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L'usage et la joie
Loiret François
KIME
20,00 €
Épuisé
EAN :9782841747207
Faisant suite à une étude intitulée L'usage et le monde, la présente étude déploie la richesse de la pensée augustinienne et franciscaine de l'usage à partir de l'étude des oeuvres d'Augustin et de Pierre Jean Olivi dans leurs intimes corrélations à une pensée de la volonté. Elle a pour centre la distinction de l'usus et de la fruitio telle qu'elle se met en place dans l'oeuvre d'Augustin et sa répétition au XIIIe siècle. La première partie déploie la compréhension augustinienne de l'usage dans son rapport avec la joie ou jouissance (fruitio) et montre comment l'usage dans son opposition à l'abus est le mode d'être dans le monde sans être du monde. C'est du même coup le concept d'être-au-monde de Heidegger qui est par là questionné dans ses impasses. La seconde partie, enfin, s'attarde sur les ouvrages de Pierre Jean Olivi, et souligne comment la radicalisation de l'usage dans l'usage pauvre (usus pauper) amène à une pensée concrète de la vie dans la richesse, tout en soulignant les innovations conceptuelles fondamentales d'Olivi comme la théorie du capital et la théorie de la valeur. Or vivre dans la richesse en l'assumant sans s'abriter derrière des discours convenus sur la "misère du monde" est bien l'un des défis de notre temps.
Cet ouvrage est la première étude portant exclusivement sur la personne humaine selon Duns Scot. Il s'attache à expliciter l'expression apparemment énigmatique par laquelle le théologien écossais caractérise la personne humaine ? : ultima solitudo. A rebours des interprétations négatives qui, depuis le siècle dernier, ont voulu voir dans cette expression la naissance de l'individualisme moderne, de l'homme moderne affirmant son indépendance en se clôturant sur soi et en se fermant à toute transcendance, il montre que l'ultima solitudo est éminemment positive puisqu'elle est la plus haute indépendance, celle d'une personne humaine qui est une volonté autodéterminée. A ce titre, il examine comment ce penseur a répondu au défi posé par l'introduction au XIIIe siècle d'une pensée qui ignorait tout de la personne, de la volonté libre, de la décision et du libre choix, celle d'Aristote, et comment cette réponse a conduit à l'élaboration d'une morale de la liberté irréductible à l'éthique, c'est-à-dire à la théorie du caractère élaborée par les Grecs qui s'avère incompatible avec la volonté libre. Aussi Duns Scot nous apprend-il non seulement qu'être une personne humaine n'est pas être un individu humain, mais aussi qu'une personne humaine n'est en rien réductible à un caractère équipé de vertus.
Parler de la patrie, de l'amour de la patrie, de la mort pour la patrie peut paraître tout à fait anachronique en 2025 en ce sens que la patrie appartiendrait au passé, non au présent et encore moins à l'avenir. Selon une vulgate fort répandue l'individualisme, l'hédonisme, le consumérisme, le pacifisme, la mondialisation auraient liquidé la patrie en même temps que l'amour de la patrie et l'exigence de mourir pour elle. On rappellera qu'avant 1914 on avait prétendu que les patries et les nations étaient des réalités dépassées... Il n'y pas un temps où la patrie régnait - ce serait par excellence l'antiquité grecque et romaine - et un temps où elle serait dépassée, la "modernité" , car l'histoire est caractérisée par l'anachronisme et du même coup par les retours. Il y a des éclipses de la patrie et il y a des retours qui ne sont pas des répétitions du même. C'est pourquoi la patrie est loin d'être une entité univoque de même que le patriotisme comme le montrera ce parcours à travers Cicéron, Montesquieu, Fichte, et aussi des théologiens éminents du XIIIe siècle. Mais dans tous les cas, la patrie est une réalité politique insigne car c'est à elle que s'adresse l'amour politique, au risque d'en mourir : on n'aime pas l'Etat ni même la Nation, mais on aime la patrie. Elle est donc la réalité politique aimable par excellence. Aussi parler de l'amour politique est-ce parler de la patrie.
Résumé : A part une thématisation limitée chez Michel Foucault, quelques références chez Giorgio Agamben, le concept d'usage n'a pas été étudié de près depuis 1927 si l'on excepte l'étude historique à portée théologique de Christian Gnilka, Chrésis, Die Methode der Kirchenväter in Umgang mit der antiken Kultur, I Der Begriff des rechten Gebrauchs, (Schwabe § Co AG Verlag, Basel/Stuttgart, 1984). Si nous nous référons à la date de 1927, c'est qu'il nous semble que la seule pensée de l'usage dans la philosophie contemporaine est bien celle que met en oeuvre Heidegger dans Etre et Temps et dans les cours antérieurs à la publication de l'ouvrage. Or une lecture serrée de ces cours et de l'ouvrage publié en 1927 montre que Heidegger a opéré une reconduction de l'usage au produire et du même coup a manqué l'usage. Cette étude se propose de dévoiler la centralité du concept d'usage dans la pensée antique, principalement à partir de l'étude de l'oeuvre d'Aristote, et sa portée ontologique. Mais, au-delà d'une étude de la pensée antique, elle se propose aussi de montrer la pertinence et la richesse de ce concept qui irrigue toutes les dimensions de la vie et permet de concevoir ce que pourrait être le modus vivendi de notre temps. Après avoir arraché l'usage à sa mécompréhension contemporaine héritée de la pensée de l'utile des Lumières, l'ouvrage se déploie en deux parties. La première envisage comment la philosophie se présente soit comme la condition de tout usage, soit comme la forme suprême de l'usage chez Platon et Aristote, tout en envisageant toutes les modalités de l'usage dans la pensée antique. La seconde partie montre comment la "répétition" d'Aristote par Heidegger recouvre plus qu'elle ne la dévoile la pensée aristotélicienne de l'usage dans l'abondance de ses dimensions en assimilant l'usage au produire et l'oeuvre au produit.
Résumé : " Autant que je puisse en juger, dans l'histoire de la philosophie il n'y a que Kant à égaler Duns Scot dans son attachement inconditionnel à la liberté ", Hannah Arendt, Le Vouloir. Duns Scot (1265-1308) était théologien catholique et franciscain, et non pas philosophe au sens moderne ; le sachant, on peut mesurer la grandeur de l'éloge que fait de lui celle qui consacra son chemin de pensée à la considération de la liberté. Le lecteur contemporain, habitué à chercher dans l'autonomie l'essence de la liberté, trouvera dans les textes publiés ici une pensée de la liberté irréductible aux schémas convenus. Tous les débats sur le libre arbitre et la toute puissance divine d'Ockham à Leibniz ne sauraient être appréciés sans la lecture de Duns Scot. C'est pourquoi nous livrons à la considération du lecteur la distinction 25 du livre II du Commentaire des Sentences qui constitue le texte clé de la pensée scotienne de la liberté. Posant la question de la cause du vouloir, Duns Scot affronte les positions des maîtres de la fin du XIIIème siècle aussi bien celles dites " intellectualistes " de Godefroid de Fontaines et Gilles de Rome que les positions " volontaristes " de Henri de Gand et Pierre de jean Olivi, et en ce sens l'étiquette de " volontarisme " sous laquelle est abordée sa pensée s'avère inadéquate. Il nous montre que le libre arbitre repose sur une liberté plus originaire, celle de l'activité illimitée et toujours en devenir de la volonté. Cette liberté est indissociable d'une pensée de la contingence sans équivalent dans la tradition. On ne peut détacher l'approche de la liberté chez Duns Scot de celle de l'infini en acte. Alors que la finitude nous semble le plus souvent caractériser la condition de l'homme, Duns Scot nous entretient d'une infinitisation de l'homme comme le montre le texte de la distinction I du Commentaire des Sentences également publié ici. C'est en en tant que volonté libre que l'homme, bien que fini, est cependant capable d'une jouissance de l'infini en acte.
Le philosophe Charles Appuhn s'est adonné à l'ingrate lecture de la "Bible du peuple allemand" , selon l'auréole de la propagande officielle de 1933 car Mein Kampf offre une vue sans égal non pas seulement sur Hitler, mais sur l'idéologie et les projets politiques de l'hitlérisme. La "destruction des Juifs d'Europe" (selon le titre que Raul Hilberg donna à la somme qu'il consacra à cette destruction) n'est pas seule à y être programmée mais de façon fanatiquement répétée, celle de l' "ennemi de toujours" , la France. Quant à l'Est et aux peuples Slaves, le sort que Hitler annonce constituer également une nécessité vitale pour l'Allemagne, revient à les anéantir aussi afin que la population allemande puisse s'approprier leurs territoires (Drang nach Osten). Il s'agit bien, là ou jamais, de ce que Alexandre Koyré a appelé dans ses Réflexions sur le mensonge une "conspiration en plein jour" . La traduction et la présentation des extraits les plus "significatifs" , selon les termes de Charles Appuhn permettent de disposer en France dès 1933 de cent soixante-dix pages lumineuses en lieu et place des quelque huit cents pages de l'allemand verbeux de Hitler. Aussi bien, il faut y insister, cet Hitler par lui-même est en France la première divulgation autorisée. Elle ne sera interdite qu'en 1943. Sans entrer dans le labyrinthe des avatars éditoriaux, l'originalité courageuse de l'éditeur Jacques Haumont apparaît d'autant mieux qu'en 1933 on disposait certes de nombreux articles en français consacrés au parti national-socialiste, à la montée du nazisme et à la politique allemande, en général tout en ignorant ce manifeste nazi qu'est Mein Kampf. Rappelons que le premier volume, dans lequel Hitler se livre à son autobiographie, fut publié à Munich en 1925, suivi en 1926 du second qui, cette fois, expose les idées et le programme hitlériens. Or, Hitler, en accord avec Eher Verlag, son éditeur, en interdit toute traduction française.
La figure du voyageur-philosophe est volontiers associée aux récits de l'âge classique, qu'elle emprunte la forme de la fiction ou celle du témoignage autobiographique. Descartes fonde sa philosophie de la méthode sur l'expérience de l'errance et de l'exil ; jusqu'au XVIIIe siècle, le Voyage philosophique accompagne les grandes découvertes et l'ambition encyclopédique de recenser tous les territoires, les modes de gouvernement et les aires linguistiques. Les liens entre voyage et philosophie semblent ensuite se distendre, au fur et à mesure que s'autonomise la littérature et que se développent la promenade romantique et le voyage d'agrément. Mais peut-on réellement parler d'une fin, ou du moins d'une éclipse du voyage philosophique, et ce phénomène coïncide-t-il avec la fracture historique qui fait éclater le système des Belles-lettres où littérature, histoire et philosophie étaient encore unies ? Le présent ouvrage se propose d'interroger le devenir du voyage philosophique à partir du XIXe siècle et les formes de sa résurgence, à la fois du côté de la littérature et de la philosophie, dans un esprit de dialogue entre les disciplines. De Friedrich Nietzsche, qui élabore sa philosophie de l'esprit libre à partir de ses voyages, à Bruce Bégout, qui revisite la figure du philosophe-voyageur sous la forme du nomade motorisé, la pensée philosophique ne cesse d'être stimulée par l'errance ou d'orienter celle-ci. Y a-t-il lieu de distinguer une écriture philosophique et une écriture littéraire du voyage, et quelle est la place de l'expérience et du vécu, de la description ou de la conceptualisation, selon l'identité ou le champ de compétences que revendique le voyageur ? Voyager en philosophe renvoie aux multiples façons de décentrer l'écriture et la pensée, y compris pour proposer ce que Pierre Macherey appelle une "philosophie littéraire" : que fait la littérature de voyage à la philosophie, et inversement, que fait la philosophie à la littérature de voyage ?
Et si la commémoration du bicentenaire de la naissance de Flaubert exigeait un effort de prospective ? En effet, de quel texte majeur l'oeuvre de Flaubert, fondamentalement matricielle, sera-t-elle finalement l'oeuvre source ? La critique s'est beaucoup intéressée aux lectures du romancier et aux textes qui ont pu l'inspirer ; elle a longuement analysé les principes de sa poétique et la manière patiente dont elle s'est élaborée. Mais quid des influences multiples sur ses contemporains ? Elle a beaucoup moins observé comment les héritiers autoproclamés se sont emparés de l'esthétique flaubertienne pour construire leurs propres oeuvres et comment ces dernières font honneur ou pas à l'héritage reçu. C'est cet oubli que prétend réparer Flaubert ou l'oeuvre muse. L'étude offre en effet une exploration panoramique des oeuvres de littérature française qui, dans le mystérieux processus labyrinthique de la création artistique, en plus d'être prismatique, devenue multidimensionnelle, ont contribué jusqu'à ce jour à faire vivre une réelle flaubertolâtrie.