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Dieu à l'épreuve de notre cri
Gesché Adolphe ; Scolas Paul
CERF
18,00 €
Épuisé
EAN :9782204062121
Devons-nous rester muets devant Dieu en présence du mal et de la souffrance qui nous encerclent comme un cauchemar ? S'il est vrai que nous pouvons être responsables devant Dieu, serait-il impie, en présence d'un Dieu de promesses, de l'interroger sur celles-ci ? Mais que peut la théologie pour répondre à l'immense dignité des questions que l'homme souffrant se pose, " chair offerte à la morsure du réel " (A. Comte-Sponville) ? Nous croyons précisément que la " Rédemption " a un sens. Que le Dieu de la Croix détient un secret et une vérité que nous devons retrouver. Car il s'agit là d'un Dieu qui partage notre cri, au plus réel de celui-ci. L'antique question de la toute-puissance de Dieu, mise en cause avec celle de sa bonté, en un débat qui dure depuis toujours, est abordée de front. Une réponse, théorique et pratique, est tentée qui cherche à rompre avec les redites et ne craint pas de procéder à des révisions. Dans le même temps, Dieu ainsi mis à l'épreuve de notre cri se découvre être tout nouveau, un Dieu qui n'a guère à voir avec ce que tant de siècles de prudence et de faux respect en ont fait. Nous l'avions oublié et méconnu. Il sort grandi de notre question. Le Dieu de Jésus-Christ apparaît enfin comme le Dieu plausible qu'on attend et qu'on souhaite en ces temps qui passent parfois pour être les derniers. Comme si notre époque était celle qui découvre la seule manière possible et soutenable d'être Dieu.
Résumé : Le mot " Dieu " existe, telle une vieille médaille, au profil presque tout effacé, mais dont on sait que, une fois au moins, il a été prononcé comme un mort plein de sens. Proudhon affirmait que l'homme, pour se comprendre, jamais n'oublie d'interroger ses vieilles effigies. Mais, justement, ne s'agirait-il plus que d'une effigie ? D'un chiffre permettant sans doute encore de penser (on l'a vue dans les deux premiers tomes), mais qu'on ne pourrait plus penser lui-même ? L'idée de Dieu est-elle encore intelligible ? Il faut tenter de répondre. Mais quel chemin parcourir pour arriver " à penser droit à propos de Dieu " (Platon) ? Fatigué et déçu par l'inutile et morne théisme, qui cherche Dieu hors les murs et ne trouve au mieux qu'une épure, ne devrait-on tenter une autre logique ? Celle de chercher Dieu auprès de lui, en ce qu'on appellera ici son " lieu natal ". Apprendre de Dieu ce qu'il est. Point de cercle vicieux en cela : phénoménologie nous a appris à chercher la chose en l'écoute d'elle-même, non en croyant pouvoir l'observer de Sirius. C'est pareil essai d'une preuve herméneutique que l'auteur propose ici au lecteur. En l'invitant à choisir comme il veut l'ordre de sa lecture, et même en négligeant ce qu'il penserait ne pas répondre à son attente. " La parole est moitié à celui qui parle, moitié à celui qui l'écoute " (Montaigne).
Et si Dieu n'existait pas! Qu'est-ce que cela changerait? Presque rien, sans doute. Mais quelle est la portée de ce presque rien si proche de l'unique nécessaire? La question radicale de l'éventuelle non existence de Dieu appartient à la responsabilité du théologien. S'il l'esquivait, tout en présentant Dieu comme une bonne nouvelle pour l'homme, ne serait-il pas un faux-monnayeur? Présenter à la pensée un Dieu qui serait faux à la manière d'un faux billet de banque, ce n'est pas simplement parler d'un Dieu qui n'existe pas, mais manifester un Dieu trompeur parce que sans consistance, une idole. La question de l'existence est ici une question proprement théologique puisqu'elle est un aspect de la question de l'idolâtrie. Or, la foi en Dieu est radicalement une lutte contre l'idolâtrie et une victoire sur celle-ci. Cette interrogation théologique doit être menée avec rigueur, pour l'honneur de la théologie elle-même, en la confrontant à une pluralité de discours. La théologie s'élabore ici en dialogue avec la philosophie, compagne depuis toujours! (Françoise Mies), avec des sciences qualifiées d'humaines comme la psychanalyse et la sociologie (Marie Balmary et Luc Van Campenhoudt), l'éthique (Paul Valadier), et d'autres grandes traditions de sagesse (Jacques Scheuer à propos du bouddhisme).
Un fait de société s'impose. L'impuissance devant le mal semble conduire des peuples ou des individus à perdre le fil du sens et à ne plus croire à la force de la liberté. On assiste à un retour d'esprit de fatalité et de résignation au destin antique. Et l'on pourrait craindre que des avatars de la prédestination chrétienne ne viennent donner raison à une mentalité de résignation, pourtant tellement en opposition avec ce fait de civilisation reconnu par tous, que le christianisme avait réussi à " défataliser " l'histoire. Or pour que l'homme transcende ses peurs et ses désespérances, il lui faut, au-delà d'un volontarisme immédiat mais qui fait long feu, des mots et des confins absolus, qui lui permettent de s'arracher à ses pesanteurs et d'entrer à nouveau en espérance et en désir. D'où la place de la théologie, " science des surplus ", dans la mesure où seuls peut-être les mots en excès sont capables de rendre l'homme, être d'absolu, de rêves et de vision, à nouveau infiniment désirant et résolument confiant en la liberté. D'où l'introduction du terme de destinée, qui ne serait ni le destin anonyme et fatal ni la dictée brutale d'une prédestination, mais ce que l'homme se donne librement et efficacement, sur la foi d'une parole et d'une anticipation divines, comme sens et comme fin de son être et de son existence. L'homme ne peut commencer de se sauver que quand il en à l'idée et que cette idée lui paraît non pas simplement possible, mais " excessivement possible ". Ce livre, fruit d'un colloque interdisciplinaire tenu à Louvain, où les objections, les analyses et les possibilités ont tout à la fois été prises en compte, se propose comme une réflexion d'espérance critique et fondée et une contribution à l'élucidation d'un problème de la postmodernité.
Résumé : " La théologie contribue-t-elle à la recherche du sens ? Non, si elle devait faire de Dieu la condition du sens, comme si ce dernier ne pouvait surgir de lui-même ou de ma capacité à le faire surgir. Oui, si la théologie offre un éclairage propre, celui de la mise en place d'un excès, d'une gratuité et de confins, au contact desquels la pensée du sens gagne à être confrontée. La théologie offre ici son concours, qui n'est pas celui d'être l'arbitre du sens - qui donc le supporterait ou en voudrait ? -, mais d'être un lieu où il arrive aussi que le sens se produise. Aussi bien, loin de discourir sans fin sur ce qu'est le sens, nous chercherons précisément à le découvrir là où il se donne : en ce que j'appelle les lieux du sens : la liberté (sans liberté, peut-on imaginer l'apparition du sens ?), l'identité (qui suis-je ? ai-je sens ?), le destin (que puis-je faire de ma vie ?), l'espérance (le sens est-il au bout de celle-ci, ou n'est-elle que la dernière illusion de la boîte de Pandore ?), l'imaginaire enfin (lieu de légendes, de mythes et de fiction, source presque intarissable où nous cherchons à renouveler le sens). En esquissant chaque fois comme une phénoménologie de la foi, insistant sur la manifestation de don et de révélation qu'elle peut exercer à l'égard du sens, nous découvrirons peut-être des espaces de sens insoupçonnés autrement. Ouvrir le sens jusqu'en ses confins, c'est ouvrir des possibilités, c'est raconter une aventure possible, c'est faire en sorte que chaque chose et chaque événement puisse se comprendre, fût-ce l'espace d'un instant, sous l'égide d'une visitation, d'un changement d'échelle, d'une transgression du simple dû. Là est sans doute la clé du sens " (A. Gesché).