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De l'art et du bienfait de ne pas dormir
Doumet Christian
FATA MORGANA
22,00 €
Épuisé
EAN :9782851948519
Il fait nuit. La machinerie humaine repose encore : une ville d?ombres, que la lune argente. Le vent, de temps à autre, gémit le long des gouttières. Les nuages doivent écrire vitre entre l?angle de l?immeuble d?en face et la coupole de Saint-Augustin. Des signes, des lignes déchiquetées que personne ne lira. Tout à l?heure, le premier merle chantera malgré tout. Si j?en crois ma montre, il ne devrait pas se manifester avant une heure. Je veille. Je suis de quart. Ce volume est le quatrième livre de Christian Doumet que nous éditons. Il structure, à la manière d?un carnet de nuits, les notes surgies aux heures les plus tardives : ré?exions sur le temps, le rêve, l?angoisse des nuits sans sommeil, souvenirs de lectures ou des jours passés, autant de pensées singulières enlaçant rêve et mémoire. Dessins inédits d?Olivier Fillonneau.
Dédaignant - mais avec un brin de regret - l'ouverture éblouissante (telle celle des Confessions), Christian Doumet (né en 1953) entame son oeuvre, par une petite réflexion sur l'origine et l'usage du mot pull-over mais c'est à propos de celui de J. Roubaud ce qui donne aussitôt sa tonalité au texte : nous serons en bonne compagnie... l'auteur va alterner des considérations aiguës et caustiques sur la marche du monde, des rencontres avec des amis écrivains (J.P. Richard, Frénaud), des écrivains admirés ou détestés, des inconnus au cours de voyages lointains ou de séjours campagnards, des écoutes ou exercices de musiques.Les sentences ou observations d'un professeur Yé semblent ponctuer d'une sagesse narquoise et quasi taoïste les élans ou les indignations du narrateur.Tous ces fragments, par l'humour, la colère, le regard aigu, le retour sur soi sans excessive complaisance tentent l'exactitude, célèbrent les beaux instants sans jamais les diluer dans un lyrisme consolant, mais surtout concourent tous à une recherche obstinée de la "vraie vie". Brisant les rythmes des fragments l'auteur introduit quatre longs développements plus caustiques notamment sur le monde de l'édition et de la librairie tout en restant un "homme d'esprit".
La poésie suscite toujours deux réactions contradictoires: alors que d'un côté on dénonce volontiers son hermétisme et son élitisme, de l'autre, on révère ses pouvoirs émotionnels et on la croit même parente de quelque vérité. Ambiguïté qui traverse nos relations avec tout le domaine de la création contemporaine, partagé entre les postulations divergentes de la consommation et de la contemplation, de la culture et du culturel. Par son inquiétante étrangeté, son poids de non-sens, son odeur animale, son pouvoir de défiguration, le poème prend acte du bruissement du monde, le travaille et le recycle en un silence particulier. Pour être prêt à une telle écoute, qui requiert notre désir face à la langue, il ne suffit pas de se demander comment comprendre la poésie. Les problèmes de méthode et de compétence, les théories liées audéchiffrement viennent après cette autre question, qu'on pose rarement, mais dont pourtant tout dépend: faut-il comprendre la poésie? Biographie de l'auteur Christian Doumet enseigne la littérature française à l'université de Paris VIII. Il a publié des poèmes, des récits et des essais sur la poésie et la musique.
Qu?est-ce qui différencie une pensée philosophique d?une pensée poétique? En quoi ces deux sortes d?écriture et de vie se distinguent-elles? De telles questions ne se poseraient pas si nombre de philosophes ne nous donnaient le sentiment tantôt heureux, tantôt périlleux, de les convoquer ensemble. C?est Nietzsche, dans Ainsi parlait Zarathoustra; c?est Descartes, rêvant sur ses propres rêves; Heidegger commentant Hölderlin ou Trakl; Platon lui-même, recourant au mythe pour expliquer sa République? La déraison poétique des philosophes évoque ces moments où les images, les sons, les rythmes prennent part à la logique de l?argumentation. Ces moments, aussi, où le discours philosophique tente par réduction de venir à bout de l?inquiétante étrangeté du poème. Chacun de ces chapitres est centré sur l?oeuvre d?un philosophe: Platon, Vico, Descartes, Kant, Leopardi? Une place non négligeable est réservée aux philosophies contemporaines: celles de Martin Heidegger, de Jacques Rancière, d?Alain Badiou, de Michel Deguy ou de Jacques Derrida. L?ensemble s?achève par une évocation rêvée (pour cause: elle fut sans témoin) de la fameuse rencontre entre le poète Paul Celan et le philosophe Martin Heidegger dans la hutte de Todtnauberg, en 1967. Il se dit là « des choses terribles » qui, on peut l?imaginer, touchent de près à la relation à l?avenir de notre temps.Il y va du statut de ce qu?on nomme la « raison », sa constitution et ses usages. Sa folie aussi.
A la fin d?un dîner entre un banquier et l?un de ses amis, ce dernier s?interroge sur la manière dont ce «gros commerçant et accapareur notable» peut concilier l?exercice de sa profession avec de prétendues convictions anarchistes. Par le biais du dialogue socratique, ce pamphlet fustige les sophismes éhontés d?une bonne société «intellectuelle» qui se pique d?esprit révolutionnaire : la critique évoque irrésistiblement celle de la «gauche caviar».Publié pour la première fois en 1922, Le banquier anarchiste est le seul récit au sens strict dont Pessoa soit venu à bout. Il tenait à ce texte au point de le signer de son nom véritable et d?en prévoir la traduction anglaise en espérant pour lui une «carrière» européenne.
L'art de Daniel de Montmollin - Frère (et fondateur) de la communauté de Taizé et aujourd'hui reconnu comme l'un des grands maîtres de la céramique - dépasse de loin la simple fabrique des objets. Son travail n'est pas celui de la recherche mais plutôt celui d'une perpétuelle interrogation, toujours à la croisée de la terre et du feu. La beauté qu'il nous offre est celle d'une découverte, "dispensatrice d'une joie qui traverse toute son oeuvre écrite". Ces quatre textes inédits cuisent les paradoxes de la poterie ? : sur le tour, "l'argile paraît immobile comme en un vivant repos. C'est là ce repos qui s'étend à l'être même du potier. "
La coquetterie littéraire n'a point sa place ici. De cette attente "avant que l'horizontalité ne l'emporte sur tout le reste" , de cette agonie d'un homme sur le point de mourir, du quotidien d'un malade sans protection dans ce qu'il a de plus désarmant, décrits avec un prosaïsme délibéré, il ne reste que l'essentiel : une odeur evanescente ou une sensation diffuse.
Capitale de la douleur, capitale de la merveille et de la grâce. Grâce non religieuse, mais cependant divine ? : d'un seul coup, je comprenais brutalement que le divin habitait parmi nous, que les mots autant que les monts du Liban, qui coiffaient ma rencontre adolescente avec Bounoure d'un peu d'éternité de neige, que les mots et les monts nous étaient une demeure, que le sacre était notre quotidien. La brûlure de cette gi ? e ne m'a pas quitté depuis lors et, de temps en temps, il m'arrive de toucher distraitement ma joue ? : Bounoure est mort, je vais bientôt mourir, mais sa ? èvre, la contagion de sa ? èvre est toujours là et je sais que jusqu'en ma dernière minute j'aurai vécu, dans le sillage de Bounoure, audacieusement, modestement, selon le grand exemple qu'il m'a laissé, au seuil du feu. " Dissimulée sous le transparent pseudonyme de Soliman, la voix de Salah Stétié - voix majeure de la poésie contemporaine - révèle toute la puissance émotionnelle d'un souvenir ? : celui des rencontres avec Gabriel Bounoure, grand critique de l'entre-deux guerres, qui agira à la manière d'un astre, à la fois lumière et voie.