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LA SAGESSE ET LA PROPHETIE. Modèles théologiques
Lafont Ghislain
CERF
20,90 €
Épuisé
EAN :9782204061933
Déjà, dans l'Ecriture sainte, nous trouvons, inséparablement tressées l'une avec l'autre, la Prophétie et la Sagesse. Certains écrits bibliques nous présentent le Mystère de la foi en termes d'élection et d'alliance, relisent les événements à la lumière de la Parole, éclairent le futur grâce à l'éclat de la Promesse. D'autres scrutent l'ordre des choses, expliquent le juste et l'injuste, décrivent un art de vivre inspiré de la foi, et remontent finalement jusqu'à la Sagesse éternelle vivant dans le Verbe pour comprendre la réalité, éventuellement jusqu'à l'incompréhensible, voire l'inadmissible. Ces deux approches s'enrichissent mutuellement, non sans parfois se combattre, au fur et à mesure que progresse l'histoire du Salut. On retrouve ces deux approches dans l'histoire de la théologie chrétienne. Parfois, la force prophétique de la parole de foi a reculé devant l'ardeur contemplative de la sagesse, dans telle ou telle théologie. Augustin, Thomas d'Aquin et Denys ont servi ici de guides. Mais, à une époque où l'espace-temps se manifeste de manière renouvelée et où tant le cosmos que les civilisations sont marqués par les ruptures, les transformations, les évolutions, la question d'un sens devient de plus en plus prégnante. Il y a là un appel à revivifier l'inspiration prophétique de la théologie, non seulement en mettant de nouveau en valeur l'histoire du salut, mais en cherchant à comprendre, en s'y engageant, la signification, au regard de la foi et de l'intelligence, de l'histoire totale, de ce long temps qui court depuis que le Christ est ressuscité. Retour du temps, de l'interprétation, du symbole, de l'attente.
Un temps de crise grave peut devenir un moment de grande espérance. Nous savons aujourd'hui que la civilisation du logos sous laquelle l'Occident vit depuis près de trois mille ans, dans une dialectique constante entre philosophie et christianisme, arrive à un point à la fois d'accomplissement et d'épuisement. Elle avait d'abord donné sa confiance à des explications englobantes. Celles-ci ont trouvé, dans l'Antiquité, leur forme quasi idéale : le logos avait pris alors un tour mystique et débouchait vers un Au-delà de tout, qui n'a laissé indifférent ni l'islam ni le christianisme. Dans la modernité, il s'était organisé de manière parfaitement immanente (Spinoza) ou soigneusement historique (Hegel, Marx). A présent, il continue son chemin, mais devant l'épuisement des idées et des constructions qui lui donnaient corps et sens, il ne conserve que son armature essentiellement mathématique, dépouillée de toute réalité, sinon celle du nombre - ce que, dans notre langage actuel, nous appelons le " virtuel ". Nous pouvons recueillir aujourd'hui l'efficacité de ces pensées et pratiques pénétrées de la dynamique du Tout et du Rien. Mais, au point où nous en sommes actuellement, il y a une vraie menace que le Tout bascule vraiment dans le Rien et que nous allions à la catastrophe éthique, humaine, cosmique. Il a manqué sans doute à cette civilisation le respect du Quelque chose : ni tout, ni rien, mais substance, action, relation. Ici Aristote, dans l'Antiquité, et Thomas d'Aquin, au seuil de la modernité, peuvent venir à notre secours et nous aider à retrouver notre épaisseur d'homme, à ne pas fuir le jeu étrange en nous de la matière pénétrée de ce que nous appelons esprit, qui à la fois lui est immanent et la dépasse, à restituer par là un humanisme et une approche non aliénante du divin. Il y a sans doute là un motif d'espérance. Mais ce grand motif d'espérance réside surtout dans le tournant anthropologique contemporain : nous comprenons aujourd'hui que l'homme n'existe pas en réalité sans son frère qui lui parle. A la lumière de cette conversation essentielle, on doit pouvoir définir un humanisme et une politique ; une perspective s'ouvre aussi pour réinterpréter la religion et particulièrement le christianisme. À l'horizon apparaissent le symbole, la relation, la mort et la résurrection, l'amour.
Il est urgent de réconcilier histoire et être, récit et métaphysique, herméneutique et analogie, théologies centrées sur l'Alliance (Mystère pascal, Croix) et théologies centrées sur la Création. Quelle méthode suivre pour cela ? Il faut d'abord prendre la mesure humaine et divine de l'écoute d'une parole et d'un récit fondateurs ; en suivre les chemins, qui nous mènent à la résurrection et à la mort de Jésus de Nazareth ; discerner ce que ce récit nous révèle de Dieu et de l'homme afin de percevoir que " vie et mort " forment un paradigme universel ; comprendre enfin que cet appel, inscrit dans le monde et dans le corps, se manifeste comme le ressort effectif d'une histoire rythmée par notre libre réponse. Or, loin de s'opposer à une telle investigation du récit (théologie narrative), le thème de la création et celui, connexe de l'être, en assurent l'effectivité ; eux seuls, en effet, permettent de distinguer et de construire les niveaux de l'histoire et les structures du temps, tandis qu'ils authentifient la vérité d'un discours qui, autant qu'il est possible à l'homme, ose dire la divinité de Dieu. Il s'avère alors que cette réconciliation du temps et de l'être, autour du Mystère chrétien, répond à l'angoisse d'une culture qui, ne voyant plus de direction au temps ni de réalité à l'être, est sans cesse tentée de parer à son désespoir en se réfugiant dans la gnose.
Résumé : A quoi nous intéressons-nous au long de nos journées et de nos nuits ? A la nourriture, au travail, à la sexualité, à la mort. C'est de cela que nous vivons, de cela dont nous parlons entre nous en nous racontant nos histoires. Ce sont ces choses et ces mots qui nous servent aussi à évoquer l'indicible : un état à la fois désiré et inconnu, qui serait festin d'immortalité, eau de jouvence, repos comblé, union mystique, vie sans fin... Or, si on lit les récits et les poèmes de l'Ecriture sainte, si on vit la liturgie avec ces symboles dans le c?ur et la mémoire, on est surpris de les trouver à chaque page, et leur méditation renouvelle l'intelligence du texte sacré. L'eucharistie implique en effet l'usage de la parole, spécialement dans ses modalités d'invocation (prière) et de mémoire (récit) et elle joue sur des nourritures (pain et vin) référées à J'événement de la mort et de la résurrection de Jésus de Nazareth. Quant au fruit spirituel et humain attendu de la célébration du rite, il s'exprime volontiers sur le registre symbolique de l'union, voire de la conjugalité et prétend d'ailleurs rejoindre par là les sommets spirituels visés par la sagesse. Ces observations justifient le propos de cet essai : regarder l'eucharistie à partir de ces grands symboles, dont les sciences humaines se sont tellement occupées dans le demi-siècle qui vient de s'écouler. De cette relecture, on peut espérer que les " choses anciennes " apparaissent dans une " splendeur nouvelle ", celle de Dieu et celle de l'homme.
Le visage de l'Eglise demeure problématique aux yeux non seulement de l'homme, mais aussi du chrétien contemporain. La figure du monde est d'ailleurs tout aussi inquiétante. La raison en est sans doute qu'on n'a jamais réussi, depuis des siècles, à réconcilier deux visions du réel que l'on peut désigner avec les termes de " hiérarchie " et de " modernité ". L'Eglise semble s'être refermée sur la première, le monde sur la seconde, et le fruit dramatique de ce divorce croissant est dénoncé aujourd'hui comme la " fin " tant de la modernité que du christianisme occidental. En vue d'une " nouvelle évangélisation " réelle, nous devons : - reprendre l'analyse loyale du conflit séculaire entre modernité et hiérarchie, - définir au plus juste l'inspiration sous-jacente aux formes institutionnelles que l'Eglise catholique a voulu conserver envers et contre tout pendant le dernier millénaire, - montrer comment le concile vatican II a commencé, parfois avec audace, parfois avec timidité, de regarder en face le conflit et d'envisager une solution, à partir d'une nouvelle perception théologique et spirituelle de l'Eglise comme du monde, - poursuivre une œuvre d'imagination théologique et canonique qui débouche sur des propositions très concrètes, dans tous les champs qui inquiètent le chrétien d'aujourd'hui : statut du mariage et problèmes du divorce, autonomie relative de la vie religieuse dans l'Eglise, possibilités d'initiative locale en matière d'émission, de catéchèse et de liturgie, autonomie de la théologie, collégialité des évêques, réforme des conditions de l'élection du pape et de celle des évêques, célibat sacerdotal, espace réel d'un magistère, réforme des institutions nécessaires à l'exercice du primat de Pierre... Ainsi, sans rien céder de ce qui est d'institution divine et sans rien perdre de son radicalisme évangélique, l'Eglise offrirait un visage renouvelé et porterait une parole crédible. Non seulement elle évangéliserait, mais elle proposerait quelque remède aux inquiétudes de la modernité.
Résumé : Abus sexuels, concentration de la parole et du pouvoir, exclusion des femmes : comment ces faits ont-ils été rendus possibles au sein d'une institution née pour incarner la parole de Jésus ? Avec toute la vigueur de la colère et d'un attachement authentique au message évangélique, Loïc de Kerimel va à la racine du mal : l'Eglise ne produit pas privilèges et abus comme n'importe quelle institution de pouvoir le fait ; elle est fondée sur l'affirmation d'une différence essentielle entre une caste sacerdotale, sacrée, et le peuple des fidèles. Alors que Jésus dénonce le monopole des prêtres et de la hiérarchie lévitique du Temple dans l'accès au salut, l'Eglise chrétienne naissante se dote d'une organisation similaire. Alors même que le judaïsme naissant se convertit à une spiritualité sans prêtres ni sacrifices, l'Eglise donne au repas du Seigneur, l'eucharistie, une tournure sacrificielle. Or, c'est précisément autour du monopole sacerdotal, et masculin, de cette célébration que le cléricalisme a fait système et s'est installé dans l'histoire. Tenu à l'écart des réformes, il a généré les abus de pouvoir qui gangrènent l'Eglise aujourd'hui. Un livre passionnant et nécessaire. Loïc de Kerimel est agrégé de philosophie. Il a un rôle actif dans l'Amitié judéo-chrétienne de France et au sein de la Conférence catholique des Baptisé-e-s francophones
Résumé : Cette synthèse, remarquable et accessible, sur les débuts du christianisme nous conduit des années de prédication de Jésus en Galilée et en Judée, de sa mort ignominieuse, et de la diffusion complexe et diverse de son souvenir et de son héritage dans l'Empire romain, jusqu'à la constitution d'une "mémoire officielle" et institutionnelle qui donnera un corpus canonique d'écritures. Pour quelles raisons la mort infamante de Jésus n'a-t-elle pas mis fin à ce mouvement à l'intérieur du judaïsme de l'époque ni arrêté la diffusion de son message aux frontières d'Israël ? Comment, à partir du second siècle, s'est constitué un système doctrinal et spirituel qui a pu s'imposer à l'Empire romain ? Enrico Norelli montre la diversité étonnante des modèles de foi qui aura permis la naissance et surtout le développement de la doctrine chrétienne. Il explique pourquoi certains de ces modèles se sont imposés au détriment d'autres. Il aborde de nombreuses questions relatives à cette construction : la lecture de la Bible, la constitution de l'Eglise, Marcion, le judéo-christianisme, l'influence et le rôle de Paul, la constitution d'un canon écrit à la confluence de mémoires plurielles...
En ces temps de crise profonde, la relation entre les hommes et les femmes à l'intérieur de l'institution ecclésiale impose plus que jamais son actualité. Certes, le magistère entend, depuis quelques décennies, valoriser la part féminine de l'Eglise. Mais le constat s'impose : stéréotypes et préjugés sont demeurés intacts, tout comme des pratiques de gouvernance qui maintiennent les femmes sous le pouvoir d'hommes - des clercs en l'occurrence. Sortant de ces ornières, il s'agit d'éprouver ce que le " temps des femmes " qui cherche à advenir peut apporter de renouvellement dans l'intelligence des textes scripturaires qui ont modelé l'imaginaire en monde chrétien. Il s'agit aussi de montrer combien la prise en compte des femmes questionne à frais nouveaux l'identité de l'Eglise, l'économie en son sein du sacerdoce des baptisés et du ministère presbytéral, donc également les modalités de sa gouvernance. Un livre qui nous montre une série d'" éclats de féminin " pour suggérer les gains qui seraient ceux de cette ouverture. Et si, la femme était l'avenir de... l'église !
Quand Rome est mise à sac (410 ans ap. J. -C.), un soupçon naît chez les Romains adversaires du christianisme : serait-il responsable du déclin de Rome ? Augustin relève le défi de cette interrogation. La force et l'originalité de La Cité de Dieu consistent à proposer un principe pour éclairer le jugement, pour comprendre des événements inédits qui instaurent de nouveaux équilibres. Augustin distingue en effet entre le devenir de deux cités : la cité de Dieu et la cité terrestre. Leur destin ne doit pas être confondu : le règne du Christ et la domination terrestre ne sont pas la même chose. La paix de Dieu et celle des hommes ne se recouvrent pas. La cité de Dieu est certes présente dans l'Eglise, et donc dans le monde : elle n'y est pas "réalisée" et ne le sera jamais. Bien au contraire, la cité de Dieu représente un principe critique par rapport à la cité de Dieu représente un principe critique par rapport à la cité de la terre. En celle-ci, tout - y compris donc l'empire romain - doit être relativisé, même si, dans la perspective du Jugement dernier, tout garde une valeur unique. Le chrétien vit dans cette ambiguïté, constitutive pour lui, de deux histoires. Les résonances politiques, religieuses, culturelles de La Cité de Dieu, dont c'est la première traduction intégrale en "poche", ont été immenses dans l'histoire de l'Occident.