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La Grèce hors d'elle et autres textes. Ecrits 1973-2003
Loraux Nicole ; Rey Jean-Michel ; Cohen-Halimi Mic
KLINCKSIECK
57,00 €
Épuisé
EAN :9782252043356
Cet ouvrage rassemble, selon un ordre strictement chronologique, cinquante-six articles écrits par Nicole Loraux entre 1973 et 2003. Il donne à lire le déploiement discontinu, expérimental, de réflexions lisibles sur le même plan que celui des livres publiés, et l'effet d'après-coup de ces derniers, leur reprise sur d'autres plans - toutes ces lignes dessinant ensemble la vaste cartographie d'une oeuvre très singulière. L'article "La Grèce hors d'elle et autres textes" , qui donne son titre à ce recueil, rappelle la méthode par laquelle Nicole Loraux n'a pas cessé, selon ses propres mots, de "trouver dans la Grèce (et en abondance) de quoi la faire sortir d'elle-même" en multipliant les stratégies comparatistes, les va-et-vient entre les champs disciplinaires les plus divers (philosophie, psychanalyse, ethnologie, philologie). Il en résulte un parcours intellectuel où apparaît, dominante et continue, l'analyse du discours que la cité athénienne a construit à son propre sujet en même temps que s'approfondit l'éclairage du conflit (stasis) constitutif de la démocratie. Enfin, l'attention toujours plus soutenue à "l'opérateur féminin" , compris comme facteur de subversion de l'ordre politique de la cité, dominé par le masculin, suscite une approche originale et novatrice de la tragédie. Nicole Loraux découvre la dimension "antipolitique" de l'espace tragique, qui permet aux voix exclues de la parole civique de se faire entendre.
Qu'est-ce qu'un étranger ? C'est quelqu'un, dit-on, qui vient d'ailleurs, parle une autre langue et n'est pas d'ici : il n'est pas un autochtone. Littéralement, l'autochtone surgit du sol comme une plante, il se dit né de la terre même de la patrie. Aux origines de l'humanité, les vieux mythes politiques athéniens font ainsi naître le premier homme de la Terre-Mère. Pandora, la première femme, n'est donc pas vraiment la mère de l'humanité mais une créature seconde. Loin d'être naturelle, elle résulte d'un artifice divin, quand Zeus destine à l'humanité ce " cadeau empoisonné ". En même temps que ce " beau mal ", les humains découvrent leur condition tragique d'êtres sexués et mortels, voués à la reproduction du même en s'enchaînant à autrui. Depuis, l'homme doit travailler le corps de la femme comme on laboure un champ pour l'ensemencer. Pour comprendre les Anciens ont pensé les origines de la citoyenneté démocratique, dont les femmes et les étrangers sont exclus, Nicole Loraux analyse quelques-uns des grands mythes politiques de l'Athènes classique. Si l'historienne de la cité insiste sur les " bénéfices " politiques que procure aux Athéniens l'idée d'être autochtones, elle montre aussitôt qu'il n'y pas lieu d'identifier ces mythes d'autochtonie à une idéologie raciste. Ce qui conduit l'auteur, dans le dernier chapitre de son livre, à notre " actualité la plus brûlante ", lorsqu'elle décortique les discours qui veulent imposer à la France d'aujourd'hui une image falsifiée de l'Athènes classique pour mieux légitimer une certaine suspicion à l'égard des étrangers. Dans ce livre, la plus ancienne patrie de l'imaginaire démocratique n'occulte jamais les interrogations d'une historienne qui s'intéresse aux enjeux de notre temps présent. Les analyses de Nicole Loraux contribuent ainsi à mieux éclairer ces zones troubles où fait rage le conflit des origines. Nicole Loraux est directeur d'études à l'Ecole des hautes études en sciences sociales. Elle a publié, notamment, Les Mères en deuil aux Editions du Seuil en 1990.
D'abord, les historiens crurent au "miracle grec", mirage d'une civilisation de lumière crue, de philosophie abstraite, de figuration géométrique. Puis ils découvrirent une Grèce contrastée, travaillée par la polarité, par les oppositions de la culture et de la nature, de la Cité et de la barbarie, de l'homme-citoyen et de la femme mineure. Vient aujourd'hui, avec Nicole Loraux, l'heure d'une Grèce troublée, en demi-teinte, où ne préside plus seulement l'exclusion, mais où agissent l'échange et l'ambivalence. Car il ne suffit pas d'écouter le discours officiel de la Cité sur le héros viril, sans corps ni reproches, prêt à mourir superbement pour la communauté des citoyens. Il faut entendre ce que dit l'épopée, qui, depuis Homère, forme les esprits et éduque la jeunesse avec des représentations concurrentes. Ici, l'identité de l'homme ne s'oppose plus à celle de la femme, elle y puise : le guerrier est plus viril d'abriter en soi la féminité, le héros est plus valeureux d'avoir un jour, tel Achille, eu peur et pleuré. Il n'est bientôt jusqu'à la philosophie qui ne fasse, avec Platon, la part de la femme dans l'homme, puisqu'il faut bien accoucher de la vérité ou triompher, dans la contemplation du Bien, des affolements de l'âme. A cette fascination de la Grèce pour l'Autre féminin, la Cité mit toujours bon ordre, réduisant le mixte de l'homme et l'emprunt fait à la femme par le rejet, l'oubli et la représentation abstraite et sans faille de ses figures éponymes : le guerrier, le citoyen, le philosophe...
La cause semble entendue : la tragédie grecque est politique. Elle énonce ce que la Cité entend dire sur elle-même. Mais que l'historien ne s'arrête plus au seul discours, qu'il prête attention à la voix qui s'élève, celle du chant de deuil et de l'oratorio, et la tragédie se révèle sous un autre jour - celui de l'antipolitique.Si à l'Assemblée l'emporte ce qui rassemble et unit les citoyens, le théâtre, au contraire, ne cesse de rappeler que le politique est conflictuel, que, sous l'oubli par la Cité de ses divisions amnistiées, demeure le conflit des valeurs, la différence des comportements - ce que toujours illustrent les femmes, puisqu'elles seules, non-citoyennes, portent le deuil de ceux dont la Cité veut oublier la mort. La tragédie est donc le «lien de division», ce qui, au-delà des siècles, nous fait souvenir encore que, plus sûrement que le consensus, le conflit génère l'unité.Peut-être parce qu'au théâtre, sur la Pnyx, loin de l'Acropole, les Grecs se découvraient spectateurs et non plus citoyens. Et que le secret de la tragédie grecque est de dire qu'au-delà de leur appartenance civique à la communauté politique, les spectateurs irrémédiablement appartiennent à la race des mortels.Réflexion en profondeur sur la tragédie grecque, mobilisant toutes les formes possibles d'analyse, cet ouvrage, à la confluence de tous les travaux antérieurs de l'auteur, en est le couronnement.
Résumé : Est-il possible de rassembler des biographies de femmes grecques ? Seules les femmes " exceptionnelles ", les " héroïnes ", ont eu droit, dans la tradition écrite par les hommes, à des morceaux de vie. Comment demander à ces femmes d'exception d'être représentatives de la Grèce au féminin ? Nulle figure n'est plus difficile à atteindre que celle d'une Grecque sans histoire, d'une femme ordinaire d'Athènes puisque, par définition, dans la conception grecque de la morale, une femme rangée, donc vertueuse, est vouée au silence. C'est pourtant à relever ce défi que se sont attelées les historiennes qui ont décidé d'assumer cette entreprise de construction, en travaillant dans les interstices de la tradition. Le destin des huit femmes exceptionnelles qui sont présentées dans ce volume nous permet, malgré tout, de mieux appréhender le " féminin " dans la pensée grecque. Pour la plus illustre de ces femmes, la poétesse Sappho, Anhalisa Paradiso a choisi de montrer comment la tradition philologique s'est employée à lui construire une vie plus " présentable " que celle qui se déduit de sa poésie, d'où l'élaboration du mythe d'une Sappho hétérosexuelle. La vie de Mélissa, la femme de Périandre, le tyran de Corinthe, et l'intellectuelle Aspasie, sont présentées par Nicole Loraux, Théanô, la Pythagoricienne, par Claudia Montepaone, la Spartiate Gorgô, fille et épouse de roi, par Annalisa Paradiso, Lysimachè, la prêtresse, par Stella Georgoudi, Nééra, la courtisane, par Claude Mossé, et Archippè, citoyenne et évergète de Kymé, par Ivana Savalli.