Qu'est-ce que la littérature ? Qu'en avons-nous fait ? Que voulons-nous qu'elle soit ? La littérature est une forme de partage. Elle institue le commun loin du mythe loin du mythe et de l'anomie douloureuse, pour conjurer toute communion aveugle de la masse et briser l'isolement démuni des exclus. Elle répond et pare à la panique collective. Mais la littérature est parfois elle-même figée dans une loyauté traumatique. C'est le cas, en France, depuis la Seconde Guerre mondiale : l'irreprésentable de l'holocauste hante un certain sublime de l'écriture et le formalisme critique qui l'a défendu. Aussi ce livre propose-t-il de remonter le temps, comme un ressort, jusqu'au XVIIe siècle. Un nouveau régime sacral émerge alors, qui rompt avec la sorcellerie et libère une zone de profanation permanente où s'engouffre la littérature. Un horizon de subjectivation sans précédent succède à l'effroi laissé par la peste et les guerres de religion. Le partage transitionnel de la littérature devient alors pensable. Cette monumentale histoire culturelle de ce qui menace la culture n'a guère d'équivalent. La connaissance intime du passé y nourrit une conceptualisation audacieuse des liens affectifs et sociaux que la littérature ouvre et consolide. Et un souci du présent y projette dans l'avenir la question de la transmission d'une exigence démocratique.
Savinien Bergerac n'est pas un lycéen comme les autres. Trop sérieux, trop cultivé, d'une politesse désuète, il serait le fils d'un aristocrate à moitié fou et semble venu d'un autre monde. Il intrigue ses camarades qui ne savent rien de sa vraie vie. Savinien a de multiples raisons d'être préoccupé. Livré à lui-même et responsable de Pyrame, son jeune frère révolté avec lequel il vit seul, le jeune homme doit faire des choix et garantir le succès de la mission qui leur a été confiée. Mais Pyrame désobéit, entraînant Savinien et leurs camarades dans une aventure périlleuse qui ne laissera personne indemne.
Recueil de textes de dizaines d'auteurs ayant participé au mouvement de critique littéraire "Transitions" aux côtés d'Hélène Merlin-Kajman, entre 2011-2022. Quelque contributeurs : Franck Alegret-Bourdon Benjamin Antzenberger François Ardeven Benoît Autiquet Eva Avian Claire Badiou-Monferran Yunfei Bai André Bayrou Victor Béguin Anne E. Berger Sarah Beytelmann Hall Bjornstad Marcianne Blévis Marie-Hélène Boblet Marie Bolloré Carlo Brio Jules Brown Stéphanie Burette Noémie Bys Gilbert Cabasso Sylvie Cadinot-Romerio Laurent Carceles Adrien Chassain François Cornilliat Gabriel Marie D'Avigneau Jérôme David Dionys Del Planey Robert Descimon Christian Drapron François-Ronan Dubois Florence Dumora Mathias Ecoeur Pierre-Antoine Fabre Linda Fares Mathilde Faugère Léa Figueras Lise Forment Coline FournoutGuido Furci Jean-Paul Galibert Jean-Patrick Géraud Ivan Gros Clarice Hellin Alexis Hubert Virginie Huguenin Natacha Israël Julien Jeusette Côme Jocteur-Monrozier Barbara Kadabra David Kajman Nathalie Kremer Fleur Kuhn-Kennedy Paul Laborde Ullrich Langer
Résumé : Que serait la littérature sans l'apprentissage premier des histoires que les parents lisent aux enfants, avant que ceux-ci ne deviennent capables de lire seuls à leur tour ? La littérature est d'abord une histoire de transmission et de réception qui, tel un objet transitionnel, permet à chacun d'apprendre où passe la frontière entre l'univers intime et le monde réel et extérieur. Parler de la littérature, c'est défendre une zone mise en danger : celle de sa transmission. Au diagnostic, aujourd'hui banal, d'une crise de la littérature dans les sociétés démocratiques, alors qu'elle constituait le coeur de leur culture jusqu'à une époque récente, on ne peut plus répondre par l'aporie de sa définition (si la littérature a vraiment jamais existé dans l'histoire), voire de la discipline dont elle est l'objet (histoire littéraire ? sociologie des institutions littéraires ? théorie critique ? rhétorique ? poétique ? stylistique ? etc.). Nous faisant changer de pied, Hélène Merlin-Kajman s'interroge sur sa transmission, donc son avenir : quel usage , quel partage de la littérature est-il important non seulement de défendre mais de promouvoir, sinon d'inventer dans des sociétés démocratiques, c'est-à-dire fondées sur le respect de l'individu, la valorisation de son autonomie et de sa liberté (de conscience, de sentiment), non moins que sur les valeurs de la solidarité sociale et de la citoyenneté ? Quel rôle la littérature tient-elle dans cette affaire ? Pour quelles valeurs non seulement cognitives, mais aussi esthétiques voire thérapeutiques requises par le citoyens en démocratie faut-il restaurer le partage transitionnel de la littérature - afin que les textes littéraires, aujourd'hui observés par les sciences humaines ou tenus à distance par l'univers des images comme s'ils n'existaient qu'en dehors, tissent à nouveau des liens pour nous ?
Résumé : Issue du romantisme, la modernité occidentale s'est construite par opposition avec le " classicisme ", assimilé à un style de domination sociopolitique. Portée à l'excès, cette critique aboutit à la phrase fameuse de Roland Barthes, " la langue est fasciste ", qui en dit long sur le contre-sens d'interprétation sur lequel se fonde cette critique. l'ouvrage d'Hélène Merlin-Kajman nous propose une tout autre vision du classicisme. La civilité qu'il a instaurée a eu pour fonction, dans la France du XVIIe siècle, de sortir de la violence des guerres civiles de religion pour instaurer une nouvelle forme de collectivité, qui se situerait au-delà des affrontements entre communautés. Il faut dénouer cette erreur historique pour purger la modernité de sa part mortifère, telle qu'elle s'exprime notamment à travers des formes de pédagogie qui, sous couleur de progressisme, se réduisent à donner une vision négative de la norme.
La psychanalyse reste-t-elle une méthode de cure valable pour les patients du troisième millénaire ? Dans un style informel et provocateur, Antonino Ferro, l'un des psychanalystes contemporains les plus influents, confirme ici toute la vitalité de la discipline inventée par Freud, et expose, point par point, sa vision du travail analytique : l'utilisation du divan ou du face à face, la durée des séances et de la thérapie, le paiement, le transfert érotique, l'autisme, le mensonge... Il en résulte un "guide" stimulant pour le thérapeute qui souhaite s'aventurer au-delà de la pure orthodoxie, et pour les patients qui s'engagent avec curiosité et intérêt dans cet espace de créativité partagée.
Réédition revue, actualisée et augmentée d'inédits et d'un index, du premier ouvrage de Florence Guignard Au vif de l'Infantile, originellement paru en Suisse en 1996 (Delachaux & Niestlé).
Que se passe-t-il dans les liens amoureux quand l'un trahit l'autre, ne tient pas sa promesse, vit une autre expérience affective dans le secret et l'infidélité ? Que devient cet amour investi par le traumatisme de la trahison et de l'abandon ? Et que se passe-t-il si celui qui a trahi cherche ensuite à être pardonné ? Si, après avoir décrété que "ce n'est plus comme avant", il demande à être encore aimé en espérant que, justement, tout "redevienne comme avant" ? Le pardon est-il alors possible ? Ou faut-il redire après la sentence freudienne que l'amour n'est qu'un rêve narcissique, et qu'il n'y a pas d'amour pour l'Autre qui ne soit amour de soi-même ?
Le père, loin de n'être qu'un géniteur, est devenu, grâce à "la religion monothéiste" selon Freud, le héros d'une aventure spirituelle ; celle-ci fait de la paternité un "progrès dans la spiritualité" . Cette valeur nouvelle repose sur la parole qui engage celui qui se reconnaît comme père auprès d'un enfant, en reconnaissant cet enfant comme le sien ? Première déclaration d'amour pour son enfant, qui ne tient qu'aux mots, qui échappe aux sens, qui, de géniteur, le rend père de cet enfant à qui il donne son nom. Mais que devient le nouage entre le père et la paternité quand la conception religieuse du monde s'éclipse au profit de la conception scientifique, et des bouleversements dans la filiation ? Si la paternité est viable sans le soutien d'une religion, comment se met en place la dissociation souvent observée entre un père et sa paternité, comment les errements et les égarements des pères l'auront-ils annoncée et préparée ? Quel est le secret de ce lien que la paternité constitue, différent en fonction du sexe de l'enfant ? A la fin de son enseignement, Lacan considère que le père oedipien garant des histoires de famille et de la norme sexuelle est devenu un symptôme dans notre modernité, parmi d'autres pères-symptômes voués à faire tenir ensemble leur parole et leur jouissance, mais aujourd'hui loin des codes associés à l'hétérosexualité. Comment le penser ? Désormais qu'est-ce qu'un père, et même à quoi sert-il, si la représentation de son meurtre ne parvient plus à mettre en scène et à donner sens à la mort ? De quelle fiction peut-il être le garant dans un temps, le nôtre, où la discordance entre le monde et l'homme devient assourdissante ?