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Les premiers temps modernes. Décadence et modernité
Lebiez Marc
KIME
28,40 €
Épuisé
EAN :9782841744640
La fin de l'Antiquité est plus que l'archétype de la décadence: une relation de synonymie s'est instaurée. Employé absolument, le mot décadence désigne cette époque, les autres lui étant assimilées par métaphore. Il serait donc vain de se demander s'il est justifié de qualifier ainsi ce que les historiens actuels préfèrent nommer "Antiquité tardive". S'y hasarderait-on, d'ailleurs, que les ouvrages de Montesquieu et de Gibbon seraient opposés au présomptueux. Ces classiques témoignent aussi de ce que la méditation sur le déclin et la chute de l'Empire romain est un des thèmes constitutifs de la conscience occidentale. On n'en peut donc contester le bien-fondé. Mais cette raison même justifie qu'on y regarde de plus près, pour évaluer la réalité de cette décadence sur le rejet de laquelle une large part de nos évidences se sont solidifiées, et aussi pour comprendre ce que l'on voulait rejeter en s'opposant à cela. Il est troublant que l'époque que nous appelons "la décadence" soit aussi celle qui inventa la notion et la revendication de modernité. Non par cette absence de lucidité qu'on attribue aux Byzantins à la veille de l'assaut turc, mais de la manière la plus consciente qui soit, dans les écrits des penseurs les moins indifférents à leur temps. C'est parfois cela même qui paraissait à certains des traits de décadence qui a été applaudi comme heureuse nouveauté. Les désaccords portaient moins sur la valeur de ceci ou de cela, que sur l'apparition d'une valeur que nul n'avait jamais défendue: la nouveauté. En disputant ainsi du progrès ou de la régression, on mit en ?uvre puis on développa le concept d'Histoire. Le sens de cette époque décisive s'est joué dans la conscience ainsi prise de son historicité. Quant à nous, c'est le sens de l'Histoire que nous cherchons dans une méditation sur cette époque-là.
Résumé : D'après maquettes : c'est le temps de l'étude préparatoire et de la projection. Mais aussi le temps de l'après, lorsque les années font ressurgir les premières intentions. Les maquettes ont des usages multiples et précieux pour construire l'exposition, elles sont des outils de conception, d'imagination et de vérification. Légères dans leur manipulation, elles mettent en jeu le regard, la main et l'ensemble du corps, en multipliant les points de vue. Lorsqu'elles sont conservées, elles deviennent des objets-mondes ouverts aux appropriations. La maquette est au coeur des pratiques artistiques qui en reprennent les codes et en réinventent la fonction. Elle devient alors oeuvre, accessoire de mise en scène photographique ou performative voire exposition. La maquette active une part mentale qui implique le spectateur dans l'élaboration de fictions. C'est aussi un espace de manipulation des regards à travers des effets d'illusion, de distorsion, de gros plans, mettant parfois à l'épreuve les formes de la perception. Artistes, architectes, scénographes, historiens et théoriciens partagent ici leurs pratiques, leurs intuitions et leurs recherches d'après maquettes.
Boulnois Olivier ; Lebiez Marc ; Trémolières Franç
Jadis les voies du sacré étaient réputées impénétrables. Vers la fin du siècle dernier, elles apparaissaient plutôt délaissées, abandonnées à quelques essayistes paradoxaux. Mais en ce début du XXIe siècle, ce qui frappe, c'est au contraire la richesse des travaux philosophiques, littéraires et historiques, qui se ressaisissent de la question. Quatre auteurs, venus de disciplines et de cultures différentes, nous proposent ici leurs analyses de ce sacré revisité. Olivier Boulnois commente le livre important de Jean-Pierre Batut sur la notion d'un Dieu Pantocrator et sur les contresens et oublis dont elle a été l'objet dans la tradition chrétienne. Marc Lebiez retrace pour nous la forte figure de Jacob Taubes et d'une singulière tentative d'eschatologie pour les temps modernes. François Trémolières évoque le dernier ouvrage de Jacques Le Brun, consacré aux abdications en leur dimension sacrificielle, et associe à son commentaire une relecture d'un beau livre de Pierre Pachet récemment réédité. Serge Zenkine, enfin, fin connaisseur et traducteur en russe de l'?uvre bataillienne, analyse les nouveaux usages, post-modernes et inattendus, qui sont faits outre-Atlantique de l'?uvre, décidément plus vivante que jamais, du fondateur de Critique.
Chez Sophocle, la tragédie d'OEdipe vient de ce qu'il est sans-dieu. Ce souverain exemplaire n'est pas athée au sens d'une irréligiosité, il est même un modèle de piété. Mais, quoi qu'il fasse, les dieux se détournent de lui et le poussent à la faute. Il est athée en ce sens objectif. Ce sentiment d'être abandonné, Jésus lui-même l'a ressenti au Golgotha : vers la neuvième heure, il s'écria Eli, Eli, lama sabachtani, ce qui signifie : "Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? ". Brünnhilde aussi connaît ce triste sort d'être abandonnée par son divin père — et elle livre au feu la demeure des dieux. Pascal avait évoqué la "misère de l'homme sans dieu". Après Hölderlin et le romantisme allemand, et jusqu'à Nietzsche et Heidegger, ce délaissement serait perçu comme le tragique par excellence. D'autres allaient bâtir une théologie de la mort de Dieu. Si le sentiment du tragique mène à la catastrophe, est-ce vraiment notre destin ? Sommes-nous condamnés à ressentir l'absence de Dieu comme un manque ? Plutôt nous tourner vers Ernst Bloch et sa pensée de l'espérance !
PROCLOS, philosophe majeur célébré par HEGEL, vécut en adversaire désolé la victoire du christianisme, au Ve siècle. Avec lui, ou peu s'en faut, se clôt l'Antiquité. Il en fut aussi conscient qu'on peut l'être. Sa biographie, ici traduite, montre comment il tenta de lutter. Elle ne dit pas ce que, 1500 ans après, nous savons: à quel point le christianisme victorieux emprunta à celui qui, dans un gigantesque et ultime effort, avait récapitulé la totalité de la pensée grecque. Ce devait être une conclusion, ce fut un rebond. Ainsi voit-on comment, dans une époque de crise, le vieux et le neuf s'entremêlent.
A l'occasion du centenaire Proust, la maladie personnelle de Marcel Proust est venue occuper la scène biographique sans toujours apercevoir toute la dimension idiosyncrasique de l'oeuvre. Car l'asthme dont souffre Marcel Proust comme une maladie chronique est redoublé ici par celui du Narrateur : son corps souffre autant de la maladie d'amour que de la maladie physique, à moins que la première n'ait déclenché la seconde. Pour cela le thème de la maladie est essentiel car il vient manifester le temps dans le corps ; il met aussi en péril la permanence du moi au point d'apercevoir qu'il n'était constitué que du temps passé, incorporé. Notre étude nous conduira ainsi d'une critique de la médecine comme science du corps objet à l'avènement du thème de la guérison. L'écriture de A la recherche du temps perdu comme métamorphose de toute maladie, facilite cette conversion du vécu intime de l'amour en vécu phénoménologique dégageant l'essence de l'amour. Forme d'exorcisme, l'écriture permet à tout un chacun de se reconnaître. Le narrateur nous ressemble puisque son récit nous touche en atteignant la condition commune, celle de la souffrance.
Le philosophe Charles Appuhn s'est adonné à l'ingrate lecture de la "Bible du peuple allemand" , selon l'auréole de la propagande officielle de 1933 car Mein Kampf offre une vue sans égal non pas seulement sur Hitler, mais sur l'idéologie et les projets politiques de l'hitlérisme. La "destruction des Juifs d'Europe" (selon le titre que Raul Hilberg donna à la somme qu'il consacra à cette destruction) n'est pas seule à y être programmée mais de façon fanatiquement répétée, celle de l' "ennemi de toujours" , la France. Quant à l'Est et aux peuples Slaves, le sort que Hitler annonce constituer également une nécessité vitale pour l'Allemagne, revient à les anéantir aussi afin que la population allemande puisse s'approprier leurs territoires (Drang nach Osten). Il s'agit bien, là ou jamais, de ce que Alexandre Koyré a appelé dans ses Réflexions sur le mensonge une "conspiration en plein jour" . La traduction et la présentation des extraits les plus "significatifs" , selon les termes de Charles Appuhn permettent de disposer en France dès 1933 de cent soixante-dix pages lumineuses en lieu et place des quelque huit cents pages de l'allemand verbeux de Hitler. Aussi bien, il faut y insister, cet Hitler par lui-même est en France la première divulgation autorisée. Elle ne sera interdite qu'en 1943. Sans entrer dans le labyrinthe des avatars éditoriaux, l'originalité courageuse de l'éditeur Jacques Haumont apparaît d'autant mieux qu'en 1933 on disposait certes de nombreux articles en français consacrés au parti national-socialiste, à la montée du nazisme et à la politique allemande, en général tout en ignorant ce manifeste nazi qu'est Mein Kampf. Rappelons que le premier volume, dans lequel Hitler se livre à son autobiographie, fut publié à Munich en 1925, suivi en 1926 du second qui, cette fois, expose les idées et le programme hitlériens. Or, Hitler, en accord avec Eher Verlag, son éditeur, en interdit toute traduction française.
Et si la commémoration du bicentenaire de la naissance de Flaubert exigeait un effort de prospective ? En effet, de quel texte majeur l'oeuvre de Flaubert, fondamentalement matricielle, sera-t-elle finalement l'oeuvre source ? La critique s'est beaucoup intéressée aux lectures du romancier et aux textes qui ont pu l'inspirer ; elle a longuement analysé les principes de sa poétique et la manière patiente dont elle s'est élaborée. Mais quid des influences multiples sur ses contemporains ? Elle a beaucoup moins observé comment les héritiers autoproclamés se sont emparés de l'esthétique flaubertienne pour construire leurs propres oeuvres et comment ces dernières font honneur ou pas à l'héritage reçu. C'est cet oubli que prétend réparer Flaubert ou l'oeuvre muse. L'étude offre en effet une exploration panoramique des oeuvres de littérature française qui, dans le mystérieux processus labyrinthique de la création artistique, en plus d'être prismatique, devenue multidimensionnelle, ont contribué jusqu'à ce jour à faire vivre une réelle flaubertolâtrie.