Cette édition séparée du livre IV de l'Essai, est motivée par le souci d'offrir aux étudiants passant l'agrégation de philosophie, le texte au programme de l'oral d'anglais en format poche. Le livre IV est un livre très important au sein de l'Essai, il répond aux questions posées dans le livre I au sujet des limites précises de notre connaissance. On y retrouve l'examen de la validité de la croyance compris comme une modalité du savoir. Aussi, le livre IV comporte-t-il deux parties : connaissance et probabilité. Dans la première, les analyses sur les propositions identiques et les propositions d'existence, ainsi que sur la preuve de l'existence de Dieu, sont absolument incontournables. Quant à la seconde partie, Locke y est très novateur, évoquant la croyance en des termes dont les débats contemporains sont très proches.
Si, dans les conditions actuelles de leur existence et de leur construction, le hommes voulaient améliorer les moyens de découvrir la vérité et mettre en ?uvre, sincèrement et en toute liberté d'esprit, le zèle et l'énergie aussi dont ils font preuve pour soutenir le système, l'intérêt ou le parti en faveur desquels ils se sont engagés, alors la connaissance humaine pourrait être poussée bien plus loin qu'elle ne l'a été jusqu'ici. Pourtant, je pense pouvoir dire, en toute assurance et sans médire des perfections humaines, que jamais notre connaissance n'atteindra tout ce que nous désirons connaître à propos des idées que nous avons; jamais, elle ne sera capable de surmonter toutes les difficultés ni de résoudre toutes les questions qui peuvent surgir à propos de telle ou telle idée."
Si cette recherche sur la nature de l'entendement permet de découvrir ses pouvoirs (leur portée, ce à quoi ils sont plus ou moins adaptés, les cas où ils font défaut), je crois que cette recherche peut être utile : elle permettra de maîtriser l'esprit agité de l'homme, d'être plus prudent quand il traite de choses qui excèdent sa saisie, de s'arrêter quand il est arrivé en bout de laisse et de se satisfaire d'une tranquille ignorance concernant les choses que l'examen révèle hors d'atteinte pour ses capacités. Alors, peut-être, serons-nous moins pressés, sous prétexte de connaissance universelle, de soulever des problèmes et de nous inquiéter (nous-mêmes et autrui) de débats sur des objets auxquels notre entendement n'est pas adapté, des objets dont nous ne pouvons élaborer dans notre esprit aucune perception claire ou distincte, ou dont nous n'avons absolument aucune notion (ce qui sans doute est arrivé trop souvent). Si nous pouvons découvrir jusqu'où l'entendement peut porter son regard, jusqu'où ses facultés lui procurent de la certitude, et dans quels cas il ne peut que juger et conjecturer, alors nous pourrons apprendre à nous contenter de ce qui nous est accessible dans l'état où nous sommes ".
Locke est le père de toute l'école sensualiste du XVIIIe siècle. Il est incontestablement, en date commune en génie, le premier métaphysicien de cette école. Et (...) la morale, l'esthétique, la politique, ne sont que des applications de la métaphysique, applications qui sont elles-mêmes les bases de l'histoire de la philosophie. De plus, Locke n'est pas seulement un métaphysicien ; il a transporté lui-même sa métaphysique dans la science du gouvernement, dans la religion, dans l'économie politique : ses ouvrages en ce genre ont servi de fondement aux ouvrages analogues de l'école sensualité. "
Un autre grand abus consiste à prendre les mots pour des choses. Ceux qui sont les plus sujets à cet abus sont ceux qui tiennent leur pensée confinée dans un seul système et s'abandonnent à croire aveuglément à lperfection d'une hypothèse traditionnelle; ils deviennent alors convaincus que les termes de la secte sont adaptés à la nature des choses et qu'ils correspondent parfaitement à ce qui existe réellement... Il n'y a guère de secte de philosophie qui n'ait sa propre collection de mots, que les autres ne comprennent pas. Ce jargon sert très bien remédier à l'ignorance et à camoufler l'erreur dues à la faiblesse humaine; à force d'être employé couramment dans la tribu, il devient, la part la plus importante de la langue et le vocabulaire le plus chargé de sens". (John Locke
Des religieux voués à la prédication peuvent-ils se reconnaître "une vocation universitaire" ? L'Université, de son côté, est-elle prête à recevoir et intégrer la collaboration de "frères prêcheurs" ? En 1907, quelques jeunes dominicains français, professeurs au "Saulchoir" , en Belgique, où ils étaient alors exilés par les lois anti-congréganistes, créaient la Revue des Sciences philosophiques et théologiques : ils se donnaient ainsi un instrument qui leur permettrait de communiquer au public savant non seulement les fruits de leurs propres travaux, mais aussi les résultats d'autres spécialistes engagés dans les mêmes disciplines et de nourrir par là un dialogue constant au sein de la recherche universitaire. En 2007, célébrant son centenaire par un colloque à l'Institut Catholique de Paris, la revue a voulu évaluer la pertinence des intuitions qui présidèrent à sa fondation et dresser un inventaire critique de ses principales réalisations. L'intérêt des contributions ici rassemblées dépasse celui de l'histoire d'un siècle d'études dans l'Ordre des Prêcheurs : on y trouve des ressources originales pour penser aujourd'hui la question du rapport entre culture universitaire et appartenances religieuses, raison et foi.
Nombreuse, infiniment ondoyante et diverse, cette pensée n'est qu'une charité toujours active dont le mouvement incessant tend vers des objets qui nous échappent ou vers les aspects inconnus de ceux que nous percevions déjà. Comment suivre une telle pensée sans être cette pensée même (...)? ". Le présent ouvrage tente une réponse en même temps qu'il pose la question. Considérant que les écrits de Bonaventure dessinent moins une progression linéaire qu'ils ne suivent un " ordre du coeur ", Etienne Gilson propose ici, après un chapitre introductif de nature biographique qui cherche l'homme derrière l'oeuvre, un parcours circulaire autour du centre de la synthèse bonaventurienne, le Verbe, incarné en la personne du Christ. C'est ainsi que se trouvent abordés les thèmes fondamentaux que sont la critique de la philosophie naturelle, l'évidence de l'existence de Dieu et le problème de la science et de la volonté divines, mais aussi la création, les corps inanimés, les animaux, l'âme humaine, les anges, ou encore l'illumination, la grâce et la béatitude. Ces études convergent et culminent tout à la fois dans un dernier chapitre qui s'attache à saisir l'esprit de ce penseur. A l'encontre de l'argument qui consiste à qualifier Bonaventure de mystique pour le reléguer hors de l'histoire de la philosophie, Etienne Gilson se propose de recourir précisément à cet argument pour l'y réintégrer : le sentiment mystique, pénétrant en effet toutes les couches de l'édifice, est ce qui lui confère sa systématicité, et une systématicité telle que cette mystique spéculative bonaventurienne partage seule avec la doctrine thomiste le titre de synthèse de la pensée scolastique tout entière. Tendant toujours vers une métaphysique de la mystique chrétienne comme vers son terme ultime, cette pensée témoigne simultanément de la nécessité de la science et de sa subordination aux " ravissements mystiques ", et se situe à la rencontre des influences de saint François, de saint Augustin et des exigences systématiques des Sommes de Thomas d'Aquin. L'oeuvre de Bonaventure marque ainsi un moment capital dans le long progrès par lequel la théologie scolastique parvint à l'unité d'un système.