avons tenté de répondre au cours de nos entretiens avec Michel Butor, toujours à l’écart, à la marge.
Résumé : Parler de tout et de rien avec Alain Jouffroy. Quand le tout devient rien et quand le rien devient tout. Quand l'infini devient l'infime et vice versa. Quand l'essentiel devient le dérisoire et le dérisoire l'essentiel, quand la vie égale la mort ou la mort la vie, le soleil la nuit, la nuit le soleil. Quand le ciel brille dans l'obscurité ou s'illumine dans la lumière. Parler avec Alain Jouffroy comme nous ouvrons les yeux et vous voyons, non pas crier et voir seulement ce que nous pouvons atteindre avec nos jambes, mais parler avec lui et voir jusqu'ou nous ne pouvons pas aller avec notre corps. Parler et aller là où nous ne sommes pas mais aussi là où nous sommes en vie. Penser comme un enfant. Jouer avec les mots comme les enfants jouent avec les choses jusqu'à ce qu'elles deviennent des jouets. Que les mots deviennent des objets. Parler et atteindre avec nos paroles comme avec nos yeux ce que nous ne pouvons pas toucher et où nous ne pouvons pas avancer. Parler et nous enfoncer dans l'eau, l'air et la terre. Aller là dans le soleil et sa lumière. Nager et voler, ramper dans notre mémoire, loin dans le noir comme nous avons rampé enfants, sous le monde autour. Dire encore quelques mots, projeter dans l'espace encore quelques sons, faire vibrer l'air, être encore vivants.