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Les Intellectuels chrétiens et les juifs au Moyen âge
Dahan Gilbert
CERF
53,90 €
Épuisé
EAN :9782204041652
Dans une société chrétienne qui peu à peu se replie sur elle-même comme la société médiévale, la présence des juifs paraît un sujet de stupéfaction, sinon de scandale. Est-il possible d'admettre la pratique d'un culte, la fidélité à une doctrine que la venue du Christ a rendus inutiles et dépourvus de sens ? A cette question, les textes faisant autorité répondent positivement. Aussi l'attitude des chrétiens du Moyen Age à l'égard des juifs et du judaïsme est-elle tendue entre deux pôles - attrait, crainte. Attrait qui provoque un dialogue de tous les instants, dans la rue, autour de la Bible, autour de la science ; crainte - de la " séduction judaïque " - qui aboutit à des mesures d'isolement et à une constante polémique, s'exaspérant parfois en crises meurtrières. Tension encore, parce que le peuple juif ne cesse, par sa présence même, d'interpeller le peuple chrétien : coincé dans le passé - il reste un contemporain du Christ, projeté dans le futur - il représente l'aboutissement de l'histoire du Salut. Rompant avec la tradition d'une conception monolithique du Moyen Age chrétien dans ses rapports avec les juifs, cet ouvrage s'efforce de restituer dans sa complexité la pensée chrétienne sur le judaïsme, voulant retrouver, dans une doctrine qui ne triche pas avec elle-même, les conditions d'un dialogue authentique dont le Moyen Age a dit aussi qu'il était fraternel.
Gilbert Dahan nous plonge dans l'Europe médiévale et l'aventure intellectuelle des débuts de la critique historique. Il nous raconte les premiers "correctoires" et les efforts érudits par lesquels les intellectuels du XIIIe siècle apportent éclairages et remises en questions au texte de la Bible, sur lequel toute une civilisation s'est fondée. Dans l'Occident médiéval, la Bible tient une place primordiale : on apprend à lire avec elle, les oeuvres d'arts lui empruntent leurs thèmes, et elle fait autorité dans tous les débats intellectuels de l'époque. Mais le texte fait l'objet de recherches approfondies, et la version latine officielle du texte sacré commence à être discutée. Les versions plus anciennes resurgissent, et les premiers philologues tournent leurs regards vers les versions originales grecque et hébraïque. Ce travail n'est pas sans répercussions théologiques. Certains penseurs tiennent compte de l'apport des correctoires, d'autres les ignorent, et l'exégèse médiévale se retrouve nourrie par une étrange harmonie entre approche confessante et approche scientifique. Les mésaventures d'un texte sacré. Une immersion passionnante dans les débats qui ont secoué le Moyen Age.
Dahan Gilbert ; Noblesse-Rocher Annie ; Arnold Mat
Issu des dix-huitièmes "Journées bibliques", ce volume revient sur un des chapitres les plus fascinants de la Bible, le chapitre 19 du livre de Job. Le livre de Job est l'un des plus fascinants de la Bible et son chapitre 19 est certainement l'un des textes les plus étonnants : d'un côté, les paroles de révolte de Job accusent Dieu d'injustice, de l'autre côté, on a l'affirmation exaltée d'une foi en un Rédempteur toujours vivant. L'exégèse traditionnelle a tenté d'atténuer la violence des propos et mis en valeur la foi de Job. Mais la complexité du livre n'a pas échappé aux commentateurs juifs et chrétiens. Après Jean Chrysostome, l'exégèse chrétienne occidentale est dominée par les Moralia in Iob de Grégoire le Grand, qui accentuent l'approche morale. Au XIIIe siècle, après la traduction latine de Maïmonide, l'approche est plus volontiers théologique, avec notamment le commentaire de Thomas d'Aquin et la mise en relief du problème de la Providence. Les exégètes protestants (Johannes Fischer, Jean Calvin) exploitent le chapitre dans une perspective morale, tandis que les catholiques (Cajetan, Balthasar Cordier) développent les thèmes théologiques et l'approche christologique. Les exégètes juifs optent pour une approche philologique (Rashi, Abraham Ibn Ezra, les Qimhi) ou théologique (Gersonide, Isaac Arama). Ce volume est issu de la dix-huitième des " Journées bibliques " organisées par le Laboratoire d'Etudes des Monothéismes/Institut d'études augustiniennes, UMR 8584 (CNRS-EPHE Sciences religieuses- PSL-Sorbonne Université) et l'UR 4378, Faculté de théologie protestante (Université de Strasbourg).
Lue par les clercs, entendue et vue par les laïcs, La Bible constitue la référence majeure de la civilisation de l'Occident chrétien du Moyen Age. Comprendre celle-ci exige de connaître la manière dont est lue et commentée l'Ecriture sainte. C'est à quoi s'attache le présent ouvrage, dont le centre de gravité est la période-clé des XIIe-XIVe siècles, qui voit s'épanouir la culture dans de nombreux domaines et pendant laquelle se trouvent posés les fondements de la pensée et des mentalités de l'Occident moderne. L'histoire de cette lecture de La Bible, faite dans quelques ouvrages devenus classiques, est rappelée dans le présent livre, qui renouvelle totalement le sujet, en mettant à profit les progrès récents des "sciences du texte'. Une fois décrits les genres majeurs que sont la"lectio divina', "lecture divine" du monastère, l'exégèse des écoles et l'exégèse très formalisées de l'université, l'objectif principal du livre (et ce qui constitue sa nouveauté) réside dans l'analyse des méthodes exégétiques et dans une tentative de définir l'herméneutique des commentateurs du Moyen Age. Ce qui ressort en effet de la période considérée, c'est d'abord la mise au point de méthodes de plus en plus rigoureuses d'étude du texte sacré: si la critique textuelle connaît un développement remarquable au XIIIe siècle (et l'ouvrage lui consacre un chapitre important), les acquis de la linguistique, de la grammaire, de la rhétorique, de l'analyse historique, théologique et philosophique viennent charpenter le commentaire - l'exégèse de La Bible se posant comme une science véritable dès la seconde moitié du XIIIe siècle. Ces techniques sont, bien sûr, mises en service d'une approche spirituelle, but de l'exégèse chrétienne, qui elle aussi cherche à établir des procédures objectives. Cette pratique s'accompagne d'une intense réflexion théorique, stimulée à la fois par les progrès faits parallèlement dans l'exégèse juive occidentale et par l'élaboration d'une théologie qui se définit aussi comme science. Le problème majeur, celui du passage au sens spirituel, donne lieu à une quête passionnante, notamment chez Thomas d'Aquin mais aussi chez d'autres auteurs moins connus. Cette étude de la réflexion herméneutique des exégètes médiévaux constitue un point fort du livre. Au-delà d'une recherche nourrie de nombreux textes, imprimés ou manuscrits, au-delà de la question historique de l'étude de La Bible au Moyen Age, cet ouvrage tente de trouver chez les auteurs des XIIème-XIVème siècles une réponse à la question lancinante, que se pose sans doute tout lecteur de l'Ecriture, de la transmission d'une Parole perpétuelle mais donnée dans le temps, au-delà des catégories humaines mais dictée dans la langue des hommes, infinie mais accessible à l'humain.
Le chapitre 28 du second livre de Samuel contient un récit remarquable : l'évocation de Samuel, mort depuis quelque temps, par le roi d'Israël Saül, inquiet à la veille d'une bataille décisive et déçu de ne pas avoir reçu de réponse de la part de Dieu ; cette évocation se fait grâce à une femme capable d'invoquer les morts. Ce récit a suscité de nombreuses questions de la part des exégètes juifs et chrétiens. Mais dans aucun cas il n'y a d'interprétation qui se voudrait défi nitive ou normative : faisant preuve de prudence et de rigueur, les commentateurs proposent des réponses nuancées et différentes. Les deux interrogations principales concernent l'interdiction de la nécromancie et de toutes les pratiques divinatoires, énoncée par exemple en Lévitique 19, 31 ou en Deutéronome 18, 10-12 et reprise par Saül, et la réalité ou non de l'apparition : illusion, ruse du démon... Le personnage de Saül est au coeur du récit et suscite des jugements divers de la part des exégètes, les uns le blâmant sans réserve, d'autres prenant sa défense. Dans le contexte des confrontations du XVIe siècle, une polémique se développe à propos des rites liés à la mort. Après une analyse novatrice de la péricope à la lueur de la linguistique cognitive, les grandes lignes de l'histoire de l'exégèse sont exposées, avec les textes juifs anciens, l'exégèse patristique, l'exégèse médiévale et celle des catholiques et des réformés au XVIe siècle.