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L'Anthologie arbitraire d'une nouvelle poésie. 1960-1982
Deluy Henri
FLAMMARION
9,70 €
Épuisé
EAN :9782080645616
Arbitraire : à l'encontre de toutes les autres, cette anthologie se déclare telle, désigne ainsi sa qualité de livre, pour son plaisir au poème actuel qu'elle constate et qui l'implique. Sa nouveauté est alors du même ordre que celle de la poésie qui se fait en France, aujourd'hui, et qui est la voix et la voie textuelle de ceux qui commencèrent à écrire vers 1960. Non pas opposition spontanée, ou tous liens rompus. Il n'est pas de langage qui ne protège quelque chose de son antériorité. Mais (Mallarmé posé arbitrairement comme la bonne), à travers Reverdy et par les articulations majeures de la génération de 1950 : Dans la fascination qu'exerce toujours le surréalisme, lieu de départ plutôt que référence : en butant sur le "parler contre les paroles" que Ponge plaça devant nous, la poésie dont il est ici question, confrontée sur effondrement croisés du "vers libre" et d'un alexandrin vieilli, a décidé d'avancer en direction de sa forme : en fait, de retrouver la signification véritable du vers, tracé, décision manifeste, blessure d'encre pour le blanc du langage, terrible exigence d'à venir à partir des destructions génératrices. Il s'agit d'une opération d'envergure. Ainsi, se forme peut-être un grand visage ; mais sûrement une architecture nouvelle de l'écriture, l'espace visible où la poésie, qui s'élargit et sa resserre à son rythme, pourra reconnaître sa spécificité. Pour le reste, l'auteur de l'Anthologie nous prévient : "Ces poètes, rien à dire à leur place"...
En 1983, L'Anthologie arbitraire d'une nouvelle poésie (Flammarion) souhaitait donner une consistance commune aux mouvements qui, me semblait-il, avaient agi sur la poésie en train de se faire. Cette Anthologie critique, aujourd'hui, souhaite donner une image autre, dans un ordre différent d'approche. Elle a pour point de départ, une activité suivie de lectures et de comptes rendus des recueils publiés entre 1983 et juin 1988. J'ai choisi, parmi les livres publiés durant ces cinq années, ceux qui me paraissent mettre en lumière la richesse, la multiplicité - et pour certains la forte nouveauté - des écritures de poésie, en France, et l'importance des travaux de traduction. Chaque livre retenu est représenté par plusieurs pages qu'une "ouverture critique" précède. Il ne s'agit ni d'un bilan ni d'un simple coup de sonde. Il s'agit d'une "mémoire". Ce qui reste dans la tête d'un lecteur fervent, assidu, passionné. Et impliqué. Si une anthologie est un fait historique, ce que je crois, celle-ci souhaite s'intégrer à cette histoire de la poésie comme moyen d'investigation pour la poésie elle-même. Et comme un geste d'amour.
Traversée à toute allure d'innombrables décors, pages d'albums, rues animées ou chambres vides, fragments d'une vie découpés, remontés, dispersés dans l'impatience et la tendresse, L'heure dite prolonge le mouvement des Arbres noirs: il s'agit bien de rendre compte de certains moments-clefs d'une existence et éventuellement de leur donner un nouveau sens, quitte à en souligner les failles - mais sans rien perdre de leur beauté, ni de leur intensité fondatrice. C'est le monde entier qui défile au hasard de ces pages: ses villes, ses bars, ses paysages lumineux ou dévastés - mais aussi ses poètes d'ailleurs et d'ici: Gérald Neveu, Hannah Hbch, Danielle Collobert, Adilia Lopes, Pierre Reverdy... Silhouettes estompées, s'éloignant déjà dans la brume, mais qui soulignent d'autant la netteté, la violence aussi des images que les poèmes semblent arracher au passé: pour mieux les recomposer dans le livre du présent. Comme si la poésie, décidément...
Regard en arrière ? Nostalgie des origines ? Tentative de bilan ? Ou plus littéralement, comme le dit son titre, «reprise du morceau à son commencement» ? Il y a un peu e tout cela dans le nouveau recueil d'Henri Deluy, où l'on retrouvera le prosaïsme apparent et le lyrisme muet - maintenu à distance - qui caractérisent sa poésie depuis une quinzaine d'années. Son insistance aussi à discerner ou mieux comprendre les scènes enfouies du passé : l'enfance marseillaise, la jeunesse fébrile, les illusions brisées. Car Da capo dresse en filigrane le tableau des cécités, des espoirs et des drames d'une génération : entre un chapelet d'injures au général Pinochet et une évocation à l'acide du «maréchalissime» Staline, on y croise les ombres de Mandelstam et de Tsvetaieva, d'Althusser et de Pessoa, du groupe Cobra et de Che Guevara - à quoi répondent ou font écho les lettres d'Héloïse à Abélard, le chant des troubadours portugais, les paysages estompés de la Chine et de Cuba... L'ouvrage érige ainsi ses stèles et ses tombeaux, égrenant tour à tour des poèmes culinaires, érotiques, de voyage et d'amour, de mémoire et d'oubli. Et quelques traductions. Puisque la poésie persiste, défiant le cours du temps et lui opposant - dans la transparence fugace et tangible du vers - sa loi, son trouble, son mystère. Toujours recommençant.