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LA PAROLE EMPECHEE DANS LA LITTERATURE ARTHURIENNE.
JAMES-RAOUL DANIELE
CHAMPION
69,00 €
Épuisé
EAN :9782852036338
Les romans arthuriens s'élaborent à partir de tout un jeu sur la communication, rompue ou défaillante, que le héros aura pour mission de rétablir, de clarifier ou d'améliorer. Le vieux fonds mythologique celtique, la tradition et les divers codes psychologiques et sociaux se conjuguent pour peser tour à tour sur la langue des héros, faisant de la parole empêchée, sous de multiples facettes, un motif central de cette littérature. C'est d'autant plus sensible que l'empêchement de parole — du silence absolu au discours sybillin et voilé en passant par l'impossibilité temporaire du dire — scelle toujours le destin de l'être : c'est un tremplin formidable pour l'accès à la connaissance, pour l'épanouissement de la personnalité, pour la renaissance d'une parole authentique et prometteuse, rappelant le modèle divin. Rien ne vaut d'empêcher la parole pour mieux parler : telle est la paradoxale leçon donnée en définitive par tous ces romans, dans leur cheminement romanesque mais aussi dans leur rhétorique. En effet, les écrivains eux-mêmes semblent sans cesse réprimer leur discours, l'arrêter, le suspendre ; mais c'est le laisser deviner, voire suppléer, par le lecteur, dans une infernale logique de l'ajout. Entre l'énormité de sa production et l'empêchement de parole qui caractérisent la littérature arthurienne, le paradoxe n'est ainsi qu'apparent : c'est parce que la parole mise en scène dans les fictions romanesques est sempiternellement réfrénée que la parole mise en oeuvre dans le livre arthurien est inépuisable.
La pierre et le bois sont les matières qui composent le paysage de la ville médiévale. Le savoir sur la pierre consiste à s'interroger sur les rudiments d'une science qu'il faut bien appeler la géologie, aussi bien que sur des structures politiques ou religieuses qui ont su inscrire leur réussite dans des réalisations architecturales ou artistiques, dont la pierre locale a fourni la matière. La pierre est toujours mémoire, comme support de l'écriture qui accompagne le défunt. Elle l'est aussi dans des rituels qui accompagnent le voyage, la procession. Il semble que toutes les grandes religions chargent de sens la pierre. Mémoire de la pensée religieuse, mémoire d'une civilisation antérieure, mémoire d'une légende, le long de toutes les routes, à tous les carrefours, la découverte de la civilisation médiévale et de son passé passe par une réflexion sur la pierre.
Quelle place l'utopie occupe-t-elle dans la pensée et la création médiévale ? A cette vaste question, beaucoup de réponses ont déjà été fournies. Ce volume a l'ambition de poursuivre l'enquête. Le terme d'utopie est évidemment anachronique à cette époque, puisqu'il fut littéralement créé et développé par Thomas More au début du XVIe siècle. Mais cette absence n'a pas empêché la pensée religieuse médiévale, comme la pensée politique, d'élaborer des systèmes décrivant l'organisation d'hypothétiques sociétés. La trace de cette activité intellectuelle est présente dans bien des textes du temps. Les thèmes les plus familiers sont la réinvention permanente du mythe de l'Age d'Or et l'élaboration sans cesse redessinée de l'image du souverain idéal. Le Moyen Age se permet de rêver un passé où a existé une société qui savait faire régner le respect du droit et la justice. Et si cet heureux temps pouvait revenir? Cela serait possible, à la condition que la civilisation médiévale, consciente de ses acquis, ne se laisse pas submerger par les mondes barbares...
Une étude culturelle des concepts et des modes de représentation du monstrueux ne saurait faire abstraction des rapports étroits que celui-ci, en tant qu'altérité, entretient avec ce qui fonde l'identité : l'humain. L'interdépendance et la complémentarité de ces deux notions (aussi bien, des idées et des images qu'elles engendrent) ouvrent une perspective sur plusieurs domaines culturels : celui de l'épistèmé et des ordres discursifs, celui de la différence, mais aussi de l'analogie de phénomènes, en apparence, incompatibles, et celui, enfin, de la fascination esthétique que suscite le monstrueux au moment de son imagination et de sa manifestation, notamment dans la littérature et les arts, de l'Antiquité à l'extrême contemporain. Loin d'être de simples images de l'autre, les représentations du monstrueux nous parlent de l'humain : elles incitent à réfléchir sur ce qui est notre essence, elles éclairent les zones d'ombre qui se cachent en nous ou dans la société et démasquent les discours humanistes bon marché. L'art et la littérature nous tendent le monstrueux comme un miroir déformant : c'est, non pas en fuyant, mais en soutenant le regard de Méduse que nous apprenons, dans la fascination et dans l'épouvante, à mieux nous connaître.
Fruit d'une tradition collective et d'un génie individuel, tel est le style de celui que l'on considère traditionnellement comme l'un des premiers grands écrivains de langue française et l'inventeur du roman. Dans une perspective de stylistique historique, ce qui pouvait constituer le socle rhétorique de l'écriture de Chrétien de Troyes est minutieusement examiné selon une méthode comparative appuyée sur les arts poétiques de la fin du me siècle et du début du XIIIe siècle. L'écriture des seuils, qui initient une réflexion spéculaire sur l'écriture, les structures de la fiction, qui cherchent à installer l'effet de réel en privilégiant ce qui donne de la profondeur et traduit la complexité, le choix d'une représentation multiple et parfois mystérieuse de la réalité, soutenue par l'hétérogénéité des points de vue et les procédés du dialogisme, la nécessité enfin d'une composition d'autant plus solide et rigoureuse que l'?uvre est fondée sur la disparate et "faite de morceaux" caractérisent notamment l'originalité du nouveau roman. En dépit d'une stéréotypie contrecarrant le désir d'analyse, l'impression reçue est celle d'une grande modernité; elle vient sans doute de ce que nous avons tendance aujourd'hui à apprécier le genre romanesque selon une perspective essentiellement narratologique, qui néglige l'aspect esthétique: au Moyen Âge, sous la plume de Chrétien de Troyes, le roman était aussi poème... Le maître champenois l'élabore en collectant ce qui n'était que sporadique ou timide jusque-là, en faisant entrer en résonance des données qui viennent des chansons de geste, des chroniques et surtout de la triade des protoromans antiques. Il poursuit progressivement, au fil de son ?uvre, le travail de transformation initié: c'est un synthétiseur de génie et un créateur original. Il permet ainsi à l'?uvre de prendre, d'un tenant, de la hauteur, tout en s'embellissant de multiples ornements et en faisant jouer la lumière du sens: sous sa plume, le roman s'édifie à l'instar des cathédrales gothiques qui voient le jour à son époque