Notre site web sera en maintenance ce mardi 3 février après-midi. Les commandes enregistrées ne subirons pas de retard de traitement.
Lectures. Comptes rendus et articles critiques
Perros Georges
TEMPS IL FAIT
12,00 €
Épuisé
EAN :9782868531162
Lire, dit Georges Perros, c'est jubiler. On n'y peut rien. Parler de la difficulté, de l'ésotérisme, c'est se donner des gants. Lire c'est plaisir. Le plaisir n'est pas toujours facile. Ni immédiat. Je n'insisterai pas." Tel est le principe qui gouverne sa méthode critique, qui n'en est pas une. Ses articles, pleins d'amour ou de sévérité, de tendresse ou de colère, et d'humour, - souvent d'un peu tout cela -, n'ont pas la froideur ni la neutralité convenues du genre. Ils sont d'un lecteur profondément concerné, voire mis en cause par le texte de l'autre ; c'est pourquoi il ne leur manque rien de l'étonnante intelligence qu'il applique, comme par mégarde, à toutes choses, dont l'acuité n'a d'égal que l'humilité. Lectures : le titre est de Perros. Ce recueil, voulu par d'autres que lui, est à part entière un livre de lui. Il s'y trouve, comme dans toutes ses oeuvres, totalement engagé et indépendant ; nous donnant à vérifier ce point de vue qui est sous sa plume, ne nous y trompons pas, tout de paradoxale modestie : "Dès qu'un critique est intéressant, il le devient beaucoup plus que l'auteur qu'il étudie. L'homme qui lit n'est pas moindre que l'homme qui écrit. Enfin, nous sommes tous des critiques."
Georges Perros (1923-1978) ne fut publié que grâce à Jean Paulhan - c'est ce qu'il confie dans l'une des quelque deux cents lettres adressées à C. G. Bjurström, traducteur du suédois, notamment de Strindberg, avec qui il avait travaillé en collaboration. Perros a affirmé lui-même quelque part que tout ce qu'il écrivait était "à sauver". Paradoxalement, ce n'était pas par prétention, mais au contraire par honnêteté et modestie. Il voulait dire par là, me semble-t-il, qu'il n'avait pas de langage de luxe, qu'il était toujours dans l'urgence et dans "le jour le jour intégral". "C'est bien d'écrire, ou de publier, tous les dix ans. Mais ça manque un peu de fraternité. Et comme nous en avons plutôt besoin, c'est tout une partie de la meilleure littérature qui est en panne". "L'art, oui, qu'est-ce que l'art ? Un déchiffrage, puis une gloire - celle de Dieu - puis une contestation passionnée (...) l'art, après tout, je crois que c'est un travail assisté par le hasard (tant pis pour la rime !), un travail qui ne finit jamais, parce qu'il porte en lui de quoi échapper à ce travail. Mais l'homme est devenu abstrait. Alors, il bricole." Oui, oui, chez Perros, "passant considérable" et "passager clandestin", décidément, tout - même le trivial, car ce dernier, chez lui, reste chargé de sens et d'électricité - est à sauver, dans une perspective cette fois qui nous concerne, nous, ses lecteurs. Ces lettres à C. G. Bjurström qui vont de 1958 à sa mort en sont à nouveau l'indubitable confirmation.
Volontairement, paresseusement, éperdument, Georges Perros note. Bribes et morceaux ; fulgurations, colères, angoisse, apaisement, selon l'humeur, la lecture, le lieu, bref comme tout le monde vit : par moments, par éclairs, par éclats. "... Pour ne rien perdre de cette incessante lecture, tout m'est bon - bouts de papier, souvent hygiénique, tickets de métro, boîtes d'allumettes, pages de livre. J'en suis couvert." D'où aujourd'hui ces papiers distribués, collés, un livre - la chambre de l'esprit, mais à travers laquelle passe cet air de fête ou ce vent fou qui les a fait se détacher de la vie. Avec ses Papiers collés, dont c'est ici le deuxième tome, Georges Perros a inventé un genre. Et il était le seul à pouvoir le porter à la perfection.
La collaboration entre Perros (alors Poulot) et Vilar a sans doute débuté par un malentendu : le directeur de théâtre est persuadé qu'il va débusquer l'auteur maison. Le lecteur, lui, se convainc qu'il doit chercher une aiguille dans une botte de paille. Et il prépare des réponses sans concession destinées à ces tortionnaires que sont les expéditeurs de manuscrits. Le ton Perros est déjà là ; la grisaille d'un résumé n'est pas son genre. Il interpelle Vilar, en fait son interlocuteur, le prend à témoin, l'invite à vérifier une intuition favorable, et de temps en temps ironise sur les conditions financières qui sont faites au Souffre-lecteur : "N'augmentez pas mon salaire, je me croirai obligé de tout lire, et vous de venir à mon enterrement".
Résumé : "Ce que j'écris est à lire dans un train, par un voyageur qui s'ennuie, et qui trouve sur la banquette, oublié, un de mes bouquins". Seriez-vous prêt à être ce voyageur ? A être ce lecteur, désireux de prendre le temps de s'immerger dans l'oeuvre de Georges Perros (1923-1978), non pour passer le temps mais pour suivre ce passeur, cet homme de littérature, toutes les littératures ? Car Perros fut comédien, auteur, critique littéraire, lecteur de manuscrits, professeur de "cours d'ignorance". Un seul amour donc, celui du texte, des mots, de la diction. Un seul univers, celui de la littérature, pour lui qui connut les grands contemporains : Jean Paulhan et Jean Grenier, ses mentors ; Michel Butor et Gérard Philipe, ses "frères" ; Georges Lambrichs, Pierre Klossowski, Jean Roudaut, ses amis. De lui-même, il disait : "Je n'arrive pas à prendre mon écriture, comme on dit, au sérieux, je ne peux travailler que quand je suis distrait, quand je ne m'en aperçois pas". Un vagabondage, des écritures multiples caractérisent cet important ensemble de textes - certains totalement inédits (une quinzaine de carnets a été retrouvée), et d'autres parus uniquement en revue. Ils sont publiés dans le cheminement de leur création et accompagnés d'un choix d'oeuvres graphiques (dessin, peinture, gravure). Au lecteur d'emprunter ses propres sentiers, distraitement, dans les Ouvres de Georges Perros.
Mécompris, censuré, tout ensemble adoré et haï, le recueil des Petites pièces philosophiques (Operette morali) apparaît comme le revers implacable du lyrisme des Canti. Leopardi, négligeant dédaigneusement l'arsenal romantique, y déploie les ressources d'une prose à la fois délicieuse et terrifiante, dont la littérature européenne offre bien peu d'exemples. Dans ce petit théâtre philosophique, fiévreusement élaboré au début du XIXe siècle, le nihilisme moderne semble naître tout armé. Schopenhauer, Nietzsche, grands lecteurs de Leopardi, creuseront ce sillon ; d'autres suivront celui du Désir. Grosses d'un désespoir qui est déjà le nôtre, ces pièces témoignent aussi de la littérature comme activité frivole et nécessaire, comme exercice presque joyeux du sens contre le rien.