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Le bonheur du phallus
Guey Nicole ; Stavy Yves-Claude
AVENIR LONGTEMP
15,00 €
Épuisé
EAN :9782856030189
Le bonheur du phallus : l'expression prêterait à sourire, tant c'est plutôt de son embarras dont témoigne le parlêtre aux prises avec la rencontre des sexes. "C'est qu'il n'y a que le phallus à être heureux - pas le porteur dudit", souligne Lacan en 1970 dans le Séminaire L'envers de la psychanalyse. ! Prolongeant la découverte freudienne du primat phallique, l'élaboration lacanienne conduit à une avancée majeure : être ou avoir le phallus sont des positions subjectives, et la jouissance phallique ne permet pas de rendre compte de la différence de positionnement sexué. L'énoncé de Lacan "Il n'y a pas de rapport sexuel" déplace ce qui ne cesse pas de ne pas s'écrire entre les sexes vers ce qu'il en est pour chaque Un de sa recherche quant à la jouissance. C'est dire l'actualité et l'étendue des enjeux de ce concept clef de phallus. En témoignent, à près d'un siècle de distance, la fameuse "Querelle" des années 1920 et les affrontements récents sur le "mariage pour tous". Dans ce livre, Nicole Guey prend le soin d'éclairer la théorie pas à pas, de Freud au dernier enseignement de Lacan jusqu'aux avancées produites par Jacques-Alain Miller. En les articulant à la pratique, elle entend témoigner combien la clinique de la signification phallique ouvre des perspectives pour la psychanalyse, et prouve son efficience.
Le courant de l'ego psychology se proposa, durant les années 1940-1965 aux USA, de reformuler les acquis de Freud et de fonder une nouvelle psychanalyse dégagée du pessimisme du maître viennois. Comment trouver les fondements d'une psychanalyse qui puisse s'adapter à la réalité contemporaine ? C'est cette visée adaptative que la clinique américaine prit comme boussole dans les cures. Les thèses fortes d'Anna Freud, notamment celles de son livre Le Moi et les mécanismes de défense (1936), ont servi de socle épistémologique pour créer l'ego psycholoy. Lacan n'y voit que déviations et compromissions. Le développement extraordinaire de cette orientation aux Etats-Unis - dû au trio new-yorkais : Hartmann, Kris, Lowenstein - explique pourquoi l'oeuvre de Lacan a cette difficulté pour trouver une place dans la clinique analytique américaine. Interroger l'ego psychology est une question politique sur la clinique actuelle aux Etats-Unis : pourquoi fallait-il donc que ce soit cette psychanalyse-là que les Américains adoptent ?
Le lien familial est le seul lien qui s'inscrit d'un rapport dont on peut rêver qu'il soit naturel. On aimerait croire que la famille anticipe le lien social, qu'elle est un avant la société. On a pu même rêver de construire une société sur le modèle de ce lien espéré naturel, premier. Force est de constater qu'il n'en est rien - le lien familial est une forme particulière du lien social. A ce titre, il est dénaturé, variable selon l'histoire et la géographie : la nature est un pot-pourri de hors-nature. Les sociologues, historiens et autres anthropologues l'ont démontré au cas par cas. La psychanalyse, elle, affirme sa thèse : le lien social se constitue à partir du trou du non-rapport sexuel. Le lien social supplée au défaut du rapport entre les sexes. Le lien familial nouant des parlêtres pour lesquels l'impossible est toujours certain, les embrouilles sont au rendez-vous - et ce rendez-vous est de structure. Les familles de nos sociétés contemporaines indiquent assez les changements de ce qui faisait jusqu'ici l'actualité clinique autant que politique, mais attestent également de la vitalité de la famille, à travers l'invention de mille et une façons de faire lien. Le découplage contemporain entre enfant et famille fait en outre apparaître que c'est à partir de l'enfant, pris comme objet a de la famille, que celle-ci souvent se structure - souvent n'est pas toujours. La question tombe : la famille ne peut-elle être régie que selon la loi de l'oedipe ? Justement, une clinique orientée par le réel de la jouissance aboutit à d'autres conséquences. La psychanalyse, à l'Ecole de Freud et de Lacan, à partir de son éthique, prend en compte cette évolution rapide de la famille en accueillant ces mutations comme des formes nouvelles du lien social et en se tenant prête à répondre aux demandes symptomatiques qui pourront en émerger au cas par cas. Une série de cas cliniques, présentés dans cet ouvrage, déplient ces questions et nomment les bricolages auxquels les parlêtres sont interpellés pour créer du nouveau.
Le réel du vivant et du sexe n?entre dans le monde humain que drapé, filtré par des formations imaginaires et symboliques : les semblants, qui peuplent notre subjectivité et font la trame du lien social. C?est pourquoi Lacan peut dire dans son Séminaire Encore : "La jouissance ne s?interpelle, ne s?évoque, ne se traque, ne s?élabore qu?à partir du semblant". Le semblant nomme un point fictif mais nécessaire pour saisir le réel. Une conséquence clinique s?en déduit: "Il ne faut pas badiner avec les semblants"(J.-A. Miller). En quoi et comment la catégorie de semblant qui ne se réduit ni à l?artifice, ni à l?illusion, ni à la feinte, permet-elle de renouveler la clinique analytique ? Comment accéder au réel par l?intermédiaire des semblants ? Quelles trouvailles le sujet peut-il extraire d?une opération à la jonction du réel et du symbolique ? Nous montrerons que, dans l?expérience analytique, "le semblant coûte aussi cher que le réel"(Balzac).
La découverte freudienne a fait historiquement scandale en déconstruisant l'enfance réduite à un paradis d'où tout réel était exclu. On a souvent réduit ce scandale à l'affirmation d'une sexualité infantile dont la psychanalyse, à son orée, a délinéé les enjeux pour chaque sujet. Mais le véritable scandale est ailleurs. Une vérité bien plus intolérable s'y fait jour : la sexualité n'est pas naturelle pour le petit d'homme, pour celui qui parle. Elle dépend d'une machinerie mentale, d'une fiction inconsciente où les signifiants se nouent à des bouts de jouissance irréductibles impliquant le corps. C'est la découverte de la phrase jouie qu'est le fantasme et qui dénaturalise la sexualité (toute sexualité) qui est intolérable - beaucoup plus que les pratiques sexuelles précoces perverses polymorphes. La psychanalyse réarticule l'enfant et l'enfance comme période de la vie dans un discours. L'enfant est un sujet à part entière affronté à un réel - dont les émois sexuels et la rencontre amoureuse sont des formes contingentes. La clinique psychanalytique précisément a pour tâche de repérer comment chaque enfant fait réponse à ce réel par un bricolage spécifique hors des modèles formatés où le discours du maître veut avoir le dernier mot. Faut-il encore que sa parole soit entendue et que les effets de jouissance qu'elle entraîne (dans le corps, la pensée) ne soient pas méconnus. A ce point, le psychanalyste, à l'Ecole de Freud et de Lacan, est attendu. A partir de cas cliniques, les auteurs de ce livre font le pari de la cure analytique pour que parler(s) d'enfance(s) ne soit pas une vaine formule.