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Archives de sciences sociales des religions N° 200, octobre-décembre 2022 : Bulletin bibliographique
Pelletier Denis
EHESS
23,00 €
Épuisé
EAN :9782713229251
Ce numéro 200 des ASSR réunit plus de 100 recensions de livres parus au cours des dernières années dans le champ des sciences sociales des religions. La pratique du compte rendu critique est une tradition ancienne aux Archives, présente depuis la fondation de la revue en 1956. Elle nous semble toujours nécessaire, à l'heure où les débats épistémologiques qui traversent nos disciplines font souvent l'objet de controverses dans l'espace public, parfois bien éloignées des enjeux initiaux. Cette conversation savante se prolonge sous plusieurs formes. Entre théorie et pratique de la recherche, la rubrique "Atelier des sciences sociales du religieux" propose une réflexion sur les manières de définir le judaïsme, une autre sur les questions que soulève le projet d'une sociologie historique du Moyen Age religieux. Une série de "notes critiques" mèneront le lecteur de la rencontre entre hindouisme et modernité à la notion de désaffiliation religieuse, en passant par des approches renouvelées du chamanisme et de l'initiation et par un réexamen de la question théologico-politique à la lumière du judaïsme. Deux de ces notes revisitent l'itinéraire et l'oeuvre de Michel de Certeau et de Pierre Bourdieu et Danièle Hervieu-Léger. Les Archives rendent enfin hommage à deux amis récemment disparus, Jim Beckford qui fut une figure centrale de la sociologie européenne des religions, et Alfonso Pérez Agote qui contribua au retour de l'Espagne dans le champ des sciences sociales après la fin du franquisme.
Officier de marine devenu dominicain, Louis Lebret avait déjà mené une première carrière de prêtre syndicaliste lorsqu'il fonda en 1941 le mouvement Economie et Humanisme. D'abord engagé aux côtés de Vichy dont il s'éloigna en 1942, puis mêlé aux débuts des internationales démocraties chrétiennes européennes et latino-américaines, il fut dans les années cinquante un des pionniers de l'économie du développement. Au cours de multiples missions dans le tiers monde, il devint le conseiller de Mamadou Dia au Sénégal, du président Chehab au Liban, d'Edouardo Frei au Chili. A la fois expert et homme de terrain, intellectuel et militant du catholicisme social, cet homme d'influence joua un rôle clé auprès de Dom Helder Camara et des évêques du tiers monde au concile, et rédigea pour Paul VI la première version de l'encyclique Populorum progressio. Dans le sillage d'Economie et Humanisme se croisent syndicalistes et militants d'Action catholique, ingénieurs sociaux et prêtres-ouvriers, acteurs français et étrangers de l'aménagement du territoire et du développement. De la corporation au progressisme chrétien, de la mission ouvrière au tiers mondisme, leur itinéraire rencontre celui de personnalités aussi diverses que l'économiste François Perroux, le philosophe Gustave Thibon, le père Chenu ou le dominicain sociologue Henri Desroche. Centré sur l'analyse des réseaux et la circulation des modèles intellectuels, ce livre raconte enfin les métamorphoses d'une utopie communautaire qui nourrit pendant près de trois décennies l'engagement d'une génération de chrétiens dans les combats du siècle.
La gracia, es caminando ", " la grâce, c'est la marche sur le Chemin ", comme le dit une pèlerine croisée sur la route de Santiago, en Espagne. Cet ouvrage est à la fois une enquête et un récit. Il constitue la première véritable enquête ethnographique sur le Chemin de Compostelle. Pour cela, l'anthropologue s'est faite pèlerine, marchant et observant, interrogeant de nombreux pèlerins. Puis elle a pris l'habit de l'hospitaliera, participant à leur accueil dans plusieurs gîtes d'étape. Il en résulte un récit particulièrement vivant, une intrigue qui entraîne le lecteur dans la découverte d'une pratique contemporaine du pèlerinage dans laquelle se côtoient des catholiques apostoliques romains, des chrétiens sur mesure, des croyants à la carte et des non croyants. Mais l'intrigue, c'est aussi de repérer comment coexistent la manière catholique de pèleriner, inscrite dans l'histoire longue et régulée par l'institution ecclésiale, avec une ascèse sécularisée qui se vit dans l'instant de la marche, dans la communion avec la nature et dans les rencontres en chemin. Dans tous les cas, la narratrice nous conduit à découvrir les diverses improvisations effectuées par les pèlerins sur un scénario de tradition catholique. Au-delà de l'idée de l'individualisation du croire, elle nous propose de regarder le Chemin comme la scène d'un théâtre, comme une sorte de Commedia dell'arte, où il n'est pas nécessaire d'être catholique pour être acteur. La fable de soi se produit alors en marchant, chacun en est le héros et choisit son rôle en chemin.
Résumé : Pourquoi a-t-on cru, voici trente ans, à la fin des religions en Europe ? Par quels chemins l'émotion religieuse est-elle revenue au c?ur de nos sociétés ? Comment les catholiques vivent-ils l'actualité ? Recul de la pratique religieuse, prêtres en rupture de vocation, désertion des militants : dans les années 1960 et 1970, le catholicisme français est en crise. Avec l'encyclique Humanae vitae, qui renouvelle l'interdit sur la contraception, le fossé se creuse entre Rome et les femmes. Mai 68 révèle un gauchisme chrétien qui veut la révolution dans la société et dans l'Eglise. A l'autre extrême naît la dissidence intégriste de Mgr Lefebvre. Ce livre est la première synthèse historique sur la crise catholique qui a suivi Vatican II. Il montre comment les années 1968 ont vu émerger une autre manière d'être croyant en France ; comment la crise catholique ne se sépare pas de celle de la société française à l'issue des Trente Glorieuses ; et comment, sous l'explosion de la contestation et la mobilisation des intelligences, se trame une mutation dont nous sommes les héritiers immédiats.
Depuis le début des années 1990, la plupart des hôpitaux européens ont révolutionné les pratiques entourant la mort du foetus ou du nourrisson. Escamoter l'enfant mort et inciter les parents à "passer à autre chose", tel était l'usage jusqu'alors. Apprendre à "faire son deuil", telle est la règle désormais. Le deuil devient volontariste, presque appliqué. Mais le plus surprenant est sans doute l'invite systématiquement faite aux parents de regarder leur enfant mort. Internationale, cette mutation fut aussi radicale: en dix ans, une page de l'histoire de la mort enfantine a été tournée. Elle cristallise une nouvelle manière de saluer les morts rendant essentielles la matérialité et l'incarnation du souvenir. Que s'est-il passé pour que la présentation ou la représentation du corps devienne, ou redevienne, incontournable pour penser la perte? Un simple retour au passé? Fétichisation du corps et psychologisation de son usage: le corps, la chair, le donné biologique sont appelés au secours des psychés. Mais le phénomène se limite-t-il bien au cas des bébés morts? Que nous suggère-t-il de la redéfinition contemporaine des identités?
Dans une Italie communale qui bénéficie, au cours des XIIe et XIIIe siècles d'un essor sans précédent de la production et des échanges, le paysage urbain se hérisse de tours, tandis que les rues résonnent en permanence du pas de ces puissants chevaux de guerre qui peuplent tant de fresques et de tableaux de la première Renaissance. Tours et chevaux symbolisent la supériorité d'une classe sociale, la militia, qui pendant longtemps restera ouverte à tous ceux qui ont les moyens d'acheter un cheval de guerre et de s'entraîner pour le combat monté. Composée pour l'essentiel de propriétaires fonciers, la militia n'en présente pas moins une grande diversité de conditions sociales qu'accentue encore la participation plus ou moins active de ses membres aux secteurs les plus dynamiques de l'économie marchande. Seuls en fait les profits tirés de la guerre et la défense des privilèges qui lui sont reconnus en échange de ses prestations militaires expliquent l'étonnante cohésion de cette classe et sa capacité à perpétuer un système de domination qui s'identifie, jusqu'au début du XIIIe siècle, avec le régime des consuls. Et pourtant, la militia se verra contrainte, en l'espace de quelques décennies, de renoncer à ses privilèges et d'abandonner le pouvoir à de nouvelles catégories de la population regroupées sous la bannière du popolo. Comment expliquer une débâcle aussi rapide ? Par l'irrésistible montée en puissance du popolo, sans aucun doute, et par les décisions internes de la militia. Mais elle apparaît plus encore comme la conséquence inévitable d'une culture de la haine qui, malgré tous les mécanismes destinés à en limiter les effets, conduit à l'implosion d'un tel système de domination.
Georges Guille-Escuret bouscule un des tabous de la civilisation: le cannibalisme. II soumet au crible d'une analyse incisive le regard porté par les sciences sociales sur l'anthropophagie. Entre les récits d'explorateurs, les témoignages de missionnaires et les commentaires de savants, se dessine une épistémologie à double sens, portant sur la confrontation entre la culture des peuples observés et celle des observateurs. Le cannibalisme se révèle une formidable loupe pour observer les antagonismes de pensée autour du rapport nature/culture. Il permet aussi de mettre au jour la dimension historique de l'exotisme. Ce livre, tout en réinsérant le cannibalisme parmi les sujets anthropologiques, prétend combattre efficacement l'ethnocentrisme et le mépris du "sauvage" dans la "civilisation".