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Le personnage du fanfaron : théâtre, récits, cinéma
Gavoille Elisabeth ; Terrile Cristina
KIME
24,99 €
Épuisé
EAN :9782841749355
De la comédie antique au cinéma italien, le personnage du fanfaron manifeste une vitalité remarquable. Ce type humain, caractérisé par l'outrance et l'ostentation, par le contraste entre les propos et les actes, entre la réalité et les prétentions, se trouve déjà défini chez Théophraste ("le hâbleur" , alazôn), avant La Bruyère ("le glorieux" qui "a du goût à se faire voir" , ou "le fanfaron" qui "travaille à ce qu'on dise de lui qu'il a bien fait" , Caractères II, 14 et 16). On souhaite ici mettre en perspective diverses incarnations du fanfaron, dans la littérature et les arts du spectacle. On s'arrêtera particulièrement sur la figure bruyante et haute en couleur du "soldat" , aussi bravache que poltron et coquet, dans la comédie grecque et latine (Aristophane, Plaute et Térence), et Shakespeare (Parolles, Pistol ou Falstaff), chez Ruzante (Retour de guerre) et dans la Commedia dell'Arte (Scaramouche, le Capitan), dans le théâtre des XVIIe et XVIIIe siècles (chez Calderón, Cyrano de Bergerac, Corneille, Andreas Gryphius ou Carlo Gozzi). Mais on songe, dans des récits aussi bien, à d'autres personnages de "menteurs" gonflés d'eux-mêmes, se flattant de mérites, d'exploits et de succès plus ou moins réels. Libéré du "type" théâtral, le fanfaron réapparaît ainsi au XIXe et XXe siècles comme un personnage désinvolte, vantard, immature, mais souvent généreux et bon vivant : du Capitaine Fracasse (1863) de Théophile Gautier jusqu'au Vantone (1963), pièce de Pier Paolo Pasolini, la figure évolue selon les époques et les littératures et trouve sa place dans de nombreux films parmi lesquels Il sorpasso (1961) de Dino Risi, traduit en français par Le fanfaron. Personnage ridicule dans son principe, souvent victime de l'illusion même qu'il veut créer, le fanfaron intrigue cependant par sa complexité (acteur d'un rôle, il ouvre une dimension de théâtre dans le théâtre, de récit dans le récit), par son ambivalence et ses failles (égocentrique mais secrètement inquiet du jugement d'autrui, sottement vaniteux ou travaillé par un complexe d'infériorité, conscient de ses mensonges ou dupe de lui-même ? ) ; il peut même émouvoir par sa naïveté ou son désir de se faire admirer et aimer, et passer du burlesque au tragique. Cet être de paroles (comme le dénonce l'étymologie), qui veut exister à travers son discours, qui construit sa propre fiction et dont l'inanité même est spectaculaire, excite en tout cas la verve de l'auteur et la performance de l'acteur.
Lanot Bénédicte ; Gavoille Elisabeth ; Lanot Frank
L'épreuve de questions contemporaines du concours commun d'entrée en IEP évalue la connaissance, la capacité à analyser et à argumenter sur les grands thèmes et débats inscrits dans l'actualité des années récentes. Le candidat devra mobiliser une palette de savoirs variés : histoire, science politique, sociologie, géographie, philosophie, droit, actualités..., pour traiter des grandes problématiques actuelles. Dans cette perspective, enseignants en classes préparatoires, responsables de formation IEP et universitaires spécialistes du thème se sont réunis pour concevoir des dossiers et fiches de lecture pour une préparation optimale des candidats à l'épreuve.
La liberté de rire peut aller de l'allusion moqueuse à la provocation transgressive. Quel est précisément, en matière d'écriture épistolaire, l'effet recherché et produit d'un trait d'esprit, d'un détail comique ou d'une raillerie, selon la situation de l'épistolier et son rapport au destinataire, individualisé ou générique ? Cet ouvrage collectif propose d'explorer les enjeux et modalités de la plaisanterie dans la lettre, de l'Antiquité jusqu'au XXe siècle : autodérision et mise en valeur de soi, élément de détente dans une situation critique et contrepoids à la mélancolie, témoignage d'affection ou complicité avec le lecteur, contribution à une visée persuasive ou didactique, puissance affirmée par l'ironie mordante ou par des sarcasmes vengeurs... Ainsi il offre une lecture éclairante sur la place que, au cours des siècles, l'écriture épistolaire a accordée au rire, à la plaisanterie, à la moquerie, à l'ironie, à une liberté d'expression parfois corrosive.
En référence à la question posée par Foucault (Qu'est-ce qu'un auteur ? 1969), la réflexion collective menée ici propose de revenir sur les fondements sémantiques de la notion et sur son lien originaire avec celle d'autorité. Il s'agit d'explorer, au travers de ces 15 contributions, la riche polysémie du latin auctor, dans ses implications juridiques et politiques, philosophiques et théologiques, rhétoriques et littéraires, et dans son évolution vers le français auteur. Une première section présente les sens fondamentaux de auctor : étymologie et rapports avec le verbe augeo, examen de divers cas de synonymie. La deuxième est consacrée aux aspects institutionnels et historiques : signification de la formule patres auctores à propos du sénat romain, autorité politique et auctoritas historiographique chez Tite-Live et chez Tacite, image au fil des siècles de Brutus, fondateur de la république romaine et artisan de liberté. La troisième envisage les usages philosophiques (auctor et auctoritas chez Cicéron, auctor et interpres chez Sénèque), les développements littéraires (passage au Ier siècle du sens de garanti à celui d'auteur comme modèle à suivre ou initiateur d'un genre, construction d'une persona auctoriale chez Jérôme), enfin l'idée d'auteur divin dans la pensée païenne puis chrétienne (auctor uniuersi et expressions similaires). La quatrième partie porte sur les prolongements et mutations du Moyen Age et de la Renaissance : statut de l'auteur dans la réécriture des textes hagiographiques et dans l'écriture épistolaire, émergence aux XVIe-XVIIe siècles de la figure moderne, qui s'affranchit de la tradition et affirme son originalité.
Qui était vraiment Gustave Flaubert ? On le savait en proie à de grandes contradictions, mais qui aurait pu dire que cette critique permanente de la Bêtise, cette souffrance de l'écrivain à la tâche, cette obsession du style étaient le résultat de névroses, d'un rapport des forces psychiques entre revendications pulsionnelles et inhibitions ? Et si la "grande synthèse" poétique à laquelle il aspirait tant n'était que le regret ou le constat de l'absence d'un Moi unifié ? Patrick Mathieu, en étudiant la Correspondance et les oeuvres de Flaubert, nous fait découvrir un auteur en constant décalage avec lui-même, jouant double-jeu dans le théâtre de la vie, et dont la souffrance affichée, revendiquée, n'est pas qu'artistique : elle puise ses origines au fond de son être, dès son plus jeune âge, dans un dégoût permanent de la vie qu'il tentera difficilement de masquer avec sa "marotte" , la littérature. C'est que Flaubert porte en lui le faix de secrets, selon lui "indisables" , de nature sexuelle, et il a choisi de les révéler de façon cryptée par le biais de la médiation littéraire : pour ce faire, il portera publiquement une autre croix, celle de la Littérature, maîtresse exigeante, fondant ainsi malgré lui le nouveau mythe de l'écrivain dévoué au labeur du style et vivant en martyr la Passion de l'Art.
Faye Emmanuel ; Lassègue Jean ; Rastier François ;
Bien au-delà de la seule philosophie, le débat à Davos en 1929 entre Cassirer et Heidegger a marqué l'histoire des idées. Il a même donné naissance à des récits passablement légendaires qui négligeaient le contexte historique précis. Un nouveau regard s'impose, à la lumière des oeuvres publiées depuis lors. Les vingt-cinq tomes de l'édition allemande de référence de Cassirer ne sont disponibles que depuis 2007. S'y s'ajoutent les dix-sept tomes du Nachlass depuis 2017. Des 102 volumes de la Gesamtausgabe de Heidegger, édition de référence mais sans garantie scientifique, moins d'une dizaine reste programmée, mais d'ores et déjà la publication des cinq premiers volumes des Cahiers noirs a permis d'engager une relecture critique de l'ensemble. C'est donc à présent seulement que l'on peut véritablement évaluer les projets contrastés des deux auteurs. Leurs enjeux intéressent notamment le statut de la rationalité et des sciences, en particulier celles de la culture, aussi bien que le statut de la technique parmi les formes symboliques. Et tout autant, l'opposition entre la démocratie et la théologie politique ; entre la légitimité du cosmopolitisme et l'ontologie identitaire ; enfin, entre la possibilité même d'une éthique ou son rejet de principe. Tous ces thèmes contradictoires exigent aujourd'hui une révision critique, non seulement rétrospective, mais aussi ancrée dans le présent. Car au-delà même de la philosophie, des courants de pensée et des forces politiques en Europe et dans le monde poursuivent ces deux voies qui s'opposent aujourd'hui.
Le libéralisme n'est pas seulement une orientation de la pensée économique qui domine actuellement le paysage politique et intellectuel des pays anglo-saxons et d'Europe occidentale. C'est aussi, à l'origine, une revendication de liberté pour la personne, d'émancipation par rapport à un cadre moral hérité de temps anciens. Ces deux dimensions se croisent notamment dans l'oeuvre de John Stuart Mill dont LI Hongtu, professeur d'histoire à l'université Fudan (Shanghai) étudie l'oeuvre majeure, le traité De la liberté (1859). Correspondant d'Auguste Comte et disciple de Jeremy Bentham, John Stuart Mill est entré en dialogue avec les grands courants philosophiques de son temps, de l'utilitarisme au positivisme. Fervent défenseur de la liberté de l'individu confronté à la multiplicité des contraintes sociales, il a défié les préjugés de son temps en partageant la vie d'Harriet Taylor, militante du droit des femmes. La même logique l'a poussé à s'engager pour la liberté des lois du marché. Mais il était aussi employé de la Compagnie des Indes orientales, et même si on ne relève pas chez lui de traces de racisme, il s'accommodait très bien du colonialisme et du fait que des continents entiers, de l'Inde à la Chine, soient exclus des bienfaits du libéralisme dont il se faisait l'apôtre. Il était urgent que l'émergence du libéralisme soit aussi abordée dans la perspective d'une historiographie extra-européenne.
La figure du voyageur-philosophe est volontiers associée aux récits de l'âge classique, qu'elle emprunte la forme de la fiction ou celle du témoignage autobiographique. Descartes fonde sa philosophie de la méthode sur l'expérience de l'errance et de l'exil ; jusqu'au XVIIIe siècle, le Voyage philosophique accompagne les grandes découvertes et l'ambition encyclopédique de recenser tous les territoires, les modes de gouvernement et les aires linguistiques. Les liens entre voyage et philosophie semblent ensuite se distendre, au fur et à mesure que s'autonomise la littérature et que se développent la promenade romantique et le voyage d'agrément. Mais peut-on réellement parler d'une fin, ou du moins d'une éclipse du voyage philosophique, et ce phénomène coïncide-t-il avec la fracture historique qui fait éclater le système des Belles-lettres où littérature, histoire et philosophie étaient encore unies ? Le présent ouvrage se propose d'interroger le devenir du voyage philosophique à partir du XIXe siècle et les formes de sa résurgence, à la fois du côté de la littérature et de la philosophie, dans un esprit de dialogue entre les disciplines. De Friedrich Nietzsche, qui élabore sa philosophie de l'esprit libre à partir de ses voyages, à Bruce Bégout, qui revisite la figure du philosophe-voyageur sous la forme du nomade motorisé, la pensée philosophique ne cesse d'être stimulée par l'errance ou d'orienter celle-ci. Y a-t-il lieu de distinguer une écriture philosophique et une écriture littéraire du voyage, et quelle est la place de l'expérience et du vécu, de la description ou de la conceptualisation, selon l'identité ou le champ de compétences que revendique le voyageur ? Voyager en philosophe renvoie aux multiples façons de décentrer l'écriture et la pensée, y compris pour proposer ce que Pierre Macherey appelle une "philosophie littéraire" : que fait la littérature de voyage à la philosophie, et inversement, que fait la philosophie à la littérature de voyage ?