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Le culte du nouveau. La gnose dans la modernité
Lebiez Marc
KIME
24,99 €
Épuisé
EAN :9782841747801
Les Romains de l'extrême fin de l'Antiquité ont forgé le mot modernus quand ils ont pris conscience que leur temps était devenu très différent de celui des Anciens. Pour nous, la modernité est moins un fait qu'une valeur. Mais que dit-on quand on s'y réfère, que l'on s'affiche moderne ou que l'on proclame sa détestation de la modernité ? Ce pourrait n'être qu'une autre manière de revendiquer les vertus de la jeunesse, moyennant quoi la modernité put, dans les années trente du siècle dernier, être du côté du fascisme mussolinien ou du bolchevisme, et pas des vieilles démocraties. D'aucuns la voient maintenant du côté des incessantes innovations techniques, d'autres dans l'inquiétude écologiste, d'autres encore dans la religion. Peu après la Seconde Guerre mondiale, Eric Voegelin l'a caractérisée comme une "résurgence gnostique". La gnose avait été à la mode dans les décennies précédentes et la comparaison parut séduisante. Elle suscita en Allemagne et aux Etats-Unis un débat intellectuel dont on n'eut guère d'échos en France avant la traduction des livres de Blumenberg, en particulier son Légitimité des Temps modernes qui s'y opposait. Quoi que l'on pense de cette thèse, elle aura eu le mérite de montrer qu'il pouvait être fructueux de chercher à dégager une essence de la modernité. La religion gnostique est loin de nous à tout point de vue, et pourtant il se pourrait qu'à en reconstituer l'inspiration on retrouve certaines des questions, voire des réponses, qui importent à notre temps. Le culte du nouveau ne témoigne-t-il pas d'une insatisfaction profonde devant l'ordre du monde ? Ne sommes-nous pas, nous aussi, en l'attente d'un Sauveur ? Nos sociétés fracturées ne produisent-elles pas une dualité entre les dépositaires de la Connaissance et la foule de ceux qui peuvent bien se contenter de la télévision, son délire sécuritaire et ses complaisances pour les intégrismes religieux ?
Résumé : La fin de l'Antiquité est plus que l'archétype de la décadence: une relation de synonymie s'est instaurée. Employé absolument, le mot décadence désigne cette époque, les autres lui étant assimilées par métaphore. Il serait donc vain de se demander s'il est justifié de qualifier ainsi ce que les historiens actuels préfèrent nommer "Antiquité tardive". S'y hasarderait-on, d'ailleurs, que les ouvrages de Montesquieu et de Gibbon seraient opposés au présomptueux. Ces classiques témoignent aussi de ce que la méditation sur le déclin et la chute de l'Empire romain est un des thèmes constitutifs de la conscience occidentale. On n'en peut donc contester le bien-fondé. Mais cette raison même justifie qu'on y regarde de plus près, pour évaluer la réalité de cette décadence sur le rejet de laquelle une large part de nos évidences se sont solidifiées, et aussi pour comprendre ce que l'on voulait rejeter en s'opposant à cela. Il est troublant que l'époque que nous appelons "la décadence" soit aussi celle qui inventa la notion et la revendication de modernité. Non par cette absence de lucidité qu'on attribue aux Byzantins à la veille de l'assaut turc, mais de la manière la plus consciente qui soit, dans les écrits des penseurs les moins indifférents à leur temps. C'est parfois cela même qui paraissait à certains des traits de décadence qui a été applaudi comme heureuse nouveauté. Les désaccords portaient moins sur la valeur de ceci ou de cela, que sur l'apparition d'une valeur que nul n'avait jamais défendue: la nouveauté. En disputant ainsi du progrès ou de la régression, on mit en ?uvre puis on développa le concept d'Histoire. Le sens de cette époque décisive s'est joué dans la conscience ainsi prise de son historicité. Quant à nous, c'est le sens de l'Histoire que nous cherchons dans une méditation sur cette époque-là.
Quand l'Histoire bascule, qu'un monde ancien meurt et qu'un monde nouveau apparaît, cette mort n'est jamais totale, cette nouveauté jamais radicale. Certaines coupures paraissent n'être que des pertes, comme lorsque la brillante culture antique laisse place au sombre Moyen-Age, ou de lumineuses créations, comme le miracle grec. Les uns redoutent la décadence tandis que les autres applaudissent à la modernité, sans voir que re sont parfois les mêmes faits qui tantôt effraient et tantôt enthousiasment. La fin de l'Empire romain n'est pas une décadence pure, ni le miracle grec une naissance absolue ; la réalité est plus complexe que les slogans ou les hantises. On ne peut négliger cette complexité, mais qui se fixe sur elle seule perd de vue la réalité des ruptures, recouverte qu'elle est par l'infinie poussière des faits. La pensée cède alors à un continuisme qui en est la négation ; tout est vrai mais on ne dit plus rien qui ait du sens. On tait ici le pari inverse et, sans ignorer ce qui persiste quand tout semble changer, on cherche en quel sens cela change. Nul ne doute que la réalité entrelace continuité et rupture, mais reste à décrire comment les articulations de l'Histoire sont pensées par ceux qui les vivent. Il n'est pas indifférent que la tin de l'Antiquité, notre archétype de la décadence, soit aussi l'époque qui inventa l'idée de modernité, ni que le livre fondateur de la culture grecque ait eu pour sujet la douloureuse prise de conscience que les civilisations sont mortelles. Ce ne sont pas que de curieux paradoxes, le sens de ces époques décisives s'est joué dans la conscience ainsi prise de leur historicité. Cette conscience a aussi poussé Homère à former une entreprise qui n'avait jamais eu d'exemple et qui devait avoir une infinité d'imitateurs, choisir parmi les légendes que lui avait transmises la tradition orale et, avec cette matière, écrire la première œuvre littéraire.
Résumé : D'après maquettes : c'est le temps de l'étude préparatoire et de la projection. Mais aussi le temps de l'après, lorsque les années font ressurgir les premières intentions. Les maquettes ont des usages multiples et précieux pour construire l'exposition, elles sont des outils de conception, d'imagination et de vérification. Légères dans leur manipulation, elles mettent en jeu le regard, la main et l'ensemble du corps, en multipliant les points de vue. Lorsqu'elles sont conservées, elles deviennent des objets-mondes ouverts aux appropriations. La maquette est au coeur des pratiques artistiques qui en reprennent les codes et en réinventent la fonction. Elle devient alors oeuvre, accessoire de mise en scène photographique ou performative voire exposition. La maquette active une part mentale qui implique le spectateur dans l'élaboration de fictions. C'est aussi un espace de manipulation des regards à travers des effets d'illusion, de distorsion, de gros plans, mettant parfois à l'épreuve les formes de la perception. Artistes, architectes, scénographes, historiens et théoriciens partagent ici leurs pratiques, leurs intuitions et leurs recherches d'après maquettes.
On voudrait que religion et politique relèvent de deux domaines distincts : d'un côté les croyances personnelles, de l'autres la vie en commun. Cela semble aller de soi et être souhaitable, ne serait-ce que pour assurer la possibilité de la tolérance : on accepte d'autant mieux les différences en la matière que chacun s'accorde pour ne faire de sa religion qu'une affaire personnelle. On voit bien, en outre, ce que peut avoir d'oppresseur un Etat qui ajoute à la puissance qui le caractérise la contrainte d'une doctrine officielle. Même si l'on associe le mot république ou le mot démocratie au nom d'une religion ou de quelque autre dogmatique, on est bien devant un totalitarisme quand la puissance publique pourchasse ce qu'elle appelle "le vice" et prétend se mêler des conditions de la vie privée, jusqu'à la manière de se nourrir ou de s'habiller. Il se trouve hélas que la claire et saine distinction du politique et du religieux, déjà loin d'être la norme, est remise en cause là même où elle était revendiquée. C'est que, pour les peuples qui ont peiné à se constituer en Etat, la religion est perçue comme un marqueur de l'identité nationale. Du coup, ceux qui se sentent solidaires des opprimés soutiennent des revendications étroitement religieuses, quittes à fermer des yeux sur le caractère oppressif de certaines revendications religieuses. Pour y voir plus clair, on se propose ici de revenir sur le débat occasionné par les thèses de Carl Schmitt et de les confronter à la tradition occidentale des relations entre politique et religion.
Le philosophe Charles Appuhn s'est adonné à l'ingrate lecture de la "Bible du peuple allemand" , selon l'auréole de la propagande officielle de 1933 car Mein Kampf offre une vue sans égal non pas seulement sur Hitler, mais sur l'idéologie et les projets politiques de l'hitlérisme. La "destruction des Juifs d'Europe" (selon le titre que Raul Hilberg donna à la somme qu'il consacra à cette destruction) n'est pas seule à y être programmée mais de façon fanatiquement répétée, celle de l' "ennemi de toujours" , la France. Quant à l'Est et aux peuples Slaves, le sort que Hitler annonce constituer également une nécessité vitale pour l'Allemagne, revient à les anéantir aussi afin que la population allemande puisse s'approprier leurs territoires (Drang nach Osten). Il s'agit bien, là ou jamais, de ce que Alexandre Koyré a appelé dans ses Réflexions sur le mensonge une "conspiration en plein jour" . La traduction et la présentation des extraits les plus "significatifs" , selon les termes de Charles Appuhn permettent de disposer en France dès 1933 de cent soixante-dix pages lumineuses en lieu et place des quelque huit cents pages de l'allemand verbeux de Hitler. Aussi bien, il faut y insister, cet Hitler par lui-même est en France la première divulgation autorisée. Elle ne sera interdite qu'en 1943. Sans entrer dans le labyrinthe des avatars éditoriaux, l'originalité courageuse de l'éditeur Jacques Haumont apparaît d'autant mieux qu'en 1933 on disposait certes de nombreux articles en français consacrés au parti national-socialiste, à la montée du nazisme et à la politique allemande, en général tout en ignorant ce manifeste nazi qu'est Mein Kampf. Rappelons que le premier volume, dans lequel Hitler se livre à son autobiographie, fut publié à Munich en 1925, suivi en 1926 du second qui, cette fois, expose les idées et le programme hitlériens. Or, Hitler, en accord avec Eher Verlag, son éditeur, en interdit toute traduction française.
Violence, domination, inégalité, tyrannie et insurrections : la réflexion de Spinoza sur le droit et la politique ne se limite pas au pacte social, ni à la liberté de philosopher. Il ne s'agit pas seulement de dresser la liste des droits respectifs du souverain et des sujets, dans le sillage des théories du droit naturel. Déjà Althusser avait rapproché Spinoza de Marx et Alexandre Matheron avait montré le rôle essentiel des passions dans la Cité et ses transformations. Toute une génération de chercheurs s'est interrogée ensuite sur les notions par lesquelles se pense ce devenir : foule, peuple, nation, mais aussi multitude. C'est ce dernier terme surtout qui concentre le mieux une pensée de l'initiative historique des citoyens et de leur puissance collective. Il restait à en tirer les conséquences sur les rapports entre individu et multitude, sur les relations de la pensée spinoziste avec Machiavel, Grotius et Hobbes, sur l'attitude de Spinoza envers révolution et conservation, résistance, assimilation et intégration, citoyenneté, désobéissance et révolte. Autant de thèmes qui sont développés ici, à travers la lecture renouvelée de L'Ethique, du Traité théologico-politique, et du Traité politique. Le volume s'achève par un entretien avec Toni Negri, qui fut le premier, dans son livre L'Anomalie sauvage, à mettre en lumière l'importance et le rôle de ce concept. Il y fait le bilan de son propre itinéraire et des discussions qu'il a suscitées.