Le réel du vivant et du sexe n?entre dans le monde humain que drapé, filtré par des formations imaginaires et symboliques : les semblants, qui peuplent notre subjectivité et font la trame du lien social. C?est pourquoi Lacan peut dire dans son Séminaire Encore : "La jouissance ne s?interpelle, ne s?évoque, ne se traque, ne s?élabore qu?à partir du semblant". Le semblant nomme un point fictif mais nécessaire pour saisir le réel. Une conséquence clinique s?en déduit: "Il ne faut pas badiner avec les semblants"(J.-A. Miller). En quoi et comment la catégorie de semblant qui ne se réduit ni à l?artifice, ni à l?illusion, ni à la feinte, permet-elle de renouveler la clinique analytique ? Comment accéder au réel par l?intermédiaire des semblants ? Quelles trouvailles le sujet peut-il extraire d?une opération à la jonction du réel et du symbolique ? Nous montrerons que, dans l?expérience analytique, "le semblant coûte aussi cher que le réel"(Balzac).
A toge et les armes. Deux symboles de Rome, qui forment aussi deux axes majeurs de la réflexion historique que Patrick Le Roux mène, depuis plus de quarante ans, sur les J espaces et les sociétés provinciales de l'Empire romain. Les trente-neuf études, révisées au besoin, dont quatre inédites, réunies dans ce premier volume de scripta varia, invitent le lecteur à suivre P. Le Roux dans ses enquêtes d'histoires romaines, sur les chemins de la péninsule Ibérique et sur les rivages d'un empire plus que méditerranéen. Les cinq parties de l'ouvrage dessinent les lignes directrices de la pensée de l'auteur, toujours soucieux de dégager de larges perspectives historiques. La première partie forme une réflexion méthodologique sur le métier d'historien et la pratique de la science épigraphique. Les deux suivantes sont dévolues au monde militaire, envisagé dans toute la richesse de ses rapports avec le cadre provincial. La quatrième partie place la cité et la notion complexe de "romanisation" au coeur du débat historique. Enfin, une dernière partie propose des études sur les hommes et les territoires des provinces des Gaules. Le volume comporte également des index et des addenda, qui rendent compte des évolutions de la recherche et témoignent du caractère toujours ouvert des lectures et des interprétations proposées. Ces scripta varia ont pour but de faciliter l'accès des chercheurs, et de tous les lecteurs curieux de l'histoire de Rome, à des travaux qui reflètent à la fois l'ampleur, la profondeur, la cohérence et l'actualité de la réflexion de P. Le Roux.
L'Empire romain naît officiellement en 27 avant J.-C. et s'achève, selon les points de vue, avec la prise de Rome par les Goths en 410 ou en 476, date de la chute de l'empereur d'Occident, conséquence des assauts répétés des Germains. Durant la phase classique du Haut-Empire s'est imposé un système de gouvernement unique dont nous restons, à quelque degré, les héritiers. Au-delà d'un simple récit des règnes des empereurs et des événements, l'ouvrage décrit les fondements d'une puissance dominatrice, situe le poids et le rôle de la ville de Rome, rend compte des conditions dans lesquelles vivaient les habitants des provinces, prend la mesure des difficultés et des dangers auxquels l'empire fut exposé. Biographie de l'auteur Patrick Le Roux est professeur à l'Université Paris 13.
Résumé : Le 11 avril 1998 s'amorce pour les parents de Jean-Christophe le combat d'une vie. Alors qu'à 18 ans tout semblait lui sourire, l'adolescent périt après une soirée avec des amis dans un accident de la route : son scooter est percuté par un chauffard. Comble de la lâcheté humaine : celui-ci prend aussitôt la fuite. Commence alors pour Patrick et Cécile un long parcours jalonné d'épreuves et de désillusions. A la détresse s'ajouteront bientôt la rage et la révolte l'enquête est mal orientée, la procédure bâclée, leur fils, bafoué, est tué une seconde fois par la justice française. Trois heures à tuer, c'est une ultime torture à endurer, avant que ne soit rendue une parodie de verdict par le tribunal. Trois heures à tuer, c'est un fragment d'éternité où défilent le bonheur passé et sa désarmante simplicité. C'est aussi l'occasion d'égrener les heures qu'il reste à vivre, car il faudra trouver la force de survivre à cet enfant afin que " sa mort soit à la hauteur de sa vie ". Ce témoignage à deux voix, des plus bouleversants, résonne comme une confidence adressée au fils disparu. Résurgences et réminiscences poignantes viennent peupler le récit de ce combat désespéré. Le lecteur assiste là, entre les maux, à une vibrante et émouvante déclaration d'amour. C'est aussi un hommage aux victimes de la route arrachées à la vie par l'irresponsabilité des hommes dont la justice ne fait parfois aucun cas.
Des hommes, des vrais". "Il faut être durs". Longtemps le judo français a cru sa réussite bâtie sur ces slogans. Une règle tacite qui a tenu lieu de feuille de route à des générations d'entraîneurs, jusqu'à l'excès. Ces excès, des hommes les ont infligés, d'autres les ont subis. D'autres encore les ont dénoncés, en vain. Or les lignes bougent. Avec l'affaire Sarah Abitbol (la patineuse dont les révélations sont à l'origine du mouvement de lutte contre les violences et les abus en tout genre dans le sport), les violences sexuelles, physiques et/ou morales des sportifs font les Unes de l'actualité. De leur côté, les lanceurs d'alerte ont décidé de porter la parole des victimes, bien décidés à faire changer les choses. Le judoka Patrick Roux est l'un de ces lanceurs d'alerte qui a su utiliser sa notoriété pour faire bouger les lignes. Cet ouvrage, il l'a voulu positif, plein d'espoir et force de propositions. Au-delà de la révélation des faits, des vérités occultées, les pistes de solutions qu'il propose sont fondées sur l'expérience de grandes nations sportives comme l'Australie et le Japon.
Le lien familial est le seul lien qui s'inscrit d'un rapport dont on peut rêver qu'il soit naturel. On aimerait croire que la famille anticipe le lien social, qu'elle est un avant la société. On a pu même rêver de construire une société sur le modèle de ce lien espéré naturel, premier. Force est de constater qu'il n'en est rien - le lien familial est une forme particulière du lien social. A ce titre, il est dénaturé, variable selon l'histoire et la géographie : la nature est un pot-pourri de hors-nature. Les sociologues, historiens et autres anthropologues l'ont démontré au cas par cas. La psychanalyse, elle, affirme sa thèse : le lien social se constitue à partir du trou du non-rapport sexuel. Le lien social supplée au défaut du rapport entre les sexes. Le lien familial nouant des parlêtres pour lesquels l'impossible est toujours certain, les embrouilles sont au rendez-vous - et ce rendez-vous est de structure. Les familles de nos sociétés contemporaines indiquent assez les changements de ce qui faisait jusqu'ici l'actualité clinique autant que politique, mais attestent également de la vitalité de la famille, à travers l'invention de mille et une façons de faire lien. Le découplage contemporain entre enfant et famille fait en outre apparaître que c'est à partir de l'enfant, pris comme objet a de la famille, que celle-ci souvent se structure - souvent n'est pas toujours. La question tombe : la famille ne peut-elle être régie que selon la loi de l'oedipe ? Justement, une clinique orientée par le réel de la jouissance aboutit à d'autres conséquences. La psychanalyse, à l'Ecole de Freud et de Lacan, à partir de son éthique, prend en compte cette évolution rapide de la famille en accueillant ces mutations comme des formes nouvelles du lien social et en se tenant prête à répondre aux demandes symptomatiques qui pourront en émerger au cas par cas. Une série de cas cliniques, présentés dans cet ouvrage, déplient ces questions et nomment les bricolages auxquels les parlêtres sont interpellés pour créer du nouveau.
Macha Makeïeff, en 2015, crée Trissotin ou Les Femmes savantes de Molière dont elle réalise également le décor et les costumes. Depuis, la pièce tourne régulièrement, rencontrant un succès public et critique. Pourquoi y revenir ? Parce que le travail de Macha Makeïeff, radical et inventif, fait surgir un autre Molière. Il donne un coup de pied dans le carcan qui fige, depuis longtemps, cette comédie de génie. Une phrase de l'artiste fait boussole : "Plus que la misogynie, c'est cette terreur que provoque chez les hommes l'illimité du désir féminin qui m'a intriguée et, plus encore, le désarroi masculin qui en découle." Au passage, Lacan sera sollicité - lui déclarait : "toutes les femmes sont folles, qu'on dit. C'est même pourquoi elles ne sont pas toutes, c'est-à-dire pas folles-du-tout".
La découverte freudienne a fait historiquement scandale en déconstruisant l'enfance réduite à un paradis d'où tout réel était exclu. On a souvent réduit ce scandale à l'affirmation d'une sexualité infantile dont la psychanalyse, à son orée, a délinéé les enjeux pour chaque sujet. Mais le véritable scandale est ailleurs. Une vérité bien plus intolérable s'y fait jour : la sexualité n'est pas naturelle pour le petit d'homme, pour celui qui parle. Elle dépend d'une machinerie mentale, d'une fiction inconsciente où les signifiants se nouent à des bouts de jouissance irréductibles impliquant le corps. C'est la découverte de la phrase jouie qu'est le fantasme et qui dénaturalise la sexualité (toute sexualité) qui est intolérable - beaucoup plus que les pratiques sexuelles précoces perverses polymorphes. La psychanalyse réarticule l'enfant et l'enfance comme période de la vie dans un discours. L'enfant est un sujet à part entière affronté à un réel - dont les émois sexuels et la rencontre amoureuse sont des formes contingentes. La clinique psychanalytique précisément a pour tâche de repérer comment chaque enfant fait réponse à ce réel par un bricolage spécifique hors des modèles formatés où le discours du maître veut avoir le dernier mot. Faut-il encore que sa parole soit entendue et que les effets de jouissance qu'elle entraîne (dans le corps, la pensée) ne soient pas méconnus. A ce point, le psychanalyste, à l'Ecole de Freud et de Lacan, est attendu. A partir de cas cliniques, les auteurs de ce livre font le pari de la cure analytique pour que parler(s) d'enfance(s) ne soit pas une vaine formule.
Comment des hommes, des femmes font-ils couple au XXI e siècle ? A l'ère du capitalisme, de l'avènement de la science et des technologies, ce n'est plus la loi symbolique qui ordonne le lien social dont le mariage et la famille étaient les piliers. Les couples se font, se défont, conjugalité et parenté ne riment plus nécessairement, la famille traditionnelle se fragmente et se recompose autrement. Il ne s'agit pas de regretter le passé mais de repérer les conséquences de ces mouvements. Dominique Pasco suit Lacan lorsqu'il réintroduit le réel comme constitutif du parlêtre. Au registre du hors-symbolique, il n'y a pas de programme génétique pré-établi qui écrirait le rapport entre les sexes. En réponse, chacun bricole, invente son lien et, pour ce faire, en passe par une médiation : son symptôme. Le partenaire en question n'est plus seulement celui de l'amour, du désir et de la jouissance, mais un plus-de-jouir. C'est ce qu'elle propose de démontrer au un par un extrait de l'expérience clinique.