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Proust voyant
Méheust Bertrand
VUES ESPRIT
24,99 €
Épuisé
EAN :9782931146057
Selon les témoignages de ses proches, Marcel percevait ce que les autres ne voyaient pas. Son ami Reynaldo Hahn le qualifiait même de "médium éveillé" . Il était assurément informé des recherches menées sur le sujet par les sciences psychiques qui connaissaient alors leur âge d'or en France. Dès ses premiers écrits, ces singulières capacités forment la trame implicite de sa narration : la puissance évocatrice des noms, des lieux et des choses, jusqu'au projet de voyager dans la mémoire pour faire revivre un monde perdu, toute l'oeuvre de Proust semble conçue comme une odyssée de la conscience élargie. La magie de la Recherche et la fascination qu'elle exerce sur ses lecteurs tiendraient ainsi à ce qu'elle présente un monde perçu au filtre de ces pouvoirs de l'esprit.
L'approche contemporaine de la divination est aujourd'hui traversée par un paradoxe: quand elle estétudiée par des historiens et des anthropologues, et porte sur des formes antiques ou non occidentales, elle constitue un objet prestigieux. En revanche, lorsque les parapsychologues et les métapsychistes se penchent sur les pratiques des voyants contemporains, ici même, en Occident, leur démarche est considérée comme suspecte et leur objet est taxé d'illusoire. Le positivisme et le scientisme ont beau être officiellement passés de mode, c'est à travers leur prisme l'on continue de voir le problème posé à notre culture par la persistance des pratiques divinatoires. La divination antique ne doit être étudiée que comme laboratoire de la future rationalité. Quant à la question de la réalité de la voyance elle n'est plus abordée parce qu'implicitement on la tient pour réglée. Pour nos historiens et nos anthropologues, il va sans dire que les devins ou les voyants n'ont pas accès à des réalités cachées, qu'ils ne peuvent prédire l'avenir ou voir à distance, et que leur pratique s'épuise en effets de sens. C'est ce consensus que l'auteur conteste. Aujourd'hui encore, en Occident, des hommes et des femmes savent se mettre dans un état de conscience spécial afin de se porter vers des « cibles » éloignées dans le temps et l'espace pour en ramener des informations vérifiables. La signification donnée à ces expériences par les intéressé(e)s et ceux qui les analysent est évidemment propre à notre temps, mais le fait de la métagnomie demeure. Une fonction mentale semble bien transcender les variations culturelles et persister sous des formes sans cesse renouvelées. Or la psychologie occidentale a fait jusqu'à présent l'impasse sur cette dimension de l'esprit. Mais si on fait l'hypothèse de sa réalité, on débouche sur une compréhension nouvelle de la vie psychique.
Résumé : En 1842, Alexis Didier, à peine âgé de 16 ans, commence à stupéfier ses contemporains par ses dons de clairvoyant magnétique : on vient déjà de Londres pour consulter le jeune prodige. Il concentre sur sa personne tous les dons que l'on attribue aux somnambules magnétiques : diagnostic médical, perception des pensées d'autrui, vision à distance ou à travers des corps opaques, lecture dans des livres fermés, perception épigastrique, etc. Sa renommée se répand dans les salons de l'aristocratie. Pendant quinze ans, il va ainsi régulièrement s'efforcer de faire la preuve de ses dons présumés, déclenchant polémiques et fascination. Alexis est une sorte de héros balzacien. Il incarne une figure nouvelle : celle du " héros magnétique ". Il se croit investi d'une mission et veut prouver par des moyens expérimentaux l'immortalité de l'âme. Il se dépense tant dans cette tâche qu'il y ruine sa santé fragile, se retirant à l'âge de 30 ans. Paradoxalement, le plus célèbre des voyants du XIXe siècle n'avait jamais fait l'objet d'une étude approfondie, malgré la vogue actuelle d'ouvrages sur la voyance. Ce livre propose une nouvelle manière de comprendre et de rendre compte des phénomènes magnétiques et de voyance qui intriguent tant le public.
Résumé : Parmi les très nombreuses figures de Jésus, la plus évidente et la plus frappante, celle du thaumaturge réticent et miséricordieux, celle du guérisseur aux miracles, n?est plus abordée aujourd?hui qu?avec gène, sous l?effet conjugué des interdits rationalistes et des orientations fidéistes. Tout se passe comme si les historiens contemporains s?interdisaient ainsi d?utiliser la principale source d?information dont ils disposent, à savoir que, précisément, Jésus fut un thaumaturge. Bertrand Méheust, en s?appuyant sur le corpus des sciences psychiques, s?emploie méthodiquement à explorer toute cette dimension négligée, en mettant de côté les déterminations de la théologie et les a priori de la raison dogmatique. Ni catéchisme confessionnel, ni plaidoyer rationaliste, cette enquête minutieuse et envoûtante nous replonge au coeur d?un mystère qui continue d?interroger notre temps. Du nouveau sur le cas Jésus ? Assurément. Et ce livre nous le montre avec une rigueur magnifique.
Iannis Xenakis (1922-2001), ce polymathe par excellence, n'a - en fait - peut-être jamais réfléchi ni agi en tant que musicien, ou comme architecte - seulement. En fait, il incarnait intégralement son propre modèle "d'artiste concepteur", s'inspirant à la fois des sciences et de tous les arts. Louvoyant savamment entre le faire et le percevoir, Musique, Architecture, Mathématiques, Arts plastiques, Littérature, Danse, Film sont ici confrontés au sein d'autres sphères poreuses (d'ordre philosophique, esthétique, sociopolitique, culturel par exemple), n'oubliant aucunement, par devers ces disciplines complémentaires, l'espace sensible de la composition et de la création de spectacles vivants.
Résumé : Au fil de rencontres avec des femmes engagées dans des démarches spirituelles de différentes traditions - sioux Lakota, soufisme, bouddhisme tibétain ou chamanisme Dagara d'Afrique de l'Ouest - Hilary Hart fait résonner des voix que l'on entend rarement. Elles parlent de la condition des femmes et des capacités qui leur seraient propres dans le rapport aux mondes visibles et invisibles et leur lien aux cycles cosmiques. Se dessinent ainsi, sous une forme plurielle et ouverte, les grands traits d'un "esprit du féminin", accessible aux hommes comme aux femmes, que l'une des personnes rencontrées appelle l'Inconnue. Son trait le plus essentiel consiste à laisser entrer le divin dans tous les plans de l'existence. Il se transmet autant par l'amour et la connaissance que parle rire et la joie. En ces temps de guerres et de dévastation écologique, on trouvera plus qu'un réconfort dans la sérénité de ces femmes qui incarnent une autre manière d'être pleinement au monde. De nos jours, la simplicité est peut-être ce qu'il y a de plus profond.
Selon la tradition dzogchen tibétaine ? enseignement spirituel qui transcende toute forme religieuse particulière et vise à transmettre une connaissance complète des conditions de l?être humain ? il arrive qu?à la mort d?un maître particulièrement accompli, son corps rétrécisse puis disparaisse, le souvent au bout de quelques jours, pour se fondre en lumière. Ce phénomène est l?un des plus fascinants qui soient et sa réalité peut à bon droit susciter l?incrédulité. Pour en avoir le c?ur net, Francis Tiso s?est rendu au Tibet pour mener une enquête à propos d?un cas récent, celui du yogi khenpo A Chö, décédé en 1998, en interrogeant les témoins de sa disparition et en rencontrant les maîtres qui l?avaient connu. D?autre part, il s?est également intéressé à l?histoire de cette doctrine depuis les origines de la tradition dzogchen et aux résonances que ce phénomène peut entretenir avec la disparition du corps de Jésus-Christ et la promesse faite aux chrétiens de ressusciter en un corps de lumière. Évagre le Pontique, actif à la fin du IVe siècle, est l?auteur de textes majeurs à ce sujet. Or il se trouve que le christianisme syriaque a accordé une grande importance à ses enseignements contemplatifs, transmis le long de la Route de la soie jusqu'en Chine, où on le connaissait pour cette raison sous le nom de « religion de la lumière ». L?ouvrage explore ainsi l?hypothèse vertigineuse de rencontres et d?échanges autour de pratiques visionnaires, entre chrétiens et bouddhistes, manichéens, musulmans et hindous, au VIIIe siècle, dans des oasis d?Asie centrale, aux confins des mondes perse, indien, tibétain et chinois. La tradition dzogchen serait née de ces rencontres, proposant à ses adeptes comme réalisation ultime cette extraordinaire manière de mourir. L?enquête originale et foisonnante menée par Francis Tiso bouleverse les cloisonnements traditionnels et ouvre des perspectives nouvelles, tant sur l?histoire des religions qu?à propos des pratiques spirituelles les plus secrètes.
Second ouvrage de l'auteur qui fait suite à Des empires sous la terre. Histoire écologique et raciale de la sécularisation (La Découverte, 2021). Une discussion philosophique des courants majeurs des sciences humaines actuelles montre qu'une décolonisation des savoirs ne sera possible qu'à condition d'amorcer un tournant métaphysique de l'anthropologie. A la faveur d'un dialogue entre deux courants centraux de la pensée contemporaine, le tournant ontologique de l'anthropologie (Descola, Latour) et l'anthropologie critique postcoloniale (Asad, Saïd), ce livre cherche à ouvrir une nouvelle voie en indiquant la dimension métaphysique que devrait assumer l'anthropologie. Si la discipline s'est récemment habituée à attribuer une subjectivité aux plantes ou aux animaux, en prenant au sérieux les traditions animistes, elle accorde en revanche moins d'égards aux esprits ou aux dieux. Il semble pourtant nécessaire d'élargir le spectre des non-humains qui tiennent une place centrale dans les traditions indigènes. Leurs mondes sont reliés à des réalités qui les dépassent et excèdent le visible. Ce sont de tels " bords " que ce livre invite à penser. Si la " nature " est une fiction coloniale, une construction européenne et chrétienne (Descola), il en va de même pour la " religion " (Asad). Pour se libérer d'une adhésion irréfléchie à ces concepts, la philosophie doit être mobilisée, quitte à réactiver des modes de pensée décriés depuis Kant. Car les réalités auxquelles renvoient ces traditions relèvent bien de la métaphysique. C'est ce que montre par exemple une expérience aussi commune que le rêve qui met en relation avec d'autres formes de réalité. Le livre amorce ainsi une double critique, qui porte aussi bien sur les limites de la modernité que sur les traditionalismes théologiques. Loin de proposer un retour à la religion, la perspective théorique et politique qu'il trace vise plutôt à ouvrir un nouvel horizon en montrant comment, envisagées de manière critique, les traditions spirituelles peuvent constituer des ressources créatives pour notre temps.